Partager

La baisse de niveau des élèves reste un sujet préoccupant pour les Maliens et Maliennes, qui prennent les enseignants pour premiers responsables. Souvent critiqués, certains ont fini par abandonner leur poste de travail. Mais comment persuader tous ces parents d’élèves que le tort est partagé ? Madame Salimata Keïta, directrice du Groupe scolaire Mamadou kounta, évoque ici les raisons de cette baisse de niveau. Entretien !

Afribone : Comment expliquez-vous la baisse de niveau des élèves dans les écoles ?

Salimata Keïta : « Cette baisse de niveau intervient avec l’annulation du certificat d’études primaires et élémentaires (CEPE), car il permettait de vérifier le niveau des enfants au fondamental. » Avant, les enfants venaient en septième (7e) année avec un certain bagage intellectuel. Maintenant cette réalité est loin d’être constatée. Aujourd’hui tout le monde se plaint de cette baisse de niveau y compris les enseignants et les élèves de leur côté ne fournissent aucun effort pour s’améliorer, ils ne veulent plus apprendre.

Afribone : A qui la faute, Les parents ou l’enseignant ?

S.k : « C’est une grave erreur de jeter la pierre à l’enseignant, ce problème ne relève pas que de lui ; la responsabilité est partagée. » Combien de parents incitent les enfants à apprendre ? Après les enseignements du maître, l’enfant ne bénéficie d’aucun encadrement de la part des parents. On donne des exercices à faire à la maison, le lendemain l’enfant revient avec un cahier vide. Nous avons même constaté qu’il y a des élèves qui n’ont pas de cahiers ou encore des livres recommandés par l’école. Cela montre combien de fois les parents sont négligents. Comment concevoir qu’un enfant pendant un trimestre, ne soit pas en mesure de retenir une récitation ? Il y a donc un manque de suivi à la maison, les parents doivent s’assumer.

Afribone : En tant que directrice, quelle stratégie aviez-vous adopté pour y remédier ?

S.k : « A notre niveau nous exigeons à chaque parent d’élève de trouver un livre de lecture à son enfant. » Une façon d’initier l’élève à la lecture personnelle et à la culture générale. Et ce n’est pas tout ! Nous leur imposons de travailler avec les enfants à la maison. Concernant les matières scientifiques nous avons formé des groupes de travail pour permettre à tous les élèves d’être au même diapason.

Afribone : Quelles dispositions prises par le gouvernement pour améliorer le niveau des élèves ?

S.k : « Le gouvernement a toujours demandé aux enseignants d’achever les programmes, et d’insister sur les travaux pratiques. » Car ces exercices nous permettent de connaitre le niveau de compréhension de chaque enfant. Notez que lorsque le temps d’apprentissage est respecté, l’élève avance avec un niveau donné. Certaines difficultés auxquelles les élèves sont confrontés sont causées par ce retard : si un enseignant de mathématiques ne termine pas ses leçons d’algèbres en 7 e année, l’enfant ira en 8 e avec beaucoup des lacunes ; et le maître sera contraint de revenir sur les leçons de la 7e. .

Afribone : Que répondriez-vous à tous ces parents qui tiennent l’enseignant pour responsable ?

S.k : « Le maître à lui seul ne peut rien, les tâches doivent être partagées. Il fait son travail, quitte aux parents d’assumer leur devoir. » Aujourd’hui, il y a quand- même des parents qui nous viennent en aide ; il nous faut cet accompagnement et il faudrait aussi qu’ils prennent le courage de contrôler les cahiers de leurs enfants, et de constater leurs résultats.

Darcia
Bamako, le 23 Juillet 2019
©AFRIBONE