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L’Institut d’études et de sécurité (ISS) a publié aujourd’hui les résultats de ses recherches sur les causes de radicalisation au Mali. Cette étude a prouvé que le chômage et le fanatisme ne sont pas les seuls facteurs de radicalisation au Mali, et par conséquent qu’il faut repenser la lutte contre le phénomène.

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L’ISS, à la demande de l’Agence japonaise de coopération internationale (Jica), a mené une étude au Mali sur le phénomène de radicalisation. Cette étude, qui a consisté a interrogé plus d’une soixantaine de jeunes ex-engagés dans les groupes extrémistes et d’autres forces vives de la nation, visait a découvrir pourquoi et comment certaines personnes se sont retrouvées impliquées dans les groupes qualifiés de « djihadistes », pourquoi y sont-elles restées et dans quelles circonstances en sont-elles sorties.
Il ressort de ces entretiens menés sur toute l’étendue du territoire malien, qu’en plus des motivations économiques et religieuses attendues, il en existe de nombreuses autres. Cette étude démontre, que les facteurs sont multiples, évolutifs et qu’ils interagissent. Dans certains cas, les circonstances ont été plus déterminantes que les facteurs.

En termes d’implications politiques, les données recueillies soulignent la nécessité de se départir des notions actuellement en vogue de « radicalisation », de « dé-radicalisation » et d’« extrémisme violent » qui peuvent conduire à des réponses inadéquates, voire contre-productives.

« Nous avons constaté la volonté de se protéger, de protéger sa famille, sa communauté ou son activité économique apparaît comme un des facteurs importants d’engagement. Les facteurs d’engagement, de maintien et de sortie des jeunes dans les groupes ne sont pas nécessairement les mêmes. Ils sont multiples et interagissent », explique Lori-Anne Theroux-Bénoni, directrice du bureau de l’ISS-Dakar et qui a dirigée l’équipe de recherche.

Et son collègue Ibrahim Maïga ajoute : « Il serait donc vain de rechercher un seul et unique motif d’adhésion. Il importe d’analyser de façon détaillée les réalités locales à l’origine de l’engagement des jeunes et de résister à la tentation d’appliquer les conclusions à d’autres contextes ».

La représentante de la Jica, Kaori Tanaka s’est réjouie des résultats de ces recherches qui, selon elle, faciliteront à leur coopération de cerner la situation au Mali afin de mieux orienter ses actions de développement.
D’ici fin novembre, d’autres résultats seront publiés en attendant la 3e phase de publication avec des recommandations.

Le rapport en intégralité.

Sory I. Konaté
19 Octobre 2016
©AFRIBONE