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Je veux bien être accusé de parti pris, que l’on m’insulte s’il le faut, mais après cela, il conviendra aussi d’invalider ou d’être d’accord avec ce qui reste des faits historiques.

Ainsi, ATT est accusé de laxisme ! Il est dit que c’est lui qui a démilitarisé le Nord du Mali, que c’est cela qui a amené la présence d’AQMI, que c’est lui qui a intégré les ex-rebelles Touaregs et que c’est cela qui a causé la faiblesse de l’armée. Enfin qu’il tarde à finir avec les assaillants de notre pays. Qu’en conséquence, les élections ne peuvent avoir lieu et qu’il faudrait une transition (anticonstitutionnelle) dirigée par ceux impliqués depuis 20 ans.

C’est avoir la mémoire à la fois courte et sélective et vouloir faire un hold-up sur la Démocratie. Notre génération ne doit pas le tolérer. Ceux qui sont responsables de la situation veulent maintenant jouer les sauveurs, alors qu’ils ont tous participé à tout ce qui ce passe depuis 20 ans. Je vais expliquer pourquoi !

Le Pacte National d’avril 92 a été signé avec la rébellion par le CTSP sous la présidence d’ATT. Mais qui était membre du CTSP ? En plus des militaires, de l’UNTM et de la société civile, n’oublions pas que l’ADEMA avait 2 membres dont son Président ; le CNID 2, que 2 membres fondateurs du PARENA y figuraient, de même que l’actuel secrétaire général du SADI (qui lui au moins est clair dans sa contestation), et que le gouvernement était dirigé par un ancien ministre du général Moussa Traoré. Aujourd’hui tout ce beau monde veut avoir le privilège de la Démocratie sans en assumer les conséquences.

Les partis issus de l’ADEMA désavoueraient-ils à présent feu Abderhamane Baba Touré qui est incontestablement l’une des figures emblématiques du mouvement démocratique malien ? C’est ce Pacte National que tout le monde a avalisé qui consacre la démilitarisation du Nord de notre pays. Ou bien déclinent-ils leur responsabilité sur ATT seul ? C’est ce pacte qui exige l’intégration de tous les ex-rebelles. Et aujourd’hui c’est eux les pompiers ?

Pourtant le CTSP n’a jamais eu le temps d’appliquer ces accords puisque entre temps il y a eu changement de pouvoir et que le Président Alpha Oumar Konaré, continuité oblige, est celui qui a mis en œuvre le Pacte National.

Mais vous n’allez pas l’accuser lui non plus et vous vous dédouanez. Qui était le premier ministre en 94 dont le gouvernement a mis en œuvre la démilitarisation du Nord de notre pays et a intégré les rebelles ? Qui était son ministre de la défense puis des affaires étrangères qui a signé les accords qui permettaient de recevoir des fonds de l’ONU pour cette réintégration ? Ou bien c’est Alpha tout seul et eux ne faisaient qu’obéir ? C’est un peu facile non ? Aucun d’eux n’a démissionné en signe de protestation ! Et ce sont les mêmes qui viennent critiquer les Accords d’Alger de 2006, qui ne font

que répéter ce qu’eux mêmes ont mis en œuvre depuis Tamanrasset. Et après avoir célébré la flamme de la paix en 1996, voici tout le monde amnésique se réveillant en 2012, comme si de rien n’était ! Dans la grande tradition malienne, on assume et on ne se désolidarise pas dès que le vent tourne !

Pourtant nous pensons au regard de ce qui ce passe aujourd’hui que les Accords d’Alger comme ceux de Tamanrasset ont été fait pour la paix. Et ce n’est pas parce que des bandits armés attaquent notre pays qu’il faut paniquer. Notre génération est contre la démilitarisation du Nord. Mais nous ne souhaitons pas une exploitation politicienne en temps de conflit.

Les soldats sont au front, que ceux qui ont des bonnes idées les partagent au lieu de vouloir se faire un fonds de commerce. D’aucuns s’érigent en sauveurs alors qu’ils ont tergiversé sur un 3ème mandat et ont même envisagé une prolongation que notre génération pourtant proche d’ATT n’a jamais voulu.

Malgré leur force apparente, ils craignent les urnes car ils vont probablement vers ce qui est la dernière bataille de beaucoup. Pour contrer cette incertitude, ils veulent mettre dans la tête du peuple l’idée d’une transition parce qu’ils ne sont pas prêts pour les élections.
La rébellion qui a débuté en 91 n’a fini qu’en 1996. Pourquoi n’ont- ils pas demandé au Président d’alors de démissionner et veulent à deux mois du scrutin installer un régime d’exception qui est contraire à la Constitution de 1992? Parce qu’ils étaient confortablement au pouvoir ? Ou bien vont-ils nous dire que ce n’est pas la même chose ?

On entend qu’il faut une transition jusqu’à la paix. Sachant que le dernier conflit a duré plus de 4 ans et ne connaissant pas la fin de celui ci, veulent-ils donc instaurer une transition de 4 ans, le temps de se préparer ou de goûter un peu plus au pouvoir ?

C’est la dernière chance pour beaucoup, alors tous les moyens sont bons. Ils veulent le pouvoir sans aller aux élections ? En espérant que le peuple se soulève pour rien ?

Garantir l’intégrité de la Nation implique qu’elle puisse être attaquée. Si elle est attaquée, alors il faut la défendre ! C’est une mission permanente. Et aux premières escarmouches voila que la panique gagne des hommes qui étaient aux commandes de 92 à 96 ? Ou bien est là une manœuvre politicienne désespérée ? Est ce qu’en 92 le Mali n’a pas rédigé une Constitution, conduit des élections et assis la Démocratie ? Ou bien tout était-il calme alors ?

Ou bien ce n’était pas ici ? Ceux qui ont composé avec et ont bénéficié du système et qui n’ont pas eu le courage de jouer leur rôle d’opposants, après 10 ans de salamalecs sont enfin devenus braves à deux mois des élections ! Soit disant pour le bien du peuple. Quelques rebelles qui seront vaincus tôt ou tard, suffisent pour qu’ils veuillent remettre en cause 20 années de démocratie !

Pourtant, il ne faut même pas qu’ils se fassent d’illusions quant à assumer un pouvoir qu’ils n’auraient pas acquis légitimement. La Constitution est très claires (articles 36, 50, 71 et 72), en cas d’état d’urgence et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, c’est le Président de la République en fonction qui assume les pouvoirs exceptionnels (l’article 36 étant circonscrit par les mesures exceptionnelles) et assure la continuité de l’État.

Ainsi au regard de la loi fondamentale à moins d’agir

anticonstitutionnellement, les réunions politiques ne peuvent changer la constitution sans le référendum qui est la voix du peuple. Et personne n’acceptera une usurpation du pouvoir. Ceux qui sont sages et démocrates feraient mieux de se préparer à aller aux élections.
C’est facile de cogner lorsque l’on pense que l’autre est attaché, profitant du désarroi du peuple, de la difficulté économique qui cause des frustrations et de terroristes agressant notre pays… c’est tellement plus facile de cogner sur ATT aujourd’hui que de regarder la poudre dans nos propres yeux ! Quand la hyène a cru le lion mort elle s’est mesurée à lui, disant… Vous connaissez la suite de l’histoire !

Jeunesse malienne, nos pères, nos mères, maliens ne vous laissez pas guider par la panique que certains veulent instaurer dans nos coeurs. notre génération ne doit pas se laisser manipuler ! Exigez la poursuite normale du processus démocratique, s’ils veulent le pouvoir, qu’ils aillent aux urnes !

Madani Amadou Tall, Président de l’ADM

Le 22 Septembre du 16 Février 2012