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Le paludisme reste un problème de santé publique au Mali. Mais l’engagement du Haut Conseil des Collectivités Territoriales (HCCT), à travers ses 75 conseillers, pourrait faire la différence. C’est pourquoi ce mardi 11 novembre 2008, le projet “Les Voix du Mali” a organisé une journée de plaidoyer en matière de lutte contre le paludisme, en faveur des conseillers nationaux.

La journée était placée la houlette du président du Haut Conseil des Collectivités Territoriales, M. Oumarou Ag Ibrahim Haïdara. Pour l’animation de cette journée, il a été fait appel à de personnes ressources : le célèbre professeur et chercheur, M. Ogabara Doumbo, le directeur adjoint du Programme National de Lutte contre le Paludisme(PNLP), le Dr Sékou Dramé, et Mme Djika Kane Diallo du projet “Les Voix du Mali”.

Le but recherché de cette journée étant de s’assurer de l’engagement des conseillers nationaux en matière de lutte contre le paludisme, sa tenue a été l’occasion, pour le président Oumarou Ag Ibrahim Haïdara, d’en appeler à l’engagement de tous les conseillers nationaux pour une lutte efficace contre le paludisme et pour le bien-être des populations maliennes.

Après avoir remercier les organisateurs et l’assistance, M. Haïdara s’est dit réjoui de l’engagement du gouvernement du Mali et ses partenaires, tout en rendant un hommage mérité au Pr Doumbo, pour sa popularité à travers le monde et son courage dans la recherche d’une remède du paludisme qu’il a qualifié de “maladie très grave”.

Signalons que deux exposés ont marqué cette journée de plaidoyer contre le paludisme. Le premier exposé, développé par Mme Djiba Kane Diallo du projet “Les Voix du Mali”, a porté sur le thèmes : “La situation du paludisme au Mali”, et “Quel peut-être le rôle des conseillers Nationaux pour bouter le palu hors du Mali ?”.

Aux dires de la coordinatrice de “Les Voix du Mali”, Mme Djiba Kane Diallo, le Mali a une superficie de 1 241 248 Km2 dont 12 300 000 habitants .Le nombre des femmes enceintes est estimé à 615 000, soit 5% de la population. Et il y a 2 214 000 enfants de moins de 5 ans, soit 18% de la population. Ces deux couches sont les plus vulnérables au paludisme.

C’est pourquoi il doit y avoir une lutte intégrée, afin de réduire le niveau du paludisme au Mali. Pour cela, il a été défini des stratégies nationales de lutte contre le paludisme“, dira-t-elle. C’est dans ce sens que Mme Djiba Kane Diallo a rappelé les objectifs qui ont pour but de réduire d’au moins 50% (par rapport à 2000) la mortalité attribuée au paludisme ; de réduire d’au moins 80% (par rapport à 2005) la létalité palustre dans les structures sanitaires ; et de réduire d’au moins 50% (par rapport à 2000) la morbidité attribuée au paludisme.

Selon elle , pour atteindre ces objectifs, des stratégies ont été définies, relatives à la prise en charge des cas de paludisme, la prévention du paludisme pendant la grossesse, la lutte anti-vectorielle, la gestion des épidémies de paludisme comme stratégies majeures. Et comme stratégies de soutien, il a été défini la communication et la mobilisation sociales, la recherche opérationnelle et le suivi évaluation.

Toujours selon la conférencière, c’est grâce aux interventions relatives à l’utilisation des moustiquaires imprégnées d’insecticides qu’en 2005, il a été enregistré 962 706 cas de paludisme, dont 1285 décès, soit 0,12%. En 2006 : 1 022 592 cas, dont 1 914 décès, soit 0,18%. Et en 2007, 1 291 853 cas, dont 1 782 décès, soit 0,13%.

Comme défis et perspectives, Mme Djiba Kané Diallo a préconisé le renforcement de la capacité de diagnostic à tous les niveaux ; la prise en charge au niveau communautaire avec l’implication des relais ; le soutien accru à la mobilisation des communautés ; le renforcement de la recherche opérationnelle, en vue de l’amélioration de la lutte contre le paludisme ; l’amélioration de la qualité de la collecte ; la transmission et l’analyse des données ; et la coordination des multiples partenaires avec des agendas différents.

Que peut faire le Haut Conseil des Collectivités Territoriales, pour une lutte efficace contre le paludisme ? Selon Mme Djiba Kane Diallo, les conseillers nationaux peuvent informer leurs mandats ; encourager des réponses locales, encourager l’implication des ONG ; soutenir le ministère de la Santé dans son combat ; faire des déclarations publiques en faveur de la lutte contre le paludisme ; inciter les responsables aux niveaux local, régional et national, à s’engager dans la lutte contre le paludisme ; et insérer la lutte contre le paludisme dans les PDSEC.

Enfin, la coordinatrice du projet “Les Voix du Mali” a souligné l’importance de l’engagement des leaders en matière de lutte contre le paludisme.
A l’en croire, cela passe par la réussite des actions de lutte et nécessite un engagement soutenu des décideurs à tous les niveaux.

Quant au Pr Ogobara Doumbo, son exposé a porté sur l’élimination du poids du paludisme. De ses explications, il ressort qu’en Afrique, à chaque trois secondes, il y a un décès du au paludisme. “C’est pourquoi il faut amener les stratégies de lutte jusqu’aux milieux les plus reculés et pauvres“, recommandera-t-il, avant d’ajouter : “Si rien n’est fait d’ici 2050, 50% de la population africaine serait emportée par le paludisme”.

Aussi, le Pr Doumbo a préconisé l’engagement et la mobilisation de tous, surtout les conseillers nationaux, “puisqu’en tant que personnes ressources, nous avons besoin d’un engagement local, afin de bouter cette maladie hors du pays”, a-t-il précisé. Toujours selon le Pr Doumbo, 700 millions de cas de paludisme sont enregistrés en Afrique”. Et si l’on arrivait à couvrir les 80% des enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes, il y aura une diminution de la maladie. Là, on peut même viser son élimination. Sans cela, l’élimination ne peut pas être une réalité”, a-t-il ajouté.

De l’avis du Pr Doumbo, le paludisme est un facteur du sous-développement, un facteur de mauvaise scolarisation des enfants. “La lutte contre le paludisme n’est pas une question d’argent, mais d’engagement et de volonté”, a-t-il indiqué.

Le Pr Ogabara Doumbia a donc conseillé d’éviter l’auto-médication, car, selon lui, 70% des médicament sur le marché sont de faux médicaments et son vendus sans la pré-qualification de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). Enfin, il a recommandé que “les uns et les autres changent de vitesse, puisqu’au Mali, on manque d’initiatives pour une lutte efficace”. Il a surtout qualifié la vitesse de certains de “vitesse de tortue”.

Durant deux heures, des clarifications ont été apportées sur des questions qui préoccupaient les conseillers nationaux qui ont participé à cette rencontre.

Mariétou KONATE

12 Novembre 2008