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Le deuxième invité de L’Aube est Mahamadou Samaké dit Sam. Le choix du directeur général de Randgold Mali, une société d’exploitation de l’or, n’est pas fortuit. En effet, si le débat autour de la découverte du pétrole au Mali est encore au stade des bribes, celui concernant l’or fait rage actuellement sous nos cieux.

Le Mali, rappelons-le, est le 3è pays producteur d’or en Afrique, après l’Afrique du sud et le Ghana. Mais selon la position socioprofessionnelle des uns et des autres, les Maliens jugent différemment l’impact de ce statut pour le pays.

Les radicaux pensent que l’Etat ne tire aucun profit de l’or extrait de son sous sol et que celui-ci ne brille pas pour les Maliens. Ils accusent les sociétés minières, d’une manière générale, de détruire et polluer l’environnement.

A côté d’eux, les modérés, plus réalistes, voient en la présence des sociétés d’exploration et d’exploitation de l’or, une opportunité offerte au Mali de développer son économie.

Notre invité fait la part des choses entre les deux tendances et nous parle des tenants et des aboutissants de l’exploitation de l’or au Mali, notamment en ce qui concernent les mines d’or de Morila et Loulo. Il aborde également la question de la relecture du code minier, au centre de toutes les discussions aujourd’hui. Bref, Sam nous dit tout sur l’or au Mali.

Contrairement à la pensée généralement répandue, Randgold Resources n’est pas une société sud africaine, mais une société créée par des sud-Africains pour s’occuper des activités minières en dehors de l’Afrique du Sud.

A en croire le directeur général de Randgold Mali, les fondateurs de la société ont volontairement basé son siège à Jersey, dans les Iles anglo-normandes, afin de pouvoir recueillir les capitaux des pays développés et de venir les investir en Afrique.

C’est dire que Randgold, qui est une société d’exploration et d’exploitation de l’or, a des activités essentiellement en Afrique, principalement en Afrique de l’Ouest et de l’Est.


Randgold Resources :
un géant pour développer l’Afrique
Créée en 1995, Randgold est listée à la bourse de Londres depuis 1997 et au Nasdaq depuis 2002 ; ses principaux actionnaires sont aujourd’hui des Américains.

A ses débuts, la compagnie était capitalisée à 147 millions de dollars US (environ 73,5 milliards de FCFA), mais de nos jours la valeur des capitaux de la société est estimée à 2,5 milliards de dollars US soit environ 1250 milliards de FCFA.

Pour la société qui se veut entièrement dédiée à la prestation du métal le plus mythique, l’objectif recherché est la création de valeur ajoutée pour tous les actionnaires par la découverte de gisements d’or de rang mondial et leur mise en valeur en tant que mines rentables.

Les principales découvertes à ce jour sont le gisement de 7,5 millions d’onces de Morila, le gisement de plus 7 millions d’onces de Yaléa à Loulo et le gisement de plus de 4 millions d’onces de Tognon en Côte d’Ivoire dont la première production est prévue pour le quatrième trimestre de l’année 2010.

Randgold Resources, reconnu comme la société aurifère qui a engrangé le plus grand succès au cours de ces dix dernières années sur le plan international, possède un portefeuille riche en perspectives de croissance organique.

Ce portefeuille est constamment renouvelé grâce aux vastes programmes d’exploration dans les grandes régions aurifères du Mali, du Sénégal, du Burkina Faso, de la Cote d’Ivoire, du Ghana et de la Tanzanie.

La société est présente au Mali depuis 1995. En 1997, au retrait de la société australienne d’exploitation minière, BHP, Randgold a racheté ses intérêts.

De gros investissements au profit des communautés
Le Mali est en fait la base des opérations de Randgold dans la mesure où la compagnie est impliquée dans l’exploitation de deux mines d’or, à Morila et Loulo, qui ont des apports certains à l’économie malienne.
Les communautés concernées profitent largement de ce voisinage avec de gros investissements quoique les débats soient souvent très animés par rapport à l’impact positif de l’activité minière.

A Loulo, où Randgold opère à travers la SOMILO (Société des mines de Loulo), et à Morila, les avantages de l’exploitation minière sont évidents, pour les populations. Celles-ci bénéficient avec bonheur, des nombreuses créations d’emplois qui constituent des activités génératrices de revenus, alors qu’avant, leur activité principale était l’orpaillage traditionnel, qui leur permettait tout juste de survivre.

Elles jouissent aussi des réalisations de forages, de la construction d’écoles et de mosquées, de l’ouverture de pharmacies, de la création de centres de santés équipés, du désenclavement par la construction de routes, sans oublier l’amélioration de l’agriculture.

En somme, l’arrivée des compagnies minières n’a fait que contribuer au développement socio-économique des villages concernés.

De façon spécifique, SOMILO alloue un budget annuel de 30 millions de FCFA destiné au développement des communautés, indépendamment des 160 millions d’investissements en 2006.
Depuis son ouverture en 2000, Morila SA a investi 1,044 milliard de FCFA dans les dépenses de santé, d’éducation, d’agriculture et autres apports aux communautés concernées.

Mais en réalité, selon Mahamadou Samaké, les sociétés minières n’ont pas pour vocation de venir développer le Mali. « Mais le Mali doit profiter de leurs activités pour se développer ou développer une région. Ceci devra être l’objectif d’une politique minière. Le problème au Mali, est que la fiscalité minière est basée sur la taxation des revenus, au lieu des profits. Ce qui est loin d’être incitatif pour des investisseurs miniers.

En instaurant une fiscalité et un code minier plus attractifs, le pays se développerait davantage, avec l’activité minière qui agit sur le développement de l’économie d’une manière générale. », dit-il. C’est ce qui guide véritablement la création de richesses à travers notamment les emplois.
A titre d’illustration, la mine de Loulo emploie plus de 1 966 personnes dont 166 expatriés.

Tout est importé

L’autre regret du directeur général de Randgold Mali, c’est le fait que dans l’activité minière au Mali, tout est presque importé.

« Du fait de son faible niveau d’industrialisation, le Mali perd beaucoup de l’impact économique de l’activité minière, car l’essentiel des matières premières consommées dans les mines est importé », affirme notre invité.

Les mines consomment une quantité importante de chaux, de ciment qu’elles sont obligées d’importer. A part Kalana, aucune mine d’or n’est connectée au réseau hydroélectrique du Mali. Pour qui connaît la quantité d’énergie consommée par l’industrie minière, le Mali perd encore beaucoup sur ce plan.

La relecture du code minier en question

La loi malienne en matière d’exploitation aurifère oblige à la création d’une société de droit malien pour exploiter un gisement d’or. L’Etat obtient automatiquement dans cette structure un maximum 20% dont 10% gratuits.

Toutes les sociétés qui interviennent au Mali, le font dans le cadre de la loi minière, à travers le code minier.
La convention qui est annexée au code minier est déjà approuvée par décret. Ce qui veut dire que l’investisseur minier qui vient au Mali est tenu seulement de s’y conformer, car n’ayant aucune latitude de modification.

Certains défenseurs de cette relecture, affirment que l’activité minière a les plus bas coûts d’Afrique. Notre invité est loin de partager cette vision. Pour lui, le Mali a surtout un problème d’infrastructures et d’énergie.

L’énergie intervient pour plus de 40% dans les coûts de production d’une mine, or le Mali n’en produit pas assez ; il faut alors utiliser du gasoil importé. En tenant compte de ces facteurs, Mahamadou Samaké s’étonne du fait que des gens affirment que l’industrie malienne a les plus faibles coûts de production. « La main d’œuvre au Mali, peut être moins cher que dans les pays développés, c’est un fait.

Mais le coût des produits d’énergie au Mali est plus cher qu’en Côte d’Ivoire et en Afrique du Sud », démontre t-il.
La relecture du code minier est certainement la bienvenue, parce que le code minier malien contient des insuffisances notamment en ce qui concerne la fiscalité minière qui est, selon Mahamadou Samaké, la plus élevée au monde.

« C’est une bonne chose de relire le code minier, mais il faut savoir pourquoi on le fait. On nous dit que c’est pour le rendre plus clair et lui donner une application beaucoup plus simplifiée. Mais on n’oublie que le code minier, contrairement au code des impôts, n’est pas un code pour avoir de l’argent. Le code minier doit plutôt être perçu comme un code d’investissement », indique t-il.

Les mesures de protection de l’environnement
« L’environnement est un sujet qui revient beaucoup, on a tendance à accuser les mines de causer beaucoup de dégâts dans ce domaine. Une mine qui s’installe commence toujours par la recherche.

Dès qu’on trouve le gisement, on fait une étude d’impact environnemental, obligation dictée par le code minier pour avoir l’accord d’Etat pour l’exploitation. Cette étude qui fait l’état des lieux est réalisée par des sociétés spécialisées dans le domaine», commente Mahamadou Samaké pour répondre à la question qui a trait au procès de pollution environnementale fait aux sociétés minières.

Pour notre invité, quand les gens parlent de pollution par l’activité minière, c’est pour faire allusion au cyanure, qui n’est d’ailleurs jamais déversé dans la nature, mais plutôt dans les endroits bien identifiés et protégés. Ces endroits sont bien entourés pour empêcher l’accès des animaux et des hommes.

« Les problèmes environnementaux sont inhérents à l’activité minière, mais ils sont sous contrôle. Et, chaque fois qu’il y a des dommages, nous devons avoir les mesures pour les circonscrire », indique Mahamadou Samaké.


La banque de l’or

La société Kankou Moussa, qui se veut une banque de l’or, est née d’une volonté commune de Randgold et de l’Etat malien. C’est dans l’optique de permettre à l’or de briller pour les Maliens du fait que le pays est le troisième producteur africain d’or.

Kankou Moussa est dirigée par Samba Dieng, un homme d’affaires malien qui connaît suffisamment le secteur de l’or. Randgold détient 75% des parts, et le reste est cédé à Dieng.

La société a pour vocation de mettre sur le marché une part de l’or produit par Loulo. En moyenne ce sont 10 à 15 kilogrammes d’or que Kankou Moussa met par semaine pour la vente à la disposition des bijoutiers ou autres citoyens maliens qui désirent s’approvisionner en or.

« Depuis sa création, la société a suscité beaucoup de frustrations et de questions auprès des bijoutiers qui se plaignent du prix de l’or », reconnaît notre interlocuteur, qui justifie cependant cet état de fait.

En effet, obligée de traiter l’or de Loulo pour le rendre pur, Kankou Moussa ne peut nullement vendre de l’or au même prix que le bijoutier qui le traite de façon artisanale. Donc, l’or produit par la « boutique » de Randgold est vendu au prix du marché, du fait que Loulo est obligé de payer, à l’Etat, la taxe ad’valorem sur cet or.

Le DG de Randgold Mali est donc conscient que ce ne sont pas les bijoutiers maliens qui sont les clients. Seulement, ajoute t-il, à vouloir contrôler la clientèle « on risque de tuer Kankou Moussa avant même de commencer. Il faut d’abord approvisionner le marché, la moralisation viendra plus tard ».


SYNTHESE DE SOULEYMANE DIALLO

07 Aout 2008