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Que valent les regrets tardifs d’un homme qui a assumé de lourdes responsabilités sous le régime dictatorial du général Moussa Traoré sauf le désir sincère de se repentir à défaut de demander pardon aux victimes. Depuis quelque temps, en effet, le capitaine Soungalo Samaké, ancien commandant de la compagnie parachutiste de Djicoroni, s’agitait dans son Dioïla natal. Il avait envie de parler comme s’il en avait gros sur la conscience. Aussi, sans aller au fond des choses, il avait déjà lâché quelques bribes dans la presse. Avec la parution de son nouveau livre intitulé «Ma vie de soldat», le capitaine Soungalo Samaké met sans doute à la disposition des générations futures un document précieux sur les 23 ans de dictature que le Mali a connu de 1968 à 1991.

Un régime aussi répressif que ceux des généraux Videla et Pinochet en Argentine et au Chili, des colonels grecs à Athènes dans les années 1970 au temps de Georges Papadopoulos. Mais comment parler d’un livre dont aucun exemplaire n’a été remis à la presse pourtant appelée en masse pour en faire un battage médiatique ?

La méthode est toute simple, il suffit de suivre le guide car le capitaine Soungalo Samaké, qu’un hélico a failli scalper, était au cœur du dispositif répressif du comité militaire de liquidation nationale en tant que commandant de la compagnie para.

Ayant atteint l’âge de raison, il éprouve le besoin de se confesser même si le prêtre n’est pas au rendez-vous. Il y a de quoi parce que Soungalo Samaké fut tour à tour acteur et victime du régime.

Acteur parce qu’il a servi Moussa Traoré jusqu’au 28 février 1978, date de l’arrestation de la tristement célèbre «bande des trois» composée de Kissima Doukara, Tiécoro Bagayogo et Karim Dembélé pour atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat et crimes d’enrichissement illicite.

La compagnie para était le bras armé du régime militaire. Personnellement, il est difficile, à ce titre, de reprocher au capitaine une quelconque exaction sur ses semblables.
Toutefois il fut pris dans la nasse du putsch qui devait renverser le général Moussa Traoré.

A l’époque, la version livrée à l’opinion par le régime faisait la part belle au capitaine Soungalo Samaké. Selon un plan préalablement élaboré par les putschistes celui-ci, a-t-on dit, devait se poster à la tête de ses hommes, derrière la maison du peuple pour intervenir au moment opportun, maîtriser le maître de céans et, si besoin était, le liquider.

Mais la thèse du complot était-elle vraiment crédible ?

Dans l’euphorie qui succède à l’arrestation de la «bande des trois», des gens devenus impopulaires à cause de leur conduite insensée, personne ne cherchera à en savoir plus.

L’opinion admit que c’est un règlement de compte entre militaires et que cela n’a pas commencé aujourd’hui. Ce d’autant plus que le général Moussa Traoré s’était débarrassé, dans un premier temps, des capitaines Yoro Diakité et Malick Diallo, accusés également d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat.

Puis ce fut la disparition tragique du capitaine Mamadou Sissoko dans un accident de la circulation sur la route de Ségou, l’élimination de Diby Syllas Diarra et de ses compagnons, le complot des gendarmes, la fuite du colonel Youssouf Traoré au Togo, l’arrestation du colonel Joseph Mara nommé trois mois auparavant président de la commission de lutte contre les crimes d’enrichissement illicite.

Du bégaiement de l’historie et des caprices du prince, le Comité militaire de libération nationale s’était réduite comme une peau de chagrin. De quatorze au départ, son effectif est passé à cinq membres comprenant les fidèles parmi les plus fidèles : le Général Amadou Baba Diarra, les colonels Missa Koné et Mamadou Sanogo, le général Filifing Sissoko et Moussa lui-même.

Le capitaine Soungalo Samaké et d’autres comme Mamadou Bobo Sow, l’adjoint de Tiécoro Bagayogo, l’intendant militaire Nouhoum Diawara furent lourdement condamnés au procès de Tombouctou II (le premier ayant été cassé par Moussa Traoré). Ils allèrent grossir les rangs des prisonniers qui remplissaient les camps de la mort de Taoudénit et de Kidal.

En tant qu’un des rares rescapés du goulag, le capitaine Soungalo Samaké a la chance aujourd’hui d’être un témoin privilégié de l’histoire en racontant cet épisode triste de sa vie. D’autres comme le soldat de deuxième classe Karim Dembélé, membre de la «bande des trois» et condamné à 20 ans de travaux forcés, n’ont pas cru devoir faire le même effort.

Mais le moindre des paradoxes dans l’entreprise du capitaine, est son association avec Amadou Djicoroni, un ancien dignitaire du régime socialiste de Modibo Kéïta qui fut proprement liquidé par les militaires et dont le parti, l’US-RDA fut interdit d’activité politique pendant dix ans. On appelle ça mélanger la chèvre et le chou.

Mamadou Lamine Doumbia

19 mars 2008.