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Les patrouilles sont bien menées dans le District de Bamako actuellement. Mais le racket des patrouilleurs a tendance à prendre le dessus dans cette campagne de la lutte contre la criminalité.

La criminalité a pris ces derniers temps de l’ampleur à Bamako. Face à cette ascension fulgurante du banditisme, les autorités, à travers le ministère de la Sécurité Intérieure et de la Protection Civile, ont décidé de prendre plus leurs responsabilités pour accomplir une de leurs missions : la protection et la sécurisation des citoyens.

De ce fait, depuis quelques semaines, l’on assiste au démantèlement des réseaux de bandits de grands chemins dans le District de Bamako et environnants par nos forces de l’ordre notamment les agents de la police.

Cet anéantissement des malfrats est salué aujourd’hui par les populations à sa juste valeur. Malgré ces arrestations, certains sont sceptiques si ces vagabonds resteront longtemps en prison.

Toujours dans la dynamique de veiller à la sécurité des populations, les patrouilles nocturnes ont été organisées. A ce titre, l’on rencontre fréquemment aujourd’hui une forte présence des patrouilleurs dans les six communes du District de Bamako. Grâce à la multiplication des patrouilles, les populations commencent à dormir tranquillement.

« En réalité, les patrouilles incessantes nous ont amené la tranquillité. Sinon, la nuit, on ne dormait pas ici. Les voleurs étaient nombreux. Mais depuis que des nouvelles mesures ont été prises par les autorités pour mettre hors d’état de nuire les criminels, l’on dort maintenant sans s’inquiéter.

L’on assiste à moins de vols », a révélé un vendeur de café du marché de Médina-Coura appelé « Sougounikoura ». Et Modibo de souligner que : «si je vois les forces de l’ordre la nuit en partant à la maison, ça me rassure. Car, je me sens en sécurité ».

Si les patrouilles sont appréciées par les citoyens, tout ne semble pas rose chez nos hommes en uniforme dans l’accomplissement de leur mission. A partir d’une certaine heure maintenant, l’on assiste à un contrôle de pièces d’identité de chaque personne qui circule la nuit par les patrouilleurs. Des pièces de motos ou de véhicules sont aussi contrôlées. Les piétons ne sont pas épargnés par cette mesure.

Cependant, un constat s’impose. Les forces de l’ordre arrêtent plusieurs personnes. Parce qu’elles n’ont pas à leur disposition soit la carte d’identité nationale ou la vignette de l’engin. Ces personnes, pour éviter le commissariat, après être arrêtées, négocient leur libération contre l’argent. Et nos hommes en tenue ne déclinent pas l’offre.

Ils acceptent selon les moyens des personnes non en règle ou bien la somme d’argent fixée par eux-mêmes. Ce qui nous pousse à nous demander si c’est la patrouille ou le racket qu’ils mènent. Où vont alors les sommes d’argent collectées par nuit et sans reçus ?

Toute chose qui fait qu’aujourd’hui plusieurs personnes sont arrêtées et sont immédiatement relâchées dès qu’elles s’acquittent du montant de la contravention. « La date limite de ma pièce d’identité est passée. En venant à la gare, les patrouilleurs ont sifflé trois fois le taxi dans lequel je me trouve. Mon taximen était en règle, mois j’ai payé mille francs trois fois pour être à la gare », a souligné Mady qui venait déposer les marchandises de sa sœur pour Kayes.

L’on s’interroge si la méthode d’accepter l’argent contre le relâchement est une solution pour lutter contre la criminalité. En tout cas, tant que les patrouilleurs vont continuer à prendre l’argent avec les personnes arrêtées, elles n’auront jamais le courage de se mettre en règle. Car, elles vont toujours dire que : « quand je serai arrêté, je vais négocier encore ».

C’est pourquoi, tant que les agents ne se montrent pas incorruptibles, il sera très difficile qu’on mène à bien la lutte contre l’insécurité. Un malfrat sachant bien que même après avoir été arrêté peut négocier ensuite pour avoir son engin pour ne pas dormir à la fourrière, il continuera à faire sa ronde dans les quartiers pour voler. Les autorités doivent penser à mettre un frein à ce phénomène de négociations qui prend de plus en plus de l’ampleur lors des patrouilles.

Hadama B. Fofana

22 Février 2010.