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Selon les chiffres, ce sont 51% des 1 241 000 km² du Mali qui sont désertiques. Avec plus de 11 millions d’habitants, 80% de la population tirent leurs revenus de l’agriculture.

En d’autres termes, ce sont 3,5 millions de km² de terre qui sont mis en cultures sèches et environ 1million en cultures irriguées. Il faut y ajouter les 100 000 hectares qui sont défrichés chaque année pour compenser les 7 à 15% de perte en fertilité que connaissent nos sols. Ce n’est pas tout.

Pour que cette compensation soit effective, il faut environ 5 millions de m² par an pour la population. On terminera par ces données ahurissantes. En 1960, on comptait 30 000 Km² de terres inondables au Mali. En 1980, les données avaient chuté à 5 000 Km².

Cette perte en terres fertiles, irrigables et inondables est causée, la plupart du temps, par la désertification.
Un phénomène qui est défini comme une dégradation des terres dans les zones arides et semi-arides, sub-humides sèches par suite de divers facteurs parmi lesquels les variations climatiques et les activités humaines.

Selon le principal conférencier et non moins directeur de recherche à l’IRD, Antoine Cornet, « la désertification n’est pas une avancée du désert. Elle s’installe au sein des écosystèmes ».

Des causes de la désertification avancées par M. Cornet, on retiendra les activités humaines (accroissement de la population, des besoins, pression accrue sur l’espace et les ressources naturelles et les pratiques néfastes), les crises climatiques (sécheresse, calamité naturelle).

Des facteurs qui ont pour conséquences, parmi tant d’autres, la destruction du couvert végétale, l’érosion, l’ensablement, le surpâturage, la mise en culture inappropriée.

La désertification n’épargne pas non plus la diversité biologique, car elle affecte les populations dans leur mode de vie -localement- et le climat, de façon globale. Toute chose, selon Antoine Cornet « qui cause la surexploitation des populations d’espèces et la destruction de leur habitat ».

Pour endiguer ces différents problèmes, il faut, selon toujours Antoine Cornet, protéger la biodiversité par la sécurisation des ressources naturelles, l’association des stratégies de conservation de la diversité biologique et la valorisation du potentiel par les communautés.

De plus, l’on devrait s’atteler à encourager certaines cultures d’espèces en voie de disparition dans des endroits bien déterminés, car l’accroissement de l’aridité pose problème.

Dans les pays affectés par la désertification dira, Antoine Cornet, « environnement et développement sont interdépendants ». Selon ses explications, les ressources naturelles et leur exploitation sont des facteurs de production.

Par ailleurs, les activités liées au développement ont un impact sur l’environnement. Dans ce chapitre, ajoutera M. Cornet, « la lutte s’inscrit dans une approche globale des problèmes d’environnement et de développement durable ».

Comment alors lutter contre la désertification ? C’est le dernier point qu’a abordé le conférencier. A ses dires, cette lutte regroupe une immensité de techniques dont certaines ont été déjà essayées. Malheureusement, « elles n’ont pas eu les effets escomptés, car en la matière, il n’y a pas de solution toute faite. Les mesures à prendre sont spécifiques à un endroit bien déterminé » a-t-il reconnu.
Comme méthodes préconisées par Antoine Cornet, on peut retenir l’inscription dans des politiques plus larges, multisectorielles et intégrées la lutte contre la désertification. Il faudra aussi une synergie entre les structures locales et publiques.

Mais, toute cette aide matérielle à ce combat, conclura-t-il, « ne peut aboutir que si nous prenons conscience du mal qui nous guette et changeons nos habitudes. Nous devons nous impliquer davantage pour arrêter la léthargie ».

Même son de cloche chez le Directeur de l’IER qui a exhorté tous les Maliens à « prendre conscience du danger qui nous menace ». Un documentaire intitulé « Moi Sékou, mon exil, mon village, mon combat », réalisé par Eric Mounier, est venu édifier le public sur le phénomène. Ainsi, Sékou Bathily, un jeune Malien émigré en France, nous emmène dans un voyage à travers son village, Bada, affecté par la désertification.

Tout au long de son périple et de ses différentes rencontres, on découvre la complexité des enjeux, des causes et des effets de ce problème écologique.
Happy end pour ce jeune qui a vu son projet financé par les bailleurs de fonds. Un bel exemple à suivre.

Paul Mben – 2 Mars 2005