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La population de Macina n’en peut plus. Elle ne se gène plus pour dire à qui veut l’entendre qu’elle a faim. L’hivernage passée a été paradoxalement fatal pour ce cercle du Mali situé en zone office du Niger, présentée comme le futur grenier de l’Afrique de l’ouest. Lors du passage du député Oumar Mariko, secrétaire général du parti SADI, le 11 mars 2008, du chef de village aux populations, en passant par l’imam, tous ont indiqué qu’à peine sorti des récoltes, les greniers sont déjà vides.

Il fut une période de l’histoire contemporaine de notre pays où la ville de Macina était prospère. Aujourd’hui, les habitants de cette cité agricole sont loin de cette époque faste. Depuis des mois, la population de Macina et environs ne rate aucune occasion pour dénoncer la cause de leurs difficultés.

A la faveur de la tournée du secrétaire général du parti SADI dans le cercle de Macina, les populations désemparées lui ont exposé une longue liste de difficultés qui leur coupent le sommeil.
C’est à Kokry Bozo, localité située à quelques encablures de Macina, que la délégation de Dr Mariko, après un accueil populaire, a pris la température de la souffrance des populations de cette partie de la zone office du Niger.

A Kokry Bozo, des voix se sont élevées pour dénoncer les différents abus dont les paysans sont victimes de la part des agents de l’office du Niger et surtout de l’administration judiciaire dans le cercle de Macina. Face au désarroi des populations, Dr Mariko leur a demandé de s’organiser pour prendre en charge la gestion quotidienne de leurs difficultés, car les autorités actuelles du pays ont démissionné.

“Ils sont à bout de souffle, il ne peuvent plus rien pour faire avancer ce pays là sur la voie du développement. Venez militer à nos côtés pour la conquête du pouvoir”, a-t-il déclaré, avant de rallier Macina, ville installée dans une crise céréalière sans précédent.
La visite de courtoisie rendue au chef de village a été très édifiante. Kéou Dienta, chef de village de Macina, après avoir dénoncé le système de répartition des terres de la superficie aménagée par l’office du Niger, a formulé des bénédictions afin que Dieu donne au Mali des autorités qui se soucient de la souffrance des pauvres et du bien être social et économique de chacun des maliens.

Ngolo Moussa Coulibaly, conseiller du chef de village de Macina, a indiqué que toutes leurs difficultés tirent leur source dans la mauvaise répartition des terres aménagées par l’Office du Niger. “ Au moment de la répartition des terres, les paysans de Macina ont été lésés au profit des fonctionnaires et agents d’Etat. Il y a aussi le problème de la redevance eau. Des défaillances techniques dans la conception du canal nous a privé d’eau au moment où nous en avions le plus besoin. Nous n’avons rien récolté et l’on nous exige de payer la redevance eau pour des champs qui n’en n’on pas réussi”, a-t-il ajouté.

De son côté, l’imam de Macina cache difficilement sa douleur face au désarroi de la population. En homme de Dieu, dans des propos pleins de sagesse, il a demandé à Dr Oumar Mariko d’être leur porte-voix au niveau de l’Assemblée nationale, afin que les autorités maliennes viennent à leur secours. “La faim est chez nous. Macina a faim. Nos champs ont été détruits par manque d’eau, tout le Mali l’a entendu. Mais personne n’a levé le petit doigt pour nous venir en aide Mais, je voulais que le Malien sache que la faim avant de tuer, humilie d’abord et nous n’allons pas nous laisser humilier”, a-t-il soutenu.

Avant de dire que Dieu qui confie le pouvoir n’est pas impuissant. En d’autres termes, c’est ceux qui prétendent l’exercer au nom de Dieu qui le sont. Si chez le chef de village et chez l’imam les paroles étaient empreintes de beaucoup de sagesse, la place du village de Macina nous a donné l’opportunité de voir une population révoltée, dans sa frange la plus jeune. Regroupés dans l’association “Nyeta ton” de Macina.

Adama Mallé, premier à prendre la parole au nom de l’association, a dénoncé l’insuffisance des superficies qui ont été attribuées aux plus chanceux d’entre eux. Selon lui, à l’issue de la 2ème phase des travaux d’aménagement de la plaine de Macina, les paysans les plus chanceux de la localité ont bénéficié chacun de 0,5 ha de champ au lieu des 3 ha, précédemment annoncé par la direction de l’Office du Niger. Il a aussi reposé le problème de la redevance eau avec une précision édifiante.

On nous demande de payer la redevance eau pour des champs qui n’ont pas reçu d’eau”, a-t-il indiqué. Selon lui, sur les 3176 ha aménagés dans cette plaine, seulement 393 ha ont reçu de l’eau. Il a précisé que la commission de crise, mise en place et présidée par le préfet de Macina, a conclu que 2003 ha ont été totalement détruits, 630 ha moyennement détruits et 150 n’ont pas été exploités.

Malgré, l’existence de ce rapport pertinent, l’Office du Niger demande à la population affamée et désemparée de payer la redevance eau pour 1041 ha”, a-t-il révélé. Avant d’annoncer que Macina vit la plus grave de ses crises céréalières. “ En période de décorticage du riz, nous sommes déjà contraints à acheter le kilogramme à 275 FCFA”, a-t-il déclaré.

De son côté, Brehima Tangara, très déçu a indiqué que c’est depuis l’arrivée de l’Office du Niger dans la zone de Macina que les paysans ont commencé à avoir des problèmes. Nous avions cru que l’Office du Niger allait nous aider à avoir l’eau, avec la baisse du niveau du fleuve Niger, mais, cette institution dirigée par des cadres peux soucieux du sort des populations, veut nous achever.

L’Office du Niger n’est pas venu pour les paysans de Macina, mais pour les fonctionnaires dont chacun a obtenu 3 à 6 ha de champ, au moment où les paysans ne recevaient que 0,5 ha”, a-t-il estimé. Il a aussi mis un accent particulier sur un phénomène exceptionnel que vivent les agriculteurs de Macina. “Nos champs mal arrosés et déjà mal en point sont agressés par les éleveurs. En plus de nos champs déjà broutés par les boeufs, nous sommes le plus souvent emprisonnés de façon injuste par le juge de Markala”, a-t-il indiqué.

Après Macina, la délégation de Dr Mariko s’est rendue à Fiyè, où des villageois estiment qu’ils été injustement jetés en prison, pour avoir refusé de laisser des boeufs brouter dans leurs champs.

Assane Koné

14 mars 2008.