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Ces dernières années,la grande prison de Bamako siégeant au centre du quartier de Bamako-Coura (communément appelée Maison d’arrêt de Bamako ou “kasobon ba”) s’est soudainement illustrée par l’apparition d’un certain nombre de facteurs aussi nouveaux que négatifs, dont le non respect de la légalité des visites par les gardiens de prison.

Bien que ce lieu de détention soit de nos jours engorgé par des “impropres” (selon le terme de certains citoyens), force est de reconnaître que ces “impropres” sont quand même nos parents, nos frères, nos amis, nos collègues… A ce titre, et au regard de leur solidarité active et leur devoir de conscience, beaucoup de citoyens sont tenus de rendre visite à leurs parents ou concitoyens en détention. Mais au prix de quel casse-tête?

Au sommet de la hiérarchie pénitentiaire se trouve le département de la Sécurité Intérieure et de la Protection Civile. Ce ministère étant subdivisé en directions et services (à l’instar de tout autre), il incombe, à chaque subdivision, de jouer pleinement son rôle pour une bonne gestion du service public.

Par ailleurs, c’est surtout à l’Etat que revient la responsabilité pleine et entier du contrôle de la bonne marche des Maisons d’arrêt du Mali en général, et de celle de Bamako en particulier, surtout sur le plan des pratiques qui y ont cours.

Bien sûr, dans un pays démocratique, il n’est pas permis à n’importe qui de s’introduire dans une prison selon son bon vouloir, des directives étant prescrites dans ce sens par la loi. Mais ces dispositions législatives sont-elles partou respectées au Mali? En tout, à notre vu et su, le “kasobon ba“ fait bien exception à la règle, sur le plan de l’application dela loi pénitentiaire.

L’accès des prisons : un vrai calvaire

En effet, l’accès dans les prisons est tout d’abord subordonné à des condition aussi diverses que compliquées, le plus souvent irrégulières. Par exemple, celui qui veut simplement donner à manger à un parent prisonnier subira certes une tracasserie, mais au moins, elle sera minime par rapport aux autres.

En effet, aux éléments chargés de la remise du plat du prisonnie, le visiteur n’aura qu’à filer soit quelques jetons ou biftons (billets), soit une partie du repas (destiné pourtant audit prisionnier). Sans quoi, le parent prisonnier crèvera de faim.

Pour la visite proprement dite, c’est-à-dire un entretien direct avec le prisonner, le visiteur devra au préalable se faire délivrer un “Permis de parler“ autorisé par un Tribunal : c’est la loi, et ce permis est exigé à tout visiteur, justifie-t-on !. Mais dans un pays où l’on considère que l’argent prime sur tout, croyez-vous que ce soi disant “Permis de parler “ puisse avoir sa valeur normale?

A cette question, on ne peut que répondre : non ! Car à défaut de pouvoir disposer de ce “Permis de parler”, il vous suffit de passer par la voie fraudeuleuse, synonyme de corruption sous la forme d’un petit “pot-de-vin” ou “dessous de table” de 1000 F CFA ou sous forme de coup de fil passé à une connaissance haut placée qui donnera aussitôt, à un gardien de la prison, un “ordre de passer” pour le visiteur. et le tpoour est joué, mais au gand dam de ceux qui n’ont ni 1 000FCFA à glisser, ni une connaissance haut placée.

Mais le contrôle, diriez-vous ! Quel contrôle? L’Etat n’a -t-il pas un contrôle sur ces gens malveillants? Mais ces “gens malveillants“ ne sont-ils pas le plus souvent ceux-là mêmes qui sont chargés de veiller à la bonne marche dudit contrôle? Alors, autant chercher une aiguille dans une botte de foin…

Parfois, l’accès au portail de la prison constitue un vrai parcours du combattant pour le visiteur. mais une fois à l’intérieur, c’est tout autre chose, car c’est un autre monde qui s’ouvre, et un autre dilemme qui commence pour lui. En effet, qu’y voit-on?

Des énergumènes qui se prétendent tous travailleurs de la prison, qui ne portent pourtant ni tenue, ni aucun autre signe d’identification, mais qui se démènent comme de beaux diables, rien que pour arnaquer le visiteur. Là, il ne paraît y avoir aucune différence entre les gardiens de prison. On y voit plutôt des prisonniers dissertant tranquillement avec des hommes en tenue, comme s’ils étaient en famille, ou s’ils s’étaient toujours connus dans une vie antérieure.

Parfois, le visiteur est subitement envahi, sinon “coincé” de tous les côtés par toute une meute de “clients” qui lui demandent familièrement à tue-tête : “Mon frère, qui cherches tu ?“. Et dès que le visiteur prononce le nom de son prisonnier, il y aura toujours un de ces énergumènes qui s’écriera : “ Hé, je le connais ! Il est au troisième ou au quatrième !“.

Mais que le visiteur ne se croit pourtant pas soulagé, car il saura, au contraire, que dans ce monde à part, rien n’est gratuit et tout a un prix. En effet, ces “clients“ d’un genre particulier abordent le visiteur uniquement pour l’amener au prisonnier demandé, moyennant quelques sous, bien sûr. Le “prix d’amener” le prisonnier recherché est estimé à peu près à la même valeur que le “permis d’entrer” dans la prison.

Mais alors, quelle est le rôle des gardiens ? Est-ce à dire, par ailleurs, que tous ces gens qui fourmillent aux abords des prisons sont tous des hommes en uniforme? Autant de questions, entre autres, qui mettront du temps à reçevoir des réponses, tant des pratiques aussi anormales que mafieuses ont libre cours dans les prisons.

Tel ce prisonnier qui conduit…un autre prisonnier dans la salle d’attente. Un prisonnier policier donc ?… Comme pour dire que la prison soit n’est plus un lieu de rééducation et de réadaptions sociale, dès lors qu’un prisonnier joue désormais le rôle… de gardien de prison.

Pour certains détenus, la prison est un lieu d’enrichissement. Aussi, certains d’entre eux parviennent à s’y procurer assez d’argent pour rembourser leurs dettes et acheter, argent comptant, louer petite liberté carcérale, et souvent même, la conscience des geôliers.

Pourquoi la majorité des visiteurs rechignent à s’acquitter de la modique somme de 500 F CFA au Tribunal, pour se munir d’un “Permis de parler”, une somme qui, somme toute, sera versée dans la caisse du Trésor Public et sera d’utilité publique, au lieu de donner 1000F, voire même plus, à un individu qui ne cherche qu’à se remplir les poches?

C’est parce que pour obtenir ce famaux “sésame” (ledit “Permis de parler”), c’est la croix et la bannière, sans parler des dégâts financiers supplémentaires que cela coûte à celui qui prétend vouloir l’obtenir. Alors, le visiteur opte pour la solution la “plus facile” et la “moins coûteuse”. Et ni vu ni connu…

En somme, l’Etat est autant responsable de ces pratiques mafieuses que les visiteurs des prisons. Mais si l’Etat laisse faire, alors vogue la galère des malversations pénitentiaires !


Adégné DOLO, Stagiaire

12 Mai 2009