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La campagne agricole 2004-2005 au Mali a été marquée par une invasion de criquets pèlerins. Les dégâts causés ont fortement déstabilisé l’économie nationale. Pour prévenir et lutter efficacement contre une éventuelle invasion, Gao, la Cité des Askia, a abrité le 20 février dernier les cérémonies de lancement du Projet africain de lutte d’urgence contre le criquet pèlerin (Palucp).

Le choix de Gao pour ce lancement n’est pas fortuit. C’est à partir de là que l’arsenal de lutte avait été déployé pour contrer le criquet pèlerin dans son habitat traditionnel. La base de l’ex-Oclalav, pour ceux qui s’en souviennent, était installée à Gao comme l’y est, présentement, la base spécialisée de l’Unité d’intervention de lutte contre le criquet pèlerin.

Le Palucp, qui est un projet sous-régional, concerne 7 pays (Burkina, Gambie, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad). Il a été initié avec la Banque mondiale, à travers l’IDA, dans le dessein d’appuyer ces pays ayant fortement subi les conséquences de l’invasion acridienne à mieux prévenir, lutter et contrôler le prédateur transfrontalier, à en atténuer son impact économique, environnemental et social sur les productions agro-sylvo-pastorales.

Il a pour objectif, dans l’immédiat, d’appuyer les efforts des pays pour endiguer le péril acridien et de développer au bout de 4 ans des actions visant à réduire sensiblement son impact négatif au plan socio-économique et environnemental dans les localités touchées.

De façon spécifique, le projet vise à consentir des investissements pour le renforcement de la prévention des invasions, au retour de la sécurité alimentaire dans les zones régulièrement exposées aux attaques acridiennes.

D’autres objectifs du projet sont : contribuer à la mise en œuvre de mesures prenant en charge l’atténuation de l’effet des traitements phytosanitaires sur l’environnement par l’organisation et la mise en œuvre des campagnes de lutte antiacridienne, la restauration des productions agropastorales dans les zones affectées, l’assistance en matière de sécurité alimentaire, le renforcement des systèmes nationaux et régionaux de surveillance, etc.

Le coût de notre projet est de 6 493 876 000 F CFA dont 5 294 100 600 de prêt et 1 199 775 400 F CFA pour l’Etat malien. Chacun des 7 pays dispose d’une unité de gestion de son projet. Chez nous, il est géré par l’Unité nationale de lutte contre le criquet pèlerin et a démarré le 1er juin 2005.

La particularité du projet est qu’en plus de la gestion de l’insecte criquet, il s’occupe aussi des conséquences dues au ravageur par de micro dons et micros projets prévus pour aider les familles et les communes sinistrées lors de l’invasion de 2004-2005. Quelque 5000 ménages et plus d’une vingtaine de communes ont été identifiés pour bénéficier de ces micros dons et micros projets.

Les travaux de lancement du projet ont rassemblé, dans la salle de l’Assemblée régionale de Gao, les cadres du projet, du département de l’Agriculture, les chefs des services régionaux de la protection des végétaux, le représentant de la FAO, des élus locaux de Gao.

Ils ont échangé sur le rapport d’activités 2005, le programme d’exécution financière 2006 et le plan de gestion environnemental. Il s’agissait, par cet exercice, d’aider ces acteurs engagés dans la prévention et la lutte contre le criquet pèlerin à s’approprier du projet.

Ainsi on retiendra principalement que les activités 2005 ont concerné essentiellement le déploiement du matériel de traitement dans toutes les régions du pays touchées par l’invasion, la prospection et la surveillance des zones grégarigènes, c’est-à-dire les endroits où le criquet se développe.

Sur le plan de la gestion environnementale, les échanges ont surtout été axés sur les méthodes de lutte alternatives autres que l’utilisation excessive des pesticides, l’identification des zones sensibles aux pesticides et dont il ne faudrait pas du tout traiter avec les produits chimiques, la sécurité du transport des pesticides, leur stockage et la récupération des 20 % de produit obsolète encore aux mains des populations.

Aux termes des discussions, plusieurs recommandations ont été prises, ente autres, l’implication des collectivités dans la prévention et la lutte contre le criquet, le renforcement des offices de protection des végétaux en matériel, la création d’un centre de lutte contre le criquet doté d’une autonomie avant fin 2007, la formation du personnel de terrain, son équipement en matériel adéquat de lutte et de sécurité sanitaire et enfin une meilleure gestion des micros dons et micro projets.

Denis Koné
(envoyé spécial à Gao)

27 février 2006.