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Les pays limitrophes du nôtre ayant tous adopté des lois réprimant la pratique de l’excision, ils exportent certains de leurs cas vers le Mali, où, malgré des années de sensibilisation et des progrès indéniables, cette pratique néfaste perdure encore. C’est pourquoi le PNLE et son partenaire Plan Mali s’attèlent à former la presse, afin qu’elle s’implique de manière éclairée dans le plaidoyer en ce sens.

Depuis une semaine, de nombreux acteurs de la presse sont donc retournés à l’école, afin de rafraîchir et de mettre à jour leurs connaissances sur la pratique traditionnelle néfaste à la santé des femmes et des filles qu’est l’excision au Mali.

Outre les aspects purement anatomiques, physiologiques et médicaux, ils ont été briefés sur les notions de droit et sur les textes et autres traités internationaux listant de nombreux articles permettant de considérer la pratique de l’excision comme contraire à un certain nombre de droits fondamentaux de l’être humain, dont la CDE (Convention des droits de l’enfant) et la CEDEF (Convention pour l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’endroit des femmes), entre autres.
Comme le martèlera le magistrat Matthieu Traoré, formateur reconnu en matière de droit, «il parait alors opportun de la part du législateur de réviser le Code pénal, d’insérer l’excision comme infraction et de déterminer le quantum de la peine applicable, pour lever toute ambigüité au niveau des professionnels du droit, ou, à défaut, d’adopter une Loi spéciale interdisant ladite pratique en République du Mali, comme dans d’autres pays limitrophes comme le Sénégal, la Guinée, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire».

Il rappellera que, par rapport à notre Constitution, notre Loi Fondamentale, de nombreux droits sont compromis par la pratique de l’excision au Mali. Parmi eux, «Art 1er: La personne humaine est sacrée et inviolable. Tout individu a droit à la vie, à la liberté, à la sécurité et à l’intégrité de sa personne; Art 2: tous les Maliens naissent et demeurent libres et égaux en droits en devoirs. Toutes discrimination fondée sur l’origine sociale, la couleur, la langue, la race, la religion, le sexe, et l’opinion politique est prohibée; Art 3: Nul ne sera soumis à la torture, ni à des services ou traitements inhumains, cruels, dégradants ou humiliants; Art 17: L’éducation, l’instruction, la formation, le travail, le logement, les loisirs, la santé, et la protection sociale constituent des droits reconnus».

Auparavant, Mme le Dr Sidibé Bintou Fofana, personne ressource de l’atelier au plan médical, avait traité de l’ampleur du phénomène. «La lutte contre les MGF/Excision a pris une grande envergure depuis les conférences internationales du Caire (CIPD 1994) et de Beijing (1995), qui ont traité la question sous tous les aspects (santé et droits humains)» affirmera-t-elle, avant d’édifier les participants à l’atelier sur la définition des Mutilations Génitales Féminines (MGF) et de l’excision, les statistiques y afférant, leurs différents types et leurs complications immédiates et à court, moyen et long terme.
Une définition pertinente des MGF, selon elle, est «toutes les interventions aboutissant à une ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme ou toute autre mutilation des organes génitaux féminins pour des raisons culturelles ou autres et non à des fins thérapeutiques».

Il ressort aussi des présentations du Dr Sangaré que la prévalence de l’excision au Mali, dans la classe d’âge 15 – 45 ans, était de 92% en 2001, contre 85% en 2006, preuve que la lutte pour l’abandon de cette pratique porte lentement fruit, même si cela n’est pas encore à hauteur de souhait.
C’est donc dire qu’il urge que nos législateurs, dûment sensibilisés, et à de nombreuses reprises, aux méfaits de l’excision, doivent tout simplement s’assumer et proposer une Loi répressive contre cette MGF. Question pertinente: lequel ou laquelle de nos Honorables aura le courage de lui donner son nom?

Ramata Diaouré

22 Septembre du 23 Mai 2013