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La question de la maîtrise de la langue revient sur le devant de la scène. Et tout le monde, de s’alarmer – et à juste titre- du niveau des enfants, à l’issue de l’école primaire. Aussi, des mesures drastiques doivent être envisagées en vue de replacer l’apprentissage de la langue au centre du système”.

Telle était la remarque du linguiste et correspondant français du “Figaro”, M. Michel Mathieu-Colas, au sujet de l’éducation scolaire en France. Selon lui, malgré la présentation polémique du problème -opposition manichéenne entre les méthodes dites “traditionnelles“ et les acquis de la linguistique-, cette redéfinition des priorités ne peut être que salutaire.

Mais s’il est bon d’insister sur l’enseignement primaire, on aurait tort de de s’en satisfaire et de croire que la mobilisation peut s’arrêter là. “Bien au contraire, la situation dans laquelle nous nous trouvons impose un effort continu. Il est indispensable que le collège, puis le lycée, voire l’université, prennent le relais : l’apprentissage doit être progressif et réparti sur toute la scolarité“, souligne M. Mathieu-Colas.

Et d’insister, en particulier, sur l’acquisition du vocabulaire, en apportant son témoignage d’universitaire. Selon lui, à la lecture de certaines copies, il est permis d’hésiter entre le rire et la stupeur. Le rire, lorsqu’on demande aux étudiants la définition de certains mots.

Aussi, à celle de “Hexagone”, ils répondent “triangle qui a beaucoup de côtés“. A celle de “Hémicycle”, ils répondent “vélo à une roue“. Par “polygame”, ils entendent : ”qui associe plusieurs jeux”. Et “omnipotent” veut dire, selon eux,qui a tous ses membres”, c’est-à-dire tout le contraire de “impotent”.

Alors, notre linguiste, d’établir un constat : si, aux yeux de certains étudiants, la gérontologie devient “la science des fossiles“ ou “l’étude des dinosaures“ (ce qui est tout faux), il ne faut y voir, de leur part, aucune marque d’irrespect, mais simplement une confusion avec la paléontologie, ou une carence de connaissance, tout court. D’où la stupeur, lorsqu’on mesure l’ampleur du déficit lexical de la plupart des apprenants.

Ainsi, beaucoup de mots supposés connus sont en réalité ignorés; et d’autres sont mal compris. Tels ces cas (entre autres) qu’on décèle dans les copies de maints étudiants : occulter : examiner ; hégémonie : caractère homogène : concis : développé : éphémère : éternel, etc. Des réponses toutes fausses. On trouverait des exemples analogues dans des copies de toute provenance.

Et M. Mathieu-Colas, de relater l’anecdote d’une de ses collègues du secondaire qui avait un jour eu le malheur de lancer à un de ses élèves : “Tu es incompétent !”, et qui avait été accusée publiquement d’injure par ce dernier. En réalité, ledit élève ne connaissant pas le sens du mot. Aussi l’avait-il tout simplement mal interprété.

Pourtant, dans un tout autre régistre, certains communicateurs et hommes politiques ne mesurent pas toujours les malentendus qui peuvent détourner leurs écrits ou leurs discours, selon notre linguiste.

J’ai observé que 25% d’un groupe d’étudiants ne comprenaient pas le mot xénophobie, ou le définissaient mal. Ils l’entendaient ainsi : “la peur de l’enfermement”. Quant aux médecins, comment pourraient-ils imaginer un seul instant qu’un antiseptique puisse servir à… ”lutter contre les insectes?“, déclare M. Mathieu-Colas.

A ses dires, tous les domaines sont affectés par cette mauvaise interprétation des mots, termes et expressions de la langue : les Lettres, le Droit -où la précision du langage joue un rôle déterminant-, la Médecine…, jusqu’aux Mathématiques. Comment résoudre alors un problème de maths si l’on n’en comprend même pas l’énoncé?…

Devant cette situation, il devient urgent de réagir, car à partir d’un certain degré, la communication est brouillée pour de bon, et l’on ne se comprend plus, constate le linguiste. Les remèdes, selon lui, passent par un effort d’apprentissage systématique ; et ce travail s’inscrit nécessairement dans la durée, de l’école à l’université.

Et d’en tirer la conclusion : “A ce propos, j’observe que tous les projets de réforme de l’enseignement supérieur s’accordent à promouvoir, pour l’ensemble des étudiants, l’informatique et les langues étrangères, jugées indispensables dans le monde d’aujourd’hui. On ne peut qu’approuver. Seulement, il serait souhaitable de se pas oublier, même au niveau “supérieur“ (NDLR : au niveau des élites mêmes), la maîtrise de la langue française”.


Oumar DIAWARA

23 Octobre 2008