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Deux jours seulement après son ouverture à Glasgow en Ecosse, la 26è Conférence des Nations unies sur le climat est parvenue à la signature par plus de 100 pays abritant 85% des forêts mondiales, d’une déclaration commune pour enrayer la déforestation d’ici 2030

Il s’agit du «plus grand pas en avant dans la protection des forêts mondiales en une génération», s’est enthousiasmé Boris Johnson, le Premier ministre britannique, hôte du sommet, lors de la signature du document mardi dernier. L’initiative est essentielle pour parvenir à l’objectif de limiter le réchauffement climatique à +1,5 °C, selon les organisateurs de la conférence.

Ces formidables écosystèmes fourmillants, «cathédrales de la nature», sont les poumons de notre planète. Ils absorbent une grande partie du gaz carbonique rejeté dans l’atmosphère, responsable du réchauffement climatique. Malgré leur rôle essentiel dans notre survie même, les forêts disparaissent à un rythme alarmant correspondant à l’équivalent de 27 terrains de football, 291.600 m2 par minute, selon les estimations de l’Organisation des Nations unies (Onu).

L’accord prévoit de mobiliser 19,2 milliards de dollars pour la protection et la restauration des forêts. La France et 11 autres pays riches, s’engagent à mobiliser conjointement 10,3 milliards d’euros de fonds publics entre 2021 et 2025, pour lutter contre la déforestation. À cette somme devraient s’ajouter 6,24 milliards d’euros d’investissements privés. Parmi ces fonds, 1,3 milliard de dollars seront investis pour protéger le bassin du Congo qui abrite la deuxième plus grande forêt tropicale du monde après l’Amazonie.

Par ailleurs, les patrons de plus de 30 institutions financières, représentant plus de 8.700 milliards de dollars d’actifs mondiaux, se sont aussi engagés à éliminer les investissements dans les activités liées à la déforestation.

Selon l’ONG WWF, les engagements clés de cette déclaration comprennent notamment la conservation des forêts et autres écosystèmes terrestres, ainsi que l’accélération de leur restauration. L’accord prévoit également la promotion de la production et de la consommation durables de produits de base qui n’entraînent pas la déforestation et la dégradation des terres ou encore, la réduction de la vulnérabilité des communautés qui vivent dans ces territoires.

«C’est une bonne nouvelle pour nous», déclare le président de l’ONG malienne, Mali-Folckecenter Nyetaa qui participe aux travaux. Avec le changement climatique, la grande exploitation agricole, la surpopulation et les déplacements des populations dus aux conflits, une forte pression est exercée sur les forêts, selon Dr Ibrahim Togola. Ces différentes actions font que la déforestation prend de plus en plus de l’ampleur au Mali.

Selon la Politique forestière nationale de 2017, chaque année, environ 500.000 hectares de forêts disparaissent dans notre pays. Si dans les années 1960, le Mali disposait de plus de 4.400.000 hectares de superficies forestières, aujourd’hui il n’en reste que près de 800.000 hectares, soit une perte de plus de 80%.

Les responsables du Système d’information forestier (Sifor) expliquent cela par le fait que le bois et le charbon occupent 80% des besoins de la population en énergie. La population doit sa résilience face aux différences crises climatiques grâce aux forêts. Le bois énergie est une denrée de première nécessité au même titre que le riz, l’huile, le sucre, la farine, etc., fait remarquer Dr Togola.

Le secteur apporte plus de 100 milliards de Fcfa à l’économie, chaque année, souligne-t-il. Le président de Mali-Folckecenter Nyetaa affirme également que les deux grands facteurs de déforestation sont l’énergie et l’agriculture.

La diversité des acteurs dans l’exploitation et la gestion forestière pose également un problème fondamental, analyse Dr Souleymane Diallo, professeur à l’Institut polytechnique rural (IPR) de Katibougou. Les recherches sur les espèces d’arbres ne sont pas développées dans notre pays. Si c’est le cas, elles ne sont pas appliquées, déplore le chercheur, avant de regretter qu’elles soient méconnues par les acteurs.

Face à cette déforestation galopante, il faut aller vers l’application stricte des normes de gestion durable des forêts, estime Dr Ibrahim Togola. Les informations liées à la forêt doivent être disponibles pour tous les acteurs ainsi que pour les populations. Il faut également aller vers la mise en place des forêts destinées aux bois d’œuvre.

Du côté de la recherche et de la formation, les écoles comme l’IPR doivent être appuyées pour une formation de qualité. Enfin, les acteurs forestiers doivent être bien identifiés pour aller vers une coopération publique privée dans la gestion durable des forêts. C’est en tout cela que le Mali doit tirer bénéfice de cet accord obtenu à la COP26, selon ce grand acteur de la société civile.

Cependant, le coordinateur de campagne de l’ONG Canopée, qui œuvre pour la protection des forêts mondiales, estime qu’il existe une interrogation quant à la signature d’un certain nombre de pays dont on peut légitimement douter de la bonne foi.

Sylvain Angérand cite notamment la République démocratique du Congo qui s’apprête à lever un moratoire sur l’exploitation forestière d’une superficie équivalente à celle de la France, mais aussi le Brésil qui a battu des records de déforestation depuis trois ans.

Sous le feu des critiques pour sa politique environnementale, le Brésil a annoncé lundi, à l’ouverture de la COP26, des objectifs plus ambitieux en matière de réduction des émissions de CO2 et de lutte contre la déforestation. Il prévoit de baisser ses émissions de 50% d’ici 2030 et d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

Selon plusieurs études récentes, la déforestation en Amazonie brésilienne a transformé ce puits de carbone fondamental pour la planète en émetteur net de CO2 en 2020. Des experts de l’ONG autrichienne, All Rise, estiment ainsi que le rythme de cette déforestation s’est accru de 88% depuis l’arrivée au pouvoir du président Jair Bolsonaro, représentant une perte de quelque 4.000 km2 de forêt amazonienne chaque année.

Ce nouvel engagement contre la déforestation fait écho à la Déclaration de New York sur les forêts de 2014. À l’époque, de nombreux pays s’étaient engagés à diviser par deux la déforestation en 2020 et d’y mettre fin en 2030.

Cheick Amadou DIA

Source: L’Essor