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L’Adema se meurt à petit feu. Au rythme où vont les choses, bientôt elle ira au cimetière. Ainsi en a décidé le grand inquisiteur Dioncounda Traoré, l’émule de Torquemada, qui mène la chasse aux sorcières aux pères fondateurs du parti. Non content d’avoir vendu son âme au diable pour quelques strapontins, il a enfin décidé d’amener les siens à l’abattoir. La quête d’une place au soleil peut conduire un homme à tout même au suicide politique. Il y a aussi le fait que la trouille au ventre, Dioncounda (il l’a dit lui-même) ne veut pas voir une meute de policiers lancés à ses trousses ni répondre aux questions des juges. Mais il faudra bien qu’il rende gorge un jour pour les exactions commises au temps de l’Adema.

C’est vrai qu’un président qui chôme n’est pas un bon président mais de là à sacrifier la cause des militants sur l’autel de la soumission servile. L’exclusion du parti de Boubèye et de certains de ses camarades prouve à suffisance, comme l’ont dit les auteurs du manifeste pour la démocratie, le manque de démocratie au sein des partis politiques. Elle consacre le diktat des états majors sur les aspirations légitimes du peuple. Même au temps de l’UDPM, Moussa prônait la démocratie au sein du parti. Une autre manière certes de clouer le bec aux récalcitrants mais qui avait l’avantage de contenir les débordements excessifs.

Et c’est presque un crime qu’en pleine démocratie pour des questions d’option, on en vienne à prendre des mesures extrêmes d’exclusion des militants de la première heure du parti pour s’accrocher désespérément à un militant du dimanche. Car incontestablement Boubèye a la légitimité historique au sein de l’Adema. Il a été de tous les fronts au temps de la lutte contre la dictature militaire et de tous les combats pour la création du parti. Souvent au péril de sa vie. De Iba N’Diaye à Marimanthia Diarra en passant par Mme Konté Fatoumata Doumbia, ceux qui l’ont exclu n’ont jamais été des modèles de fidélité. Au contraire, ce sont tous des coupe-jarrets.

L’Adema est le seul parti politique malien où règne en permanence une atmosphère de complotite aiguë, où les coups bas succèdent aux crocs-en-jambe, où la trahison est un train de vie. Le même poignard assassin avait été brandi dans le dos d’IBK par le clan de la CMDT lors du congrès extraordinaire d’octobre 2000 organisé sous le prétexte de la relecture des textes du parti. Dioncounda, à l’époque de jubiler : «IBK est parti, l’Adema reste». Mais il est dit que chacun a son tour chez le coiffeur. Devenu candidat des abeilles à l’élection présidentielle de 2002, Soumaïla a été lâché par les siens. De mémoire d’homme on n’avait jamais vu une telle fuite en avant de la part des dirigeants d’un parti.

Tout le clan des dix avait atterri au pied du général tandis que d’autres posaient leur candidature. Seul Boubèye est resté avec Soumi. Dioncounda était pourtant là qui n’a placé mot car les dix sont revenus plus forts que jamais dans la ruche après avoir reçu, chacun à sa manière, sa récompense des mains du général. Où sont partis les textes de l’Adema, sacrés textes qui ont été continuellement foulés au pied ?

On veut même les malmener pour trouver chaussure au pied du prince. Excès de zèle d’un côté, charlatanisme de l’autre : «ATT est membre de l’Adema ; il a la carte du parti». La cinquième colonne tapie au sein de la ruche n’a pas fini de surfer sur les vagues.

Conscient du fait que les partants ne sont pas des malpropres, Dioncounda a tout de même pris le soin de parler de douleur de la séparation. Ce sont ses seules circonstances atténuantes.
En tout cas, ils ne porteront pas au cou l’ardoise de l’infamie et ne seront pas relégués dans un goulag comme au bon vieux temps des partis communistes d’Europe centrale et orientale.

L’honneur est sauf. Il n’y a même pas de quoi fouetter un chat. Seulement, l’histoire retiendra que le président de l’Adema, Dioncounda Traoré, s’est comporté comme Joseph McCarthy, ce sénateur américain qui, à partir de 1947, organisa la chasse aux sorcières contre tous les citoyens suspects de sympathies communistes.

Mamadou Lamine DOUMBIA

28 février 2007.