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Arrêt des négociations pour revoir les mandats, renforcement des capacités des acteurs de l’Afrique de l’Ouest, vulgarisation au niveau des parlementaires de la Cédéao des documents sur les négociations en cours sont, entre autres, des décisions des producteurs de l’Afrique de l’Ouest sur les APE réunis à Accra le vendredi 29 juin dernier.

Les syndicats ouest-africains, les fédérations d’agriculteurs de l’Afrique de l’Ouest, le Réseau de la justice économique… sont désormais décidés à mettre un frein à ce qu’on appelle le diktat de l’Europe. Présentement, ce continent est en train d’exercer de lourdes pressions économiques et politiques sur les pays africains pour qu’ils signent les Accords de partenariat économique (APE).

Réunis à Accra le 29 juin 2007, ces mouvements ont exprimé leur ferme volonté de gagner le combat qu’ils mènent et cela en utilisant tous les moyens légaux. Cette précipitation, l’insistance mise dans les négociations des APE sur la libéralisation des échanges démontrent qu’ils ne visent qu’à élargir l’Europe aux marchés ACP plutôt qu’à assurer le développement des pays de cette entité géographique.

Selon Flodendji K. Assise de la Fédération des unions des producteurs du Bénin, les APE comme conçus vont mettre en danger le fragile processus d’intégration régionale et exposeront les producteurs des pays ACP à la concurrence déloyale de l’Europe sur les marchés internes et régionaux. « Ils auront pour résultats l’augmentation du chômage, la perte de moyens d’existence, l’insécurité alimentaire et l’inégalité sociale ».

Pour M. Assise, « ce n’est pas à l’UE de nous rédiger des documents. Nous devons nous aussi travailler au niveau des ACP et faire valoir nos propositions en les adaptant à nos réalités ». Réagissant à la date butoir du 31 décembre, il dira que puisque Cancun (Mexique) n’a pas été respecté, rien ne prouve que les APE ne connaîtront pas la même chose.

Pour Mademba Sock de l’Union nationale des syndicats du Sénégal, les APE doivent être replacés au cœur du développement de l’Afrique. « Faute de quoi les pays vont subir des pertes substantielles de revenus du fait de la suppression des droits de douane et continueront à souffrir des problèmes de fuites de capitaux associés à la libéralisation », a précisé le syndicaliste.

De l’avis de M. Sock, « la Commission européenne a beau soutenir que les APE sont des instruments de développement, toutes les évaluations faites jusqu’à présent indiquent que le fardeau de l’ajustement aux APE sera exclusivement supporté par les pays ACP, y compris les PMA ».

Hauwa Moustapha représentante des producteurs du Nigeria, Kingsley Ofei NFansah Gawu et Teteh Hormthe du Ghana ont déploré la méconnaissance du contenu des APE par les parlementaires, les autorités, la société civile. Ce qui, selon eux, rend difficile le combat. Mais, ont-ils affirmé, l’espoir est permis pour faire avancer les APE.

Pour ce faire, il faut, ont-ils préconisé, redoubler d’efforts dans les actions de sensibilisation, expliquer aux populations le contenu des APE afin qu’elles comprennent mieux ce qui est en train de se passer. « La bataille ne fait que commencer. Chaque citoyen doit connaître les tenants et les aboutissants. Nous allons gagner, mais à condition que nous y croyons et que nous donnions la bonne information au peuple », a affirmé M. Assise du Bénin.

Aux termes de la rencontre, il a été décidé l’arrêt des négociations pour revoir les mandats, les calendriers et renforcer les capacités de tous les acteurs de la région Afrique de l’Ouest.

Unanimement, les producteurs et syndicats et le Réseau de la justice économique rejettent ces « Accords de partenariat économique » tel qu’actuellement conçus. Ils ont conclu qu’il est extrêmement dangereux et suicidaire d’accélérer de façon artificielle le processus formel de négociation pour boucler à tout prix les négociations dans les prochains mois et permettre une mise œuvre à partir du 1er janvier 2008.

Pour donner le ton d’une offensive généralisée contre les APE, une marche de protestation a eu lieu après la rencontre. Elle appelait les gouvernements à considérer l’opinion de la société civile sur les APE.


Amadou Sidibé
(envoyé spécial à Accra)

Le Mali brille par son absence aux débats

Dans les différentes rencontres tenues à Accra presque tous les pays de l’Afrique de l’Ouest étaient représentés par des fédérations de producteurs ou par des syndicats. Mais, le Mali a brillé par son absence. Pourtant, disait Flodendji K. Assise de la Fédération des unions des producteurs du Bénin, le combat de la société civile contre les APE ne peut aboutir sans que toutes ses composantes soient bien informées.

Au Mali, cet appel sera-t-il attendu ?

A. S.

03 juillet 2007.