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Les Journées d’études et de réflexion sur les maisons des jeunes et le Mouvement pionnier de 1988 avaient recommandé la poursuite de la réalisation des maisons, centres et foyers de jeunes. Mais depuis 1991, ces institutions vivent un mauvais sort.

Au lendemain du coup d’Etat du 26 mars 1991 qui instaura le multipartisme, le ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des Sports et de la Promotion des jeunes par lettre n°00-424-MDSPJ du 27 mai 1991, a informé les directeurs régionaux chargés de la jeunesse, qu’il leur a été réaffecté le patrimoine immobilier et les infrastructures que l’ex-UNJM utilisait.

Autrement dit, cette décision restituait à l’administration la gestion de ces équipements en lieu et place des instances politiques chargées de la jeunesse.

Si en 1988, les Journées d’études et de réflexion sur les maisons des jeunes et le Mouvement pionnier ont confirmé la poursuite de la réalisation des maisons, centres et foyers de jeunes sur les fonds destinés à la jeunesse, aujourd’hui, force est de reconnaître que depuis 1991 le sort réservé à ces équipements est l’antinomie des recommandations de 1969.

Bien avant l’avènement de la IIIe République, ces difficultés ont été accentuées car l’immobilisme a été le lot quotidien de la quasi-totalité de ces institutions. En lieu et place de mesures qui devaient revitaliser ce secteur, ce fut le mutisme.

Un mutisme exacerbé par la promulgation de la loi n°93-008 déterminant les conditions de la libre administration des collectivités territoriales modifiée par la loi n°96-056 du 16 octobre 1996 car l’article 3 de cette loi précise que les collectivités territoriales ont pour mission la conception, la programmation et la mise en œuvre des actions de développement économique, social et culturel d’intérêt régional et local.

Au regard de cette nouvelle disposition, l’Etat, au lieu de parachever la réforme qui s’imposait à travers de nouveaux textes d’application, a plutôt gardé le silence si bien que ces quinze dernières années la plupart des maisons, centres et foyers ont été laissés, faut-il le dire, à la merci de la dépravation, faisant d’eux, dans bien des cas, des hauts lieux de l’insécurité et autres risques.

Ici, l’accent doit être mis sur la nécessité du choix des activités à organiser au sein de ces institutions Cela doit être martelé au quotidien afin que les décideurs puissent comprendre qu’une institution socio-éducative est avant tout pour le jeune et l’adolescent ce qu’est l’eau pour le poisson, c’est-à-dire sa force.

Autant l’eau est polluée, autant elle est moins poissonneuse, autant les institutions socio-éducatives sont souillées, autant elles gangrènent la société. Les exemples ne manquent pas.

Le dernier vêtement du pauvre

Ici, l’on ne demande pas au pauvre son dernier vêtement. L’Etat doit revoir sa copie, doit reconsidérer les choses car ces institutions favorisent une action éducative qui complète, renforce et prolonge celle de la famille et de l’école.

Autrement dit, les activités socio-éducatives contribuent à l’éducation, la formation et l’information des jeunes afin de faire d’eux des citoyens accomplis, conscients de leurs devoirs et de leurs droits, prêts à apporter leur contribution au développement national.

Parties intégrantes du système national d’éducation, les activités socio-éducatives, a-t-on dit, procèdent de la pédagogie active et s’appuient sur des méthodes participatives, fondement de l’éducation permanente.

Aujourd’hui, les jeunes ont le sentiment de vivre dans une société qui ne les appartient pas, qu’ils n’ont pas eu à construire et qui leur est hostile.

Justement, c’est au sein des institutions socio-éducatives que cet amour de la patrie devait leur être inculqué, tout comme le sens de la mesure, la concession mutuelle, le don de soi, l’estime de soi, la confiance en soi, l’abnégation, les vertus du travail, le respect de la chose publique, le respect du bien public.

Malheureusement, tous ces principes sont foulés au pied. La jeunesse est laissée à elle-même. La rue s’est substituée à ces institutions. Pourtant, au moindre événement qu’on aurait pu éviter ou amoindrir grâce à l’action de ces institutions, on se complaît dans des condamnations de toutes sortes : « Plus jamais ça ! »

Quand un édifice s’écroule, ne doit-on pas vérifier son soubassement ? Non pas par un travail superficiel, mais par un examen fouillé de la qualité de l’ensemble des matériaux utilisés. Outre ces condamnations, rarement on entreprend quelque chose d’envergure pour endiguer le malaise qui généralement s’amplifie et forme des strates.

« Mal vivre »

Ce « mal vivre », les jeunes n’ont pas manqué de le dire à nos chefs d’Etat et de gouvernement lors du 32e Sommet Afrique-France à Bamako en décembre 2005. C’est une situation de manque endémique que les jeunes ont décriée à Bamako. En lieu et en place d’un chapelet de satisfecit, ce fut une corbeille de doléances que les jeunes ont offerte à nos chefs d’Etat et gouvernement.

L’arsenal institutionnel et tous les slogans au quotidien ont été mis à rude épreuve à Bamako : « Nous n’avons pas l’éternité devant nous.

Nous sommes dans l’urgence, dans l’obligation d’avancer. Si les politiques ne s’occupent pas de la jeunesse, le vent du changement, en contexte démocratique, conduira la jeunesse à s’occuper des politiques afin que les engagements aient un sens ».

Les interlocuteurs des jeunes semblent être pris dans un étau, celui d’une double exigence à concilier :


celle des partenaires qui orientent la conduite à tenir, semblable à l’irréversible car les exceptions, même culturelles n’ont généralement pas leur place,


celle de l’immense majorité des jeunes qui est toujours à l’attente car les réformes ont fait de ces jeunes des marginaux qui vivent dans la galère d’où les promesses du « politique » doivent les extirper. Malheureusement, cette attente s’identifie à un labyrinthe, à un serpent de mer.
Une équation à plusieurs inconnues que nos chefs d’Etat et de gouvernement doivent résoudre.

Cette déclaration de Modibo Kéita, secrétaire général de l’Union soudanaise/RDA au moment de la mobilisation de l’ensemble de la jeunesse au sein de l’US-RDA pourrait certainement servir de source d’inspiration : « Disons clairement aux jeunes ce que nous voulons, où nous allons, les moyens que nous attendons utiliser pour atteindre nos objectifs… Nous sommes assurés de leur concours ».


Badara Alou Traoré

(ancien directeur national de la jeunesse)

21 Mai 2008