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L’engagement littéraire, politique et humaniste de nombre de générations, depuis les années trente a pris racine dans l’inspiration féconde du chantre de la Négritude.
Elles se sont données, à travers Le Discours sur le Colonialisme, l’ouvrage le plus vendu de la littérature africaine, et Cahier d’un Retour au Pays Natal, une conscience, un principe de combat. Oui, c’est Aimé Césaire qui a initié le combat contre la dépréciation, la « dé civilisation», « l’ensauvagement » du Noir, contre le colonialisme et ses avatars. Pour le dialogue des peuples et la civilisation de l’universel chère à son ami et compagnon Sédar Senghor.

« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche! » disait-il et soixante quinze ans durant, le visionnaire de la condition humaine a été de tous les défis. Défis contre le mépris et la morgue de l‘occident, contre le racisme, la balkanisation de l’Afrique et le sous développement.

Ce seul vers, simple mais d’une profondeur dramatique, a servi de cri de ralliement à tous les étudiants du continent noir et d’ailleurs, pour refuser le manichéisme des politiques et des puissances d’oppression.
Un cri qui a façonné et forgé le destin de la plupart des dirigeants progressistes de ces cinquante dernières années.

Césaire est ce « nègre fondamental », comme il aimait à s’appeler, qui avec Léon Gontran Damas, cet autre héraut, voulait que l’humanité se construise par « ceux sans qui la terre ne serait pas la terre. »

Le combattant perpétuel, toute sa vie, s’opposa à tous les abus. N’a-t-il pas refusé de rencontrer en 2005 Nicolas Sarkozy pour ses tentatives de travestissement de l’histoire noire, comme il se battit, un demi siècle plus tôt, contre l’antisémitisme des années 40.

Aimé Fernand David Césaire, cette force de la pensée a eu le temps de convaincre de l’altérité de la Négritude, lui qui a dédié sa vie à « la faim universelle », au refus des aliénations culturelles.

C’est cette icône, ce catalyseur des consciences et des énergies qui vient d’accéder à l’immortalité. Lui qui, avant l’heure, avait consacré son action au refus de l’exclusion, de la négation de l’homme noir, de la négation de l’homme tout court.

Et cet écorché vif de l’humaine condition de prévenir : « Qui ne me comprendrait pas, ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre ! ».
Reste encore un peu, « Caïlcédrat Royal ! », torche noire éclairant le monde !

El Moctar Kounta

18 avril 2008.