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En vue d’aider le gouvernement, dans sa politique à maintenir les prix des denrées alimentaires à un niveau raisonnable, des opérateurs économiques ont fait preuve de patriotisme en mettant quelques milliers de tonnes de riz à la disposition des commerçants détaillants.

Mais, se demande-t-on, entre ces opérateurs économiques, les commerçants détaillants et les consommateurs, à qui profite réellement cette mesure “patriotique” et “facultative ”?…

Ainsi, après le PDG du Grand Grenier du Bonheur(GGB), M. Bakoré Sylla, le PDG du GDCM, Modibo Keïta, la société Djigué S.A., c’est le tour des établissements Kouma et Frères, representés par Mme Camara Assitan Kouma, et le groupe Achkar de mettre, chacun, 1000 tonnes de riz à la disposition des commerçants détaillants.

Cette information a été donnée les 12 et 13 Mai 2008, à la Chambre de Commerce et d’Industrie du Mali (CCIM), à la faveur d’une Assemblée Générale qui a regroupé le président de la CCIM, M. Jeamille Bittar,

le président de la Coordination des Commerçants Détaillants, M. Hama Aba Cissé, les Présidents Directeurs Généraux du GGB et du GDCM, la Directrice Générale de la Société Kouma et frères, les commerçants détaillants…

Signalons que depuis bientôt deux ans, le marché se caractérise par une hausse généralisée des prix des denrées alimentaires et des produits énergétiques, due à un déséquilibre entre l’offre et la demande. Cette situation affecte malheureusement l’essentiel des produits de consommation de nos populations, en particulier le riz, la farine, le maïs.

Conscient des effets néfastes de ce phénomène sur le bien-être de la population et sur notre économie, et dans le souci d’assurer l’approvisionnement du pays, le gouvernement a initié de nombreuses mesures.

Au nombre desquelles on peut citer la signature, le 18 Juillet 2007, d’un Protocole d’Accord entre le gouvernement et le Conseil National du Patronat du Mali (CNPM); l’installation du Conseil National des Prix (CNP) pour leur maintien à un niveau raisonnable; la création de l’Initiative Riz pour accroître la production locale en 2008-2009; et les exonérations sur l’importation du riz.

Quand les opérateurs économiques s’impliquent

Convaincu que cette situation ne concerne pas seulement le gouvernement, des opérateurs économiques ont décidé de faire preuve de patriotisme en apportant leur aide. C’est ainsi que dans leurs engagements, les PDG du GGB et du GDCM, la société Djigué S.A.,les Etablissements Kouma et Frères et le Groupe Achkar ont décidé de maintenir le prix du kilo de riz à 310 FCFA, comme instruit par le gouvernemnet.

Aussi ont-ils mis, chacun, 1000 tonnes de riz à la disposition des commerçants détaillants, à raison de 300 000 FCFA la tonne, soit 300 FCFA le kilogramme.

Mais le constat, c’est qu’à chaque cérémonie de remise du riz aux commerçants détaillants, le PDG du GGB a invité ces derniers à tout mettre en oeuvre pour respecter leurs engagements,

car, ajoutera-t-il à chaque fois, la deuxième phase de cette opération dépendra du paiement des dettes de la première phase dont le total s’élèverait à 1 milliard 500 millions de FCFA. C’est qu’en fait, M. bakorè Sylla est lui-même le principal initiateur de cette opération qui se veut avant tout patriotique.

Pourtant, en dépit de ce patriotisme, bien des consommateurs restent sceptiques, et même sur leurs gardes. Selon certains citoyens interrogés sur la question, ce sont les commerçants détaillants qui, pour l’heure, profitent de cette situation, lucrativement parlant.

C’est à se demander si le président des commerçants détaillants du Mali contrôle réellement ses troupes. Sinon, comment comprendre que les prix sur le marché grimpent sans qu’aucune mesure ne soit initiée pour canaliser ce fait?

Quant aux opérateurs économiques qui ont consenti ce sacrifice, même si personne ne remet leur patriotisme en cause, bon nombre de maliens pensent qu’ils l’ont aussi fait par pure considération politique.

Dans tout cela, les consommateurs semblent être devenus les “dindons de la farce ”, et pour cause. Le prix du kilo de riz reste toujours inchangé sur le marché :350, sinon 375 FCFA le kilo, au lieu de 310FCFA fixé et même annoncé par le gouvernement. Autant dire que, pour le consommateur, cette opération en sa faveur n’est que de la poudre aux yeux.

D’autre part, en initiant cette mesure, le gouvernement aurait du s’impliquer pour l’application correcte du nouveau prix du kilo du riz (310 FCFA) sur le marché. ce qui n’est guère encore le cas.

Moussa TOURE

15 Mai 2008