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Maïmouna partageait sa vie de femme célibataire, mère de deux enfants, entre Abou le vieux commerçant et Abou le jeune fonctionnaire. Le vieux Abou tenant ici le rôle du chèque et son jeune homo celui de chic-choc.

jpg_f.jpgMaïmouna, aux dires des uns et des autres, donnait le maximum pour satisfaire les deux Abou sans compter, si bien que les deux Abou qui s’ignoraient l’un l’autre prenaient chacun pour lui et tout le monde était content.

Tout le monde ?

Pas tant que ça, car petit Abou commençait à soupçonner d’autres relations à Maïmouna, des relations coupables comme si avec elle, lui-même ne vivait pas une relation coupable. C’est que petit Abou avait répudié son épouse et ses quatre enfants pour ne se consacrer qu’à l’affaire de Maïmouna. Certaines personnes aussi lèvres épaisses lui avaient soufflé que sa dulcinée avait quel-qu’un d’autre et que ce serait ce quelqu’un là qui lui aurait donné à Maïmouna la moto.

Les questions à Maï-mona pour savoir la vérité restèrent vaines. Elle avait réponse à tout. Ses enquêtes pour la surprendre la main dans le sac ne lui rapportèrent que déception.

Petit Abou demeurait pourtant persuadé que Maïmouna se partageait entre lui et quelqu’un d’autre. Il était loin de se douter que c’était un autre Abou qui détendait ses vieux nerfs avec elle. Et comme il n’y a rien de plus terrible qu’une jalousie qui n’a pas de fondement, qui n’a pas d’éléments comme combustible, le pire allait se produire dans la nuit du samedi au dimanche 11 janvier dernier.

jpg_h-2.jpgTout commença le vendredi, en pleine nuit, petit Abou se rend chez Maïmouna. Elle est absente. Il entreprend de se mettre à l’angle du six mètres pour guetter son retour. Avait-il un trop plein d’alcool dans l’estomac ? Son guet ne dura pas longtemps car il s’endormit sur sa moto.

Ce samedi-là, Maïmou-na appela petit Abou en lui disant qu’elle partait à l’hôpital Gabriel Touré pour rendre visite à une tante malade. Petit Abou appela son neveu qui jouait le rôle d’agent secret, un jeune du voisinage et lui passa la mission.

Lorsque Maîmouna confiait sa moto au parking de l’hôpital, elle ne savait pas que des yeux intéressés suivaient ses faits et gestes. Au lieu de se diriger vers l’entrée du lieu de souffrances et d’espoirs qu’est l’hôpital Gabriel Touré, elle traversa la route. Là, une voiture et le vieux Abou assis à bord attendaient. Maïmouna prit place à côté de l’homme qui démarra sans se douter un seul instant que le jeune homme qui faisait de même et qui ne cessera de les suivre jusqu’à destination, n’était autre qu’un dangereux espion

Ils arrivèrent

L’endroit était célèbre mais discret. Ils prirent place côté buvette pour faire semblant, sinon leur finalité était de passer côté chambres par une porte dérobée. Ils commandèrent à boire. Au même moment, l’agent secret sortait son téléphone et composait avec une joie perfide, le numéro de petit Abou.

jpg_h1-2.jpgS’il n’avait pas été si rapide à arriver sur les lieux, il aurait certainement surpris les deux illégaux en train de lui enfoncer une autre corne, à en croire qu’ils voulaient transformer sa tête en véritable champ de cornes. Au moment où il arrivait en effet, son espion entendit distinctement son ennemi commander au garçon des chambres de leur ouvrir la même chambre, comme la fois passé

Petit Abou arriva dans leur dos. Devant eux, se trouvait une chaise libre. Il les contourna et alla s’y asseoir bien en face d’eux. Il sortit son gourdin et le déposa devant lui sur la table. Tout cela se passa dans un silence total. Les deux planteurs de cornes se regardaient, et regardaient petit Abou comme pour deviner ses intentions sur leur avenir immédiat.

Le garçon arriva pour leur dire que la chambre était prête. Il vit le gourdin, fit demi-tour à reculons pour aller prévenir le patron de ce que la «la mort» planait sur la tête de deux clients. Au moment où celui-ci arrivait, Maïmouna était en train de bafouiller, de cafouiller que le monsieur était son cousin pour terminer qu’elle voulait aller se soulager aux toilettes.

Le patron, quelqu’un qui en a vu d’autres, s’invita d’autorité dans le début du drame. Maïmouna en profita pour aller aux toilettes, laissant le vieux Abou qui nageait dans sa sueur.

Personne ne faisait plus attention à Maïmouna. Elle surgit des toilettes, le pagne retroussé jusqu’aux cuisses et décala.

Et l’homme ? Rassurez-vous, il n’a pas été abattu. Mais que de sueurs chaudes pour la sprinteuse et froides pour son amant !

Gnimadi Destin

Le Républicain du 13 Janvier 2009