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Accusée comme le temple de tous les maux que vit le Mali, la corruption sera une grande préoccupation dans toute démarche politique qui prône le changement. Mais, vu que la corruption a la vie dure au Mali, il est tout à fait normal que l’on s’interroge sur les capacités d’IBK à mettre fin à ce fléau. Que peut IBK ? La question n’est pas superfétatoire, tant les attentes des maliens par rapport à la lutte contre la corruption sont énormes.

« Tolérance zéro » pour la corruption. Cette phrase prononcée lors de la campagne présidentielle par Ibrahim Boubacar Keita, ne doit pas et ne peut pas être seulement qu’un discours de campagne, à l’allure d’un appât. IBK, Président de la République du Mali, doit tout mettre en œuvre pour que les nombreux maliens qui lui ont fait confiance, sentent un début de commencement sur la route de la longue marche vers le changement demandé et promis par le « Kankeletigui » de Sebenikoro.

En réalité, tout le changement demandé par les maliens se cristallise dans la lutte contre la corruption, tant ce fléau a atteint des proportions dramatiques au Mali. Malgré qu’il a été Premier ministre de Alpha Oumar Konaré de février 1994 à février 2000 et Président de l’Assemblée nationale de 2002 à 2007, IBk a été choisi par le peuple malien en connaissance de cause. Bien que certains de ses adversaires ont voulu l’associer à la gestation catastrophique des vingt dernières années, le « Kankeletigui » dans une baraka exceptionnelle, est parvenu à s’installer dans le cœur de la grande majorité des maliens. Mais, quand on a été un acteur principal de la gouvernance des vingt dernières années d’un pays comme le Mali, quelles peuvent être les capacités réelles que l’on peut déployer pour parvenir au changement, surtout quand il rime avec lutte contre la corruption ? Tout comme le Mali, IBK n’a pas le choix. Il est dans le dilemme ou il doit vaincre ou périr, pour ne pas dire qu’il est condamné à réussir, sinon il aura tous ses électeurs sur le dos.

Dans sa grande majorité, les maliens souhaitent une lutte acharnée contre la corruption et veulent un nouveau type de gouvernance. Au regard de toutes les initiatives de lutte contre la corruption qui n’ont pas donné les résultats escomptés, l’on doit aussi demander si IBK pourra faire l’exception. On se souvient de l’initiative dénommée « opération Taxi », sous le régime de Modibo Keita, on se souvient de la commission de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite sous le régime dictatorial du général Moussa Traore. Le Mali, sous l’ère de la démocratie, est devenue le temple de l’expérimentation de toutes les trouvailles qui visent à endiguer le phénomène dans le monde. Aujourd’hui, malgré le nombre pléthorique des structures de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite, l’Etat malien est chaque année délesté de plus d’une centaine de milliards.

On se souvient qu’en arrivant a Koulouba, le General ATT n’avait pas caché sa volonté de ne pas humilier des pères et des mères de familles, même convaincus du crime grave d’avoir « bouffée les deniers publics ». En arrivant a Koulouba, après la prospérité de la corruption dans le terreau fertile de la gestion décennale d’ATT, malgré qu’il ait eu toutes les informations pour mettre le pays dans ses droits, IBK annonce une « tolérance zéro » pour la corruption. Cette volonté affichée d’IBK de mettre un terme à la corruption, se contentera-t-elle d’éviter de nouveaux détournements ? Ou, elle ira jusqu’à faire l’audit de tous les services, programmes et projets de développement, pour récupérer tous les deniers publics qui ont pris d’autres routes que celles du trésor public ?

Dans tous les cas, nous restons convaincus qu’une véritable lutte contre la corruption exige des exemples et des résultats. Et, pour avoir des exemples, IBK doit sévir. Tous les dossiers du Bureau du vérificateur général, tous les dossiers de la CASCA et tous les dossiers des services étatiques de contrôle, doivent être remis à la justice pour des poursuites en bonne et due forme. Les coupables seront condamnés et les innocents seront blanchis. Ces exemples produiront des résultats exceptionnels. Pour le Mali, longtemps victime des méfaits de la corruption, IBK doit pouvoir faire ce peu. Et, le peuple malien le jugera dès les trois premiers mois de l’exercice de son mandat, sur le terrain de la lutte contre la corruption. Ne dit-on pas qu’une nuit qui s’annonce belle, est perceptible dès le crépuscule.

Assane Koné

Le Républicain du 10 Septembre 2013