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une-3154.jpgC’est hier, 12 juin 2016, que la communauté internationale a célébré la journée mondiale contre le travail des enfants, cet « esclavage moderne », comme l’a qualifié le Pape François, lors de l’Angelus sur la place Saint Pierre, à Rome. On estime, en effet, à 168 millions, les mineurs qui travaillent dans le monde, dont 86 millions exercent des emplois dangereux et souvent sans protection, comme c’est le cas sur les sites d’orpaillage et les carrières artisanales. En fait de travail, c’est d’une véritable exploitation sexuelle et économique dont sont victimes les enfants, surtout en Afrique et en Asie, avec des chiffres qui font souvent froid dans le dos : deux enfants africains sur trois travaillent, et un sur six est employé à des travaux nuisibles à sa santé mentale comme physique, et à son développement émotionnel. Chaque année, quelque 22 mille mineurs meurent sur le continent dans des accidents liés au travail. La situation est tout aussi déplorable dans la région Asie-Pacifique, où plus de 60 millions d’enfants âgés de moins de 14 ans sont employés dans tous les secteurs d’activités économiques, au mépris de leurs droits élémentaires et des lois et règles prescrites par l’Organisation internationale du travail (OIT) et par l’UNICEF. En clair, c’est dans les pays pauvres que l’on trouve la plus forte proportion d’enfants travailleurs, dont les salaires dérisoires servent à venir en aide à leurs familles démunies. Avec ces réalités socio-économiques qui demandent la contribution de tout le monde dans la survie de la famille, on peut raisonnablement se poser la question de savoir si la commémoration annuelle d’une journée dédiée à la lutte contre le travail des enfants, peut produire l’effet escompté, c’est-à-dire épargner aux mineurs les travaux jugés à la fois exténuants, obligatoires et dangereux, et leur donner ainsi la chance d’aller à l’école pour espérer avoir une vie meilleure quand ils deviendront majeurs. On peut également se demander si l’interdiction systématique du travail des enfants est une solution adéquate et si elle contribue véritablement à l’intérêt de ceux-ci, quand on sait que le travail peut comporter à la fois des aspects positifs et négatifs pour le bien-être de l’enfant lui-même, ainsi que pour celui de sa famille.

L’Organisation internationale du travail est dans son rôle
Toutes ces questions méritent d’être posées, car si les normes culturelles occidentales considèrent l’enfance comme une période d’insouciance, d’apprentissage et d’absence de contraintes, il n’en est pas de même en Afrique, par exemple, où, pauvreté oblige, l’enfant est considéré comme un pourvoyeur de fonds comme tout le monde, et capable de contribuer aux dépenses familiales. Il convient donc d’avoir une approche plutôt circonstanciée face à ce phénomène, et d’apporter des solutions à géométrie variable, qui tiennent compte des réalités locales. Dans les pays africains, asiatiques et latino-américains où la pauvreté est la principale cause qui pousse les enfants à exercer précocement des activités économiques, la solution ne viendra certainement pas des conventions ou des lois en la matière, mais plutôt du relèvement du niveau de vie des populations locales afin qu’elles n’aient plus besoin de l’assistance financière ou économique de leurs progénitures encore mineures pour assurer le minimum vital. N’oublions pas, en effet, que c’est la pauvreté qui engendre le phénomène d’exode rural, de relâchement des liens sociaux, de déstructuration familiale, de la non-scolarisation ou de la déscolarisation qui contribuent tous à attirer les enfants vers la recherche de l’emploi. En éliminant, ou à tout le moins en réduisant la pauvreté, on donnerait plus de chances aux enfants d’aller à l’école et du coup, d’avoir de quoi s’occuper, et donc de s’éloigner de tous les types de travaux qui pourraient compromettre leur avenir. Des pays comme le Burkina où on estime à plus d’un million, le nombre d’enfants travaillant dans le secteur informel et sur les sites d’orpaillage, pourraient ainsi mieux lutter contre le phénomène, d’autant qu’il existe déjà des lois qui répriment le trafic et le travail des mineurs, mais dont l’application n’est pas toujours des plus rigoureuses, justement à cause des réalités socioéconomiques du pays. En un mot comme en mille, on peut prôner l’abolition du travail des enfants, mais ce sera toujours un vœu pieux, en tout cas, aussi longtemps qu’on n’éradiquera pas la misère et l’ignorance dans nos villes comme dans nos campagnes. En organisant chaque année des conférences sur le sujet, l’Organisation internationale du travail est bien dans son rôle, mais on peut se demander à quoi cela rime-t-il, puisque le nombre d’enfants travailleurs augmente de façon exponentielle, malgré le durcissement des mesures de répression. Les experts de l’OIT et tous les défenseurs des droits de l’enfant pensent pouvoir vaincre le mal en s’attaquant à ses conséquences, mais celui-ci continuera de s’étendre, tant que sa racine ne sera pas sectionnée, et la racine du mal ici, c’est bel et bien la pauvreté et ses corollaires.

Hamadou GADIAGA

Lepays.bf – Le 12 Juin 2016