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«Les temps s’annoncent durs pour les ex-PDG de la BHM-SA et de WAIC»

Le Conseil des ministres du mercredi 8 juillet a désigné Mamadou Boiré au poste de Procureur général à la Cour suprême pour succéder à Cheickna Dettéba Kamissoko et M’Pèrè Diarra à celui d’Avocat Général pour remplacer Moussa Kéïta. La particularité du premier est que, en sa qualité de Procureur de la Cour d’appel, il a alerté le ministre de la Justice, Maharafa Traoré, de la libération en cours de Mamadou Baba Diawara, sur instruction de Cheickna Dettéba Kamissoko faisant ainsi échouer l’opération. Quant au second, il était le président de la Chambre d’accusation qui a renvoyé les ex-PDG de la BHM-SA et de WAIC devant les Assises de Ségou. Leur promotion n’est donc pas un signe rassurant pour les deux condamnés. Loin s’en faut.

Le Conseil des ministres de mercredi 8 juillet a désigné un nouveau Procureur général et un nouvel Avocat général à la Cour suprême du Mali. Il s’agit respectivement de Mahamadou Boiré et de M’Pèrè Diarra. Ils remplacent ainsi Cheickna Dettéba Kamissoko, ancien ministre de la justice sous le premier quinquennat du président Alpha Oumar Konaré et Moussa Kéïta, révoqués par le Conseil des ministres du 3 juin, en relation avec l’arrêt rendu, le 27 mai précédant, par la Chambre criminelle de la Juridiction ultime dans l’affaire « BHM-SA contre Mamadou Baba Diawara et Ismaëla Haïdara, PDG de WAIC ».

Cet arrêt a cassé sans renvoi le double verdict prononcé contre les deux hommes par la Cour d’assises en transport à Ségou, en juillet 2008. PDG de la BHM-SA, au moment des faits, Mamadou Baba Diawara avait été condamné à la prison à perpétuité tandis que Ismaël Haïdara écopait de quinze ans de réclusion, tous deux ayant été reconnus coupables du détournement de près de 7 milliards de FCFA au détriment de l’établissement bancaire ayant vocation à promouvoir l’habitat social au Mali.

Du coup, les deux personnages devaient recouvrer définitivement leur liberté et les 7 milliards de FCFA pour lesquels ils étaient poursuivis passaient pour pertes et profits.

Ce scénario sera plus propice à Ismaëla Haïdara qu’à Mamadou Baba Diawara. Détenu à la Maison d’arrêt de Ségou, Haïdara se fera libérer dès que l’arrêt de la Chambre criminelle a été pris et signifié au régisseur de sa prison. Depuis, il a disparu Dieu seul sait où. Mamadou Baba Diawara, qui séjourne à la prison centrale de Bamako, a eu immensément moins de chance. Lorsque le Procureur général, Cheickna Dettéba Kamissoko, ordonne à son régisseur de le remettre en liberté (il devait, selon des indiscrétions, prendre le vol d’Air France la nuit même pour rejoindre sa famille à Paris) celui-ci lui répond calmement : « Vous êtes, certes, mon supérieur mais je reçois mes instructions du Procureur de la Cour d’appel ».

Puis le loyal fonctionnaire appelle le Procureur de la Cour d’appel pour l’informer de la situation. Celui-ci aussi, en agent respectueux de la hiérarchie, appelle le ministre de la Justice, Maharafa Traoré, pour le tenir au courant du processus de libération enclenché en faveur de Mamadou Baba Diawara.

Le ministre le fera arrêter net. Avant de faire introduire un recours en révision qui, de son point de vue, est de nature à annuler l’arrêt pris par la Chambre criminelle de la Cour Suprême en faveur des condamnés mais qui, du point de vue des conseils de ces derniers, constitue une aberration juridique. Dans la mesure où, au regard des dispositions du Code de procédure pénale du Mali, un recours en révision profite toujours au condamné et non le contraire. Le recours en révision de Maharafa Traoré doit donc contribuer à la libération de Diawara plutôt que favoriser son maintien en détention.

On connaît la suite : la surchauffe médiatique orchestrée pour plaider la cause de Mamadou Baba Diawara, le président ATT qui entre dans le débat au détour de l’émission radio-télévisée « Baro » et fait scandale en déclarant qu’il peut comprendre qu’un nouveau procès soit organisé pour les condamnés mais pas une libération pure et simple, la « question orale » ratée à l’Assemblée nationale qui a permis au ministre de la Justice de ne pas s’expliquer sur ce dossier devant les auditeurs et téléspectateurs de l’ORTM.

Mais l’élément nouveau, qui aura son poids dans la suite de l’affaire, c’est la nomination de Mahamadou Boiré au poste de Procureur général de la Cour suprême et de M’Pèrè Diarra à celui d’Avocat général de la même institution. C’est Boiré qui, en tant que Procureur de la Cour d’appel, a alerté le ministre de la Justice de la libération en cours de Mamadou Baba Diawara et a fait échouer l’opération.

Quant à M’Pèrè Diarra, il était le président de la Chambre d’accusation qui a renvoyé Diawara et Haïdara aux Assises de Ségou.

C’est dire que les choses ne s’annoncent pas pour eux sous les meilleurs auspices.

Saouti Labass HAIDARA

10 Juillet 2009.