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Ce vendredi 6 février 2009, le Mali célèbre la Journée internationale de lutte contre les Mutilations génitales féminines (MGF), dont l’excision. Cette année, les jeunes sont au cœur de l’information et de la sensibilisation avec l’appui du ministère de la Jeunesse et des Sports ainsi que du Conseil national des jeunes du Mali (CNJ-Mali). Un choix pertinent comme le démontre notre analyse en page 3.

« Tolérance zéro aux MGF : les jeunes s’engagent » : tel est le thème de la 5e édition de la Journée internationale de lutte contre l’excision. Le choix est si pertinent que la jeunesse reste, en dehors de toute démagogie politicienne, l’avenir d’un pays. Et tous les constats portent à croire que le choix du thème de cette année est judicieux. Les grand-mères et les jeunes sont les deux couches sur lesquelles il faut davantage axer la sensibilisation. En effet, contrairement à ce que beaucoup pensent, ce sont les femmes avant tout qui encouragent la pratique des MGF dans notre pays.

« Je me suis battu pour que ma fille ne soit jamais excisée. Un choix auquel ma mère s’est opposée. Une fois, j’ai eu la naïveté d’envoyer ma famille au village pour des vacances. Ma fille m’est revenue excisée. Ma mère a trompé la vigilance de ma femme et de mon père pour le faire. Ce jour, si c’était une autre personne qui a avait agit de la sorte, je jure que je l’aurais traduite en justice. Mais, vous me voyez ester en justice contre ma propre mère ? Ce qui est sûr, si j’ai une autre fille, elle ne connaîtra jamais cette souffrance car je ne l’enverrai jamais au village » , racontait récemment un ami.

En la matière, l’expérience montre que les hommes changent facilement. Ce sont les femmes qui sont les plus intransigeantes sur cette tradition parce que, pour elle, cela fait partie de l’éducation traditionnelle d’une fille. Il s’agit de lui permettre de maîtriser sa libido, d’être chaste avant le mariage et fidèle dans sa vie conjugale. Voilà une couche sur laquelle l’information et la sensibilisation doivent être axées. Il faut faire comprendre à nos vieilles dames qu’une fille non excisée est capable de se retenir autant sinon plus qu’une camarade excisée.

C’est une question d’éducation que de coupure de clitoris pour réduire la sensibilité féminine. La meilleure preuve est là : combien de filles se marient de nos jours sans avoir un enfant ou avant une première expérience sexuelle ? Très peu ! Elles sont pourtant majoritairement excisées ! Quel est alors l’impact d’une MGF sur leur chasteté ?

Dans le temps, c’est la mère et la société qui éduquaient la fillette. De nos jours, c’est la télévision, le cinéma… qui s’en chargent à leur place. Alors la frigidité devient un handicap sérieux pour une meilleure vie conjugale et sociale. Sans compter les autres conséquences sur la santé de la reproduction (stérilité, fistules…) et sur la vie sociale (célibat, stigmatisation…) même de la future femme.


S’investir dans la sensibilisation des jeunes

Nous disions plus haut que sensibiliser les jeunes est un meilleur investissement. En effet, c’est un passage obligé pour briser un cycle infernal : excisées de mère en filles ! Quand une fille instruite comprendra que sa stérilité ou sa frigidité est liée à une MGF, elle n’acceptera jamais de la faire subir à sa fille.

Dans le temps, le difficile accès aux services de la santé (pas de consultations pré ou post-natales, absence de prise en charge obstétrique ou gynécologique…) et à l’instruction faisaient qu’il était difficile d’amener les mères à faire un lien entre leurs difficultés de reproduction et l’excision qu’elles ont subie dans l’enfance ou dans l’adolescence.

Mais, aujourd’hui, même si beaucoup reste à faire, des progrès énormes ont été réalisés dans ces domaines. Ce qui fait des adolescents et des jeunes les meilleurs relais de la communication pour le changement de comportements.

Même si l’éducation sexuelle demeure encore un tabou dans notre société, les canaux ne manquent pas pour informer et sensibiliser les jeunes pour qu’ils soient des parents sensibles aux conséquences dramatiques de l’excision. L’école, les causerie-débats, les mass médias, voire les Technologies de l’information et de la communication (Tic) font partie de ces canaux.

Les jeunes étant les décideurs de demain, leur adhésion constitue un facteur favorisant le recul du phénomène. Et ceux qui pilotent ce combat ne se trompent pas lorsqu’ils disent, « depuis les premières commémorations, les actions réussies ont été menées au niveau de la jeunesse, surtout en milieu scolaire avec l’intégration du module MGF-Excision dans le programme de l’enseignement fondamental ». D’où toute la pertinence de l’initiative d’élargir, cette année, la campagne aux jeunes pour avoir l’impact souhaité.

Au lieu de nous contraindre à perdre des énergies et des ressources dans l’adoption d’une loi, qui ne pourra pas être une panacée, les partenaires techniques et financiers doivent soutenir davantage les efforts en matière de campagne d’information, de sensibilisation et d’information sur le drame des MGF. Ils doivent par exemple financer des activités de la direction nationale de la jeunesse (DNJ) pour lui permettre d’accentuer ses efforts dans la lutte contre l’excision par la promotion de la santé de la reproduction des jeunes. Cela est nécessaire pour que l’intérêt accordé à la jeunesse ne se limite pas à cette journée seulement.


L’excision recule, mais on n’avancera jamais sans les jeunes !

Dan Fodio

06 Février 2009