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La refondation du Mali demeure toujours d’actualité. Mahamane Touré, Président du Mouvement Jeunesse pour la Citoyenneté œuvre afin d’inciter la jeunesse à s’engager de façon citoyenne et responsable à la construction du pays. Il est aussi consultant en gestion des ressources humaines, promoteur du Cabinet RH Consulting Baragnouma.

À l’heure actuelle, quelles doivent être les actions phares du gouvernement pour alléger la souffrance des Maliens ?

Mahamane Touré : À mon avis, il faudra comprendre de quoi la population malienne souffre de façon notoire. Depuis un bon moment, notre pays traverse une crise multidimensionnelle. À cela, s’est ajouté récemment, le risque de la sécurité alimentaire et la cherté de la vie. Pour pouvoir alléger la souffrance des populations, il faut trois principales actions phares.

La toute première action phare, c’est vraiment d’avoir un dialogue franc, sincère et responsable entre les autorités maliennes et les organisations régionales et internationales notamment la CEDEAO afin d’aboutir à une levée rapide de l’embargo dont les effets néfastes commencent à se faire sentir. C’est ce qui a manqué depuis le début de cette crise entre l’Etat malien et la CEDEAO. C’est ce dialogue franc, sincère et responsable qui doit prévaloir aujourd’hui entre les autorités maliennes et les responsables de la CEDEAO ne tenant en compte autre chose que le seul intérêt supérieur du Mali et du peuple malien. Pour cela, chacune des deux parties doit revoir sa position, et sa vision de la solution au problème posé.

La partie malienne doit comprendre que la seule période de la transition ne suffit pas à elle seule pour résoudre tous les problèmes du pays. Il faudra surtout améliorer et assurer de façon optimale la sécurité des personnes et de leurs biens sur toute l’étendue du territoire national sachant bien que l’insécurité zéro n’existe nulle part. Et ce chantier est bien amorcé aujourd’hui à mon avis. Et parallèlement, entamer les réformes électorales garantissant au terme des élections transparentes, crédibles et justes sans aucunes formes de fraudes.

Du côté de la CEDEAO également, réduire tous les problèmes du Mali au seul problème électoral, et pousser les autorités à organiser à la va vite des élections est aussi une mauvaise analyse de la situation. Donc, il faudra que les deux visions et positions convergent autour du contenu à donner au reste de la transition. Et je pense que cela doit être essentiellement l’amélioration de la sécurité, ensuite l’organisation des élections transparentes crédibles et justes.

Un nouveau chronogramme de 18 à 20 mois est sur la table, et je pense que cela est acceptable et réaliste. Certainement, les deux parties trouveront un compromis très rapidement pour clore ce dossier.
En plus de la levée de l’embargo, la situation alimentaire est menaçante. L’autre action phare, c’est de faire un état des lieux de la sécurité alimentaire pour prendre dès maintenant des actions préventives afin de pallier aux conséquences néfastes de ladite menace.

Comme troisième action phare, il faut que les autorités maliennes nouent un dialogue franc, sincère et responsable avec les opérateurs économiques de tous les secteurs et de toutes les catégories. Il faut qu’il ait ce dialogue pour essayer de mettre en place des voies et moyens afin que les produits soient à la porte du Malien lambda.

Quelle analyse faites-vous de la refondation du Mali ?

M. T : D’abord, il faudra s’entendre sur ce qu’on entend par refondation. À partir de là, on pourra faire une analyse concrète et objective. La refondation, c’est juste un changement d’attitude, de comportement pour qu’il n’y ait plus certaines pratiques nuisibles au développement du pays et de la population. Une fois que tout cela se réalisera, on parlera du Mali Kura. Cette refondation doit se faire sur certains principaux piliers avec des axes.

Le premier pilier est celui de la sécurité, de la paix et de la réconciliation. Il faut qu’on ait désormais un Mali sécurisé où les personnes et leurs biens seront sécurisés sur toute l’étendue du territoire national. C’est aussi un Mali de paix où tous les fils et filles du pays seront réconciliés entre eux. Cela nous permettra véritablement d’amorcer le développement du pays.

Le deuxième pilier doit être celui de la bonne gouvernance avec des axes bien définis. Un axe par rapport à la lutte contre la corruption et l’impunité, force est de reconnaître qu’une seule personne peut voler des milliards au vu et su de tous. Il faut que cela cesse. Les autorités actuelles doivent également faire la promotion de l’excellence. Et il faut que les personnes qui doivent occuper les hauts postes de responsabilité dans notre pays, aient les compétences nécessaires, mais aussi l’intégrité et la probité morale pour bien mener leur mission.

Certes, nous ne sommes pas encore un pays souverain comme on le souhaite. Mais il faut qu’on ait comme objectif de faire de notre Mali, un pays totalement indépendant, autonome et souverain. Cela passe par une diplomatie efficace et efficiente non seulement en tenant compte de notre propre réalité d’aujourd’hui, de nos forces et faiblesses. Cela se fait aussi de façon bien organisée avec des stratégies bien réfléchies et de façon progressive. Dans cet axe, il faut qu’il ait une économie prospère au bénéfice du pays et du peuple.

Tous les problèmes, aujourd’hui, ont un lien avec l’éducation, la formation, l’insertion socioprofessionnelle des jeunes. Les principaux acteurs du terrorisme sont les jeunes. On profite de leur précarité socioprofessionnelle pour leur faire recruter souvent en contrepartie de quelques billets d’argent.

Voici les trois piliers sur lesquels nous devons travailler aujourd’hui pour une réelle refondation du pays.

Selon vous, quels sont les défis escomptés autour desquels tous les Maliens doivent faire face afin de parvenir à une réelle refondation du Mali ?

M.T : Aujourd’hui, il faut que tous les fils et filles se retrouvent autour de l’essentiel, qui est le Mali, et qu’on sort de toute autre considération politique. Les problèmes auxquels nous faisons face aujourd’hui sont des problèmes cruciaux qui sont en rapport avec l’existence et le développement même du pays.
Cette volonté doit surtout venir du sommet à la base. Ce sont les autorités actuelles de la transition notamment le Président qui doit surtout donner le ton et mettre en place tous les voies et moyens pour que tous les Maliens puissent se retrouver autour du Mali. Il faut signaler qu’aujourd’hui, on a essayé de catégoriser les Maliens en 2 parties. Celui qui dit seulement des actions positives de la Transition, est patriote, mais toute personne, qui essaye d’apporter une critique constructive, est tout de suite considérée comme une personne à la solde d’une puissance étrangère qui ne dit pas son nom. Il faut qu’on soit tolérant les uns envers les autres.

Pour la conduite du reste de la Transition, il faut qu’il ait la cohésion pour que tous les Maliens se retrouvent. Il faut que nous ayons également une nouvelle équipe de gouvernement essentiellement technocrate qui n’aura aucun agenda si ce n’est que de servir le Mali.

Jacques Coulibaly

@Afribone