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Alors que les décès dus au paludisme demeurent à des niveaux alarmants en Afrique (un enfant y succombe toutes les 30 secondes), un rassemblement sans précédent vient d’avoir lieu à Yaoundé, la capitale du Cameroun.

La rencontre, qui a réuni près de 1500 chercheurs et scientifiques de tous les continents, visait à mettre en valeur les dernières découvertes émergeant des travaux des chercheurs qui ont annoncé de nouveaux progrès dans les efforts de développement de thérapies médicamenteuses efficaces.

En effet, un vaccin contre ce fléau pourrait être disponible d’ici cinq à six ans, selon Joe Cohen, un chercheur de la firme Glaxo Smith Kline qui précise que des essais effectués l’an dernier sur des personnes âgées de 1 à 4 ans ont démontré qu’il était efficace à 58 %.

Selon M. Cohen, qui a pris part à la 4ème conférence panafricaine de l’Initiative multilatérale contre le paludisme (MIM), de nouveaux tests seront faits en Afrique pendant 4 ans avant le lancement effectif du vaccin.

L’enthousiasme que pourrait susciter cette annonce est cependant relativisé par Pierre Druilhe de l’Unité de parasitologie biomédicale de l’Institut Pasteur de Paris. Pour lui, on n’est pas près du but.

« La recherche continue de répéter les erreurs du passé: on crie au miracle au moindre résultat présumé positif« , fulmine-t-il.

« Des progrès sont enregistrés, mais les résultats ne permettent pas d’affirmer que le dénouement est pour bientôt« , ajoute l’expert, qui dénonce « cette tendance qui veut qu’on fasse croire chaque fois à la communauté internationale qu’on y est presque, alors que les chercheurs eux-mêmes n’en savent pas grand chose« .

Selon lui, il y a encore beaucoup de chemin à faire, beaucoup d’amélioration à porter au processus de développement vaccinal d’un antipaludique, aussi bien en raison des idées (on parle beaucoup plus de millions de dollars à injecter) que dans l’implémentation.

« Beaucoup d’argent est gâché, la recherche a pris 6 ou 7 ans de retard à cause des jalousies et des intrigues de toutes sortes. Il y a encore plein de choses à réformer si on veut avancer, la coopération les ambitions sont insuffisantes« .

De plus, affirme le chercheur français, les gens essayent, de façon désordonnée, des formulations insuffisamment établies. On parle d’augmenter les financements, mais ceux-ci restent au Nord et atterrissent très difficilement en Afrique. Il y a un déficit de coordination entre le Nord et le Sud. Pierre Druilhe de regretter le manque de rationalité dans le développement vaccinal, mais aussi l’absence de coordination et de coopération entre les agences qui financent la recherche.

Parlant de l’Institut Pasteur, qui a récemment mis en exergue l’antigène MSP3 qui produit des anticorps capables d’éliminer le falciparum, responsable du paludisme, il a indiqué que les premiers résultats enregistrés sont au-delà des espérances, mais que les travaux de recherche ne sont pas assez soutenus par la communauté internationale.

L’entreprise pharmaceutique Dafra Pharma a annoncé dans la foulée la mise au point d’une nouvelle thérapie combinée permettant au patient de guérir définitivement du paludisme en un seul jour de traitement, correspondant à l’administration de trois pilules.

Cette thérapie permet même de lutter contre les formes les plus complexes de la malaria. « Cette avancée scientifique décisive, fruit de deux ans de travail de Dafra Pharma, représente un progrès considérable dans la lutte contre la malaria », a indiqué l’entreprise qui souligne que « la simplicité et l’efficacité de ce traitement sont inégalées à ce jour ».

Ces dernières années, l’OMS recommandait la combinaison d’une molécule antipaludique existante avec un dérivé de l’artémisinin – une nouvelle molécule extraite d’une plante médicinale de la pharmacopée chinoise traditionnelle, l’Artemisia Annua – pour traiter la maladie.

Cette thérapie combinée sous forme de 24 pilules administrées en trois jours, exige un suivi minutieux de la part du patient qui doit souvent séjourner trois jours à proximité du dispensaire local ou de l’hôpital pour recevoir ses médicaments. La nouvelle thérapie a été testée en Côte d’Ivoire et ensuite notamment en République démocratique du Congo (RDC).

Le prix conseillé pour les achats réalisés par les pouvoirs publics sera d’un euro (environ 655 F CFA) par patient adulte et de 0,5 euro par enfant, indique encore Dafra Pharma qui affirme qu’il s’agira du traitement antipaludéen le moins cher de toutes les nouvelles thérapies combinées à base d’artésunate.

Sory Ibrahim GUINDO

18 novembre 2005.