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Selon la Banque mondiale et d’autres institutions multilatérales, la corruption se définit comme étant l’abus d’une fonction publique pour obtenir un gain privé. Un fléau donc à combattre. Ce à quoi s’attellent les autorités maliennes qui viennent de décider de la tenue d’états généraux sur le phénomène. En plus des autres techniques indirectes de lutte contre la corruption déjà citée, elles disposent également de la contribution des médias.

Dans la lutte contre la corruption que viennent d’initier les autorités, il convient de prendre en compte un autre aspect : c’est le rôle que peuvent jouer les médias.

La corruption dans les services publics est essentiellement due au manque de responsabilité des fonctionnaires et au silence qui pourrait entourer un tel état de fait. Il existe cependant un moyen de rendre ces fonctionnaires plus responsables.

C’est la promotion de mass médias compétents et autonomes. Les médias, communément appelés « quatrième pouvoir ou contre pouvoir », peuvent jouer un rôle très important. En effet, les journalistes peuvent, parallèlement aux services de contrôle de l’Etat, mener leurs propres investigations sur la base de dénonciations, de présomptions ou d’allégations, découvrir des pratiques de corruption dans les affaires publiques et les dénoncer à leur tour.

Ce rôle de dénonciation se révèle encore plus important quand les institutions et structures en place s’avèrent inadéquates et incapables d’assurer la responsabilisation des fonctionnaires. Or, en principe, les médias reflètent l’opinion publique qui, elle-même, se façonne à partit d’eux.

A ce titre, ils peuvent amener les autorités et services publics à être plus responsables envers les usagers de l’Administration, au risque pour les services publics de voir étaler leurs pratiques sur la voie publique. Ce sont encore les médias qui ont en charge la vulgarisation des textes relatifs à la corruption.

Toutefois, le poids des médias dépend en premier lieu de leur propre crédibilité, cette crédibilité grâce à laquelle ils peuvent exercer une forte influence sur la population et participer grandement à la lutte contre la corruption et les pratiques malsaines de l’administration. Seulement voilà ! Au Mali, les médias peuvent-ils se prévaloir de cette crédibilité, de l’objectivité et de l’impartialité dans le traitement de l’information ?

Ici, il y a deux catégories de médias : le service public et les médias privés.


Le service public

Les service publics utilisent plusieurs supports : télévision, radios et presse. A cause de ses relations avec les autorités publiques et sa dépendance vis-à-vis du pouvoir, ces supports sont facilement perçus dans l’opinion publique comme étant des organes d’Etat.

En tant que tels, ils connaissent une restriction de leur liberté d’informer, d’actions et d’opinions. Les agents du service public sont perpétuellement confrontés aux décisions politiques, desquelles dépend la désignation de leurs responsables.

En outre, le service public bénéficie de subventions (pour équipements et fonctionnement) de la part de l’Etat. Dès lors, il convient de noter que la liberté de ton n’y est pas de mise.
Les médias privés.

Les journaux et radios privés bénéficient également de fonds alloués par l’Etat.

Il s’agit de l’aide publique à la presse instituée depuis quelques années. Cependant, cette aide est loin de couvrir les besoins des organes privé au regard des faibles ressources et du sous-équipement des journaux, des frais élevés de publication, des modestes salaires pratiqués.

A cela s’ajoutent le manque de professionnalisme des journalistes (90% des journalistes ont été formés dans le tas, en dehors de toute école de formation de journaliste), l’inexistence de textes régissant la profession de journaliste (à présent, le Mali ne dispose pas d’une convention collective propre aux médias) et le manque de véritables moyens d’accompagnement de la profession (imprimerie, messagerie, agence de publicité.)

Cet environnement fait que les journalistes succombent très vite aux mauvaises tentations et que la presse n’échappe pas à la corruption. Au contraire.

Seulement, dans ce milieu, la corruption est rampante et vicieuse. Chargée d’informer l’opinion publique sur tous les faits et gestes d’utilité publique, la presse a tendance à se taire quand elle se fait payer pour ce faire, ou, au contraire, à parler quand…elle se fait payer pour ce faire.

Il lui arrive même de parler plus que nécessaire, en distillant cependant des informations dénuées de tout fondement ou objectivité. D’ailleurs, les quelques rares procès intentés contre certains journalistes ne révèlent pas toute l’ampleur des griefs qu’il pourrait y avoir contre la presse.

Et si la presse parle peu ou pas du tout d’elle-même, ce n’est ni par fausse modestie ni par peur d’être taxée de narcissisme. De fait, il arrive même à la presse d’abuser de sa liberté d’expression, en oubliant que dans bien des cas le rôle des médias doit être limité. Notamment lorsque des intérêts éminents commandent aux autorités de garder ou de requérir le silence ou le secret sur un aspect de la vie publique.

Par exemple, certains journaux ont tiré à bout portant sur le bureau de l’Assemblée nationale qui avait tenu à organiser une séance d’interpellation du gouvernement à huis clos. La question étant relative à la sécurité intérieure et à la souveraineté de l’Etat, le besoin pour la population d’accéder à la libre information ne tenait plus la route. Il vrai que dans cette affaire, les calculs politiciens ont dominé la liberté d’informer.

Cheick Tandina

26 Juin 2008