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Le paludisme, ou « soumaya » en bambara, peut être évité et guéri. Malgré cela, il constitue une endémie majeure dans 43 pays de la région africaine. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), sur 300 à 500 millions de personnes contractant la maladie chaque année, plus d’un million meurent. Et le Mali n’est pas épargné, avec plus de 850 723 cas évalués en 2004. Ces chiffres placent le paludisme au premier rang des problèmes mondiaux de santé publique.

Le paludisme est une maladie qui tue prématurément et plombe ainsi l’économie du pays, déjà très affectée par d’autres facteurs. De plus, il s’attaque aux enfants, dont il perturbe le développement social – en leur laissant des troubles neurologiques sévères, voire irréversibles – et, de ce fait, à leur scolarisation, en les empêchant de fréquenter l’école.

Au Mali, cette calamité se caractérise par son endémicité dans les régions du Centre et du Sud et son potentiel épidémique dans les régions du Nord. Maladie essentiellement tropicale, transmise par une espèce spécifique de moustique se développant dans les pays chauds, c’est une pathologie souvent mortelle.

L’Afrique cumule les handicaps, car on y trouve tout à la fois des températures élevées et le moustique qui propage le paludisme, aussi appelé malaria. C’est pourquoi, on recense sur notre continent 90 % des décès dus à cette maladie, dont quelque deux millions d’enfants.

Pour faire face à une telle situation, le gouvernement malien a exprimé sa ferme volonté de faire de la lutte contre le paludisme l’une des priorités essentielles de son développement.

Ainsi, le Cadre stratégique de la lutte contre la pauvreté (CSLP), finalisé en 2001, accorde-t-il la priorité aux volets sociaux, en particulier la santé, la nutrition et les aspects d’hygiène et d’assainissement.

Ce qui, en Afrique, tout en étant un véritable défi, reste envisageable, car mettre en oeuvre des moyens préventifs efficaces et guérir les personnes atteintes pour un coût minime ne sont pas vraiment des travaux d’Hercule. L’essentiel est la volonté politique – d’ailleurs à la portée de chacun des pays africains ! Malgré les efforts consentis, il faut toujours tirer la sonnette d’alarme, car le bilan de la lutte contre le fléau reste encore peu probant.

Face à cette situation alarmante se dressent deux obstacles majeurs. D’une part, le manque criard de moyens: beaucoup de Maliens vivant au-dessous du seuil de la pauvreté, ils ne peuvent se procurer, malgré leur faible prix, des moustiquaires imprégnées d’insecticide, a fortiori les médicaments en pharmacie. Vu la faiblesse de leur pouvoir d’achat, la plupart des malades se rabattent sur les médicaments en vrac vendus bon marché – et illégalement ! – à même le sol, sur des étals chauffés à blanc par le soleil. Et qui, de ce fait, sont inefficaces.

Selon une vendeuse de médicaments «par terre» au quartier Medina-Coura, elle vend en moyenne 5 000 F CFA par jour de médicaments anti-paludiques. « Vous savez, il y a beaucoup de personnes qui viennent acheter ces médicaments – même les intellectuels ! – car le prix est moins élevé et ils disent que c’est très efficace« , nous a-t-elle confié.

Pour enfoncer le clou, Fanta Diarra, une jeune femme de 28 ans, adepte de la médecine traditionnelle, souligne: « Je préfère la médecine traditionnelle, elle est moins chère« .

D’autre part, l’insuffisance de la sensibilisation au recours aux moyens modernes de médication pousse beaucoup de personnes à recourir presque immédiatement aux spécialistes de la médecine traditionnelle. Comme Oumou Traoré, une vieille dame de 65 ans, réputée pour son savoir-faire dans le traitement du paludisme, notamment quand cette pathologie touche les femmes enceintes et les enfants. D’où le fait que ses consultations, selon elle-même, concernent, la plupart du temps, ces deux catégories de clients. Elle reste conservatrice de cette tradition de soins traditionnels héritée de sa grand-mère: « Avec l’aide de Dieu, j’arrive a guérir la plupart des malades du paludisme mais, souvent, il y a des gens qui arrivent très tard chez moi et leur guérison peut prendre plusieurs mois« .

En plus de ce cas, d’autres praticiens exposent leurs produits, dont les prix varient entre 100 F CFA et 500 F CFA: potions, poudres, farines et autres plantes transformées, censées guérir le paludisme et beaucoup d’autres maladies. Mais ces vendeurs restent peu diserts sur les conditions d`hygiène dans lesquelles est faite la transformation des « médicaments« .

Et, même si la posologie est souvent mentionnée sur ce que l’on pourrait appeler « emballage » des produits, cela ne doit pas tromper: aucun moyen n’existe pour le pesage ou la quantification exacte des doses contenues dans les sachets. Qui, par ailleurs, ne répondent aucunement aux normes de conditionnement modernes.

Sans oublier que, chez ces commerçants de produits souvent nocifs, il n`existe aucun examen biologique pour faire le diagnostic du paludisme comme chez les médecins.


La moustiquaire imprégnée, une arme efficace

Selon le directeur administratif et financier du ministère de la Santé, Adama Yacouba Touré, de 2004 à 2005, ce département a mis à la disposition des structures sanitaires des moyens très efficaces pour la réduction de la mortalité et de la morbidité: 68 850 moustiquaires imprégnées, dont 38 850 en 2004 et 30 000 en 2005 pour un montant de 239 155 000 F CFA financés par le budget de l’Etat sur les ressources PPTE.

Et, au cours de la même période, pour les campagnes d’imprégnation de masse, 83 millions de F CFA ont été mobilisés pour l’achat des produits nécessaires.

La ministre de la Santé, Mme Maïga Zeïnab Mint Youba, estime que toutes ces actions concourent au renforcement de la lutte contre le paludisme et à l’atteinte des objectifs d’Abuja, d’une part, et à la mise en œuvre de la volonté du gouvernement de rendre les moustiquaires gratuites et accessibles à toutes les femmes enceintes et aux enfants de moins de 5 ans, de l’autre.

De tous les moyens de lutte, le coordinateur du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), Georges Dakono, est d’avis que le niveau de résistance des vecteurs du paludisme, les anophèles femelles, aux insecticides couramment utilisés (perméthrine et deltaméthrine) est encore insuffisamment exploré pour pouvoir fournir une moyenne nationale. C’est pourquoi, estime-t-il « la moustiquaire imprégnée reste le moyen de prévention le plus sûr et le plus efficace« . Par surcroît, conseille-t-il, l’existence de traitements et de solutions utiles n’autorise pas à omettre de dormir sous des moustiquaires imprégnées d’insecticides. Car cela permet de réduire de 20 % la mortalité infantile.

L’accès rapide à un traitement efficace permet de réduire encore plus le taux de mortalité, soutient-il. Administré pendant la grossesse, le traitement préventif intermittent du paludisme permet de réduire la proportion d’enfants atteints d’insuffisance pondérale à la naissance et le taux de mortalité maternelle.

La prise de conscience croissante du désastre que représente le paludisme et la nécessité de réagir a incité les Occidentaux à doubler l’aide aux pays en développement. C’est ainsi que le président américain George W. Bush a lancé, courant 2006, une nouvelle initiative importante pour aider 15 pays africains, dont le Mali, à lutter contre ce désastre. Ce programme viendra renforcer l’arsenal de lutte que le Mali a mis en place depuis quelques années.


La recherche sur le paludisme au Mali, un modèle de succès en Afrique

Le Centre de formation et de recherche sur le paludisme (Malaria Research and Training Center, MRTC) du Département d’épidémiologie des affections parasitaires (DEAP) de la Faculté de médecine, de pharmacie et d’odontostomatologie de l’université de Bamako, est une structure de formation et de recherche sur le paludisme.

Il a été créé en 1992, sur l’initiative du ministère de la Santé et du ministère de l’Education Nationale, en collaboration avec des partenaires au développement – Instituts nationaux de la santé des États-Unis d’Amérique, TDR-WHO, Coopération française (Université de Marseille) et Coopération italienne (Université La Sapienza de Rome).

Du fait de sa production scientifique – 200 publications dans des revues internationales depuis sa création – et du succès dans les compétitions internationales pour les subventions de recherche , le DEAP – MRTC, dirigé par le Pr Ogobara Doumbo, contribue à définir de nouveaux outils de lutte contre le paludisme. Il a ainsi hissé l’université malienne au niveau international dans le domaine de la lutte contre le paludisme : le modèle malien de recherche sur le paludisme est actuellement présenté en Europe et aux USA comme un modèle de succès en Afrique.

Cependant, pour que la lutte contre le paludisme soit plus efficace, il faut qu’elle soit faite de manière concertée et coordonnée. Aux tradipraticiens, médecins et départements de l’Education Nationale, de la Santé et de la Communication de se donner la main pour combattre le fléau.

Le gouvernement devra aussi mettre en place des mécanismes réglementaires pour améliorer la qualité des produits de la médecine traditionnelle, à l’exemple du Département Médecine Traditionnelle (DMT).

Ramata TEMBELY

29 janvier 2007.