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Depuis son élection à la tête de notre pays, le président Amadou Toumani Touré a eu comme préoccupation la lutte contre la corruption. Cette volonté n’est pas nouvelle, en témoigne son slogan durant la Transition en 1991 : « kokadjè« (opération mains propres). En 2002, le président ATT a été élu à la tête du pays dans un contexte de corruption généralisée qui a poussé son prédécesseur, le président Alpha Oumar Konaré à sévir, souvent contre certains de ses proches. L’Etat étant une continuité, le président ATT ne pouvait que poursuivre sur cette voie.

Aujourd’hui, beaucoup de Maliens constatent que la corruption a encore pris une grande ampleur. Les rapports du Vérificateur général et des autres services de contrôle de l’Etat vont dans le même sens. Face à ce phénomène qui gangrène l’ensemble du tissu social malien, le président de la République n’a eu d’autre choix que d’agir et laisser la justice faire son travail. Il doit être encouragé et soutenu dans cette lutte, car il est inadmissible de croiser les bras et laisser certains cadres de l’Etat ou des responsables politiques ou leurs proches se remplir impunément les poches de nos maigres ressources.

Ils n’ont peut-être pas conscience que le Mali est un pays pauvre qui vit de l’aide internationale. Au lieu de se battre pour réduire la dépendance de notre pays vis-à-vis de l’extérieur, des responsables détournent les fonds mis à la disposition du Mali dans le cadre de la solidarité internationale pour réduire la pauvreté, améliorer la vie de nos concitoyens et lutter contre certaines maladies qui déciment nos populations. Face à un tel comportement, si le président de la République décide de monter au créneau pour dénoncer et sanctionner, il doit être soutenu massivement par la société civile, mais aussi par les partis politiques qui le soutiennent et en particulier par le PDES.

Depuis sa création, malgré sa montée fulgurante et son rang de grand parti, le PDES suscite de la défiance de la part de certains Maliens pensant, à tort ou à raison, que certains cadres qui mériteraient d’être sanctionnés pour corruption et enrichissement illicite ont trouvé refuge au sein du parti. Dans ces conditions, les responsables du PDES et les militants doivent profiter de la situation actuelle pour apporter un soutien sans faille au président ATT dans sa lutte contre la corruption et se démarquer de ceux qui continuent à s’enrichir sur le dos des pauvres populations maliennes.

Le PDES doit être à la pointe de la lutte contre la corruption, car il n’est même pas bon pour l’image du président de la République que le parti qui se réclame de lui, soit aperçu comme un parti qui abrite en son sein certains symboles de la corruption. Le président ATT n’a jamais caché son aversion envers des cadres de l’Etat ou des responsables qui ont fait de la corruption un instrument de leur réussite sociale et de leur ascension dans la hiérarchie de leurs formations politiques.

Au sein de certains partis politiques, la place est déterminée en fonction du poids financier du militant. Or, dans un pays pauvre qui n’a pas une grande économie et où le secteur privé n’est pas assez développé, où est-ce que les individus trouvent autant d’argent pour bien se positionner dans la hiérarchie de leurs partis politiques ? La réponse est simple : en s’adonnant à toutes les magouilles possibles au détriment de l’Etat et des populations maliennes.

Un fonctionnaire, par exemple, est censé servir l’Etat. Malheureusement, chez nous, le fonctionnaire se sert de l’Etat pour s’enrichir impunément et faire de la politique avec cet argent. Le comble, c’est que tous les Maliens savent que nous n’irons pas loin avec ce système de corruption généralisée, mais beaucoup en profitent. Certains dénoncent la corruption, mais dès qu’ils sont nommés ils font pis que ceux qu’ils critiquaient avant leur nomination.

Il est temps de prendre conscience qu’il faut arrêter ce système et urgemment. Il y va de l’avenir de notre pays et des générations futures. On ne peut continuer à faire croire aux Maliens que le vol, le détournement des fonds publics ou même privés, la corruption, la tricherie, la malhonnêteté soient les seules voies de réussite dans notre pays. C’est pourquoi aujourd’hui un parti comme PDES, parti se réclamant de l’homme du « kokadjè« , doit donner l’exemple et montrer aux Maliens qu’il est digne des idéaux du président ATT.

Le PDES a fait de « faire de la politique autrement« son slogan, mais comment faire la politique autrement en faisant comme les autres partis qui abritent en leur sein des gens connus pour des faits de détournement des fonds publics ou qui symbolisent l’état de corruption généralisée dans lequel notre pays est plongé aujourd’hui, dont certains sont même candidats déclarés à l’élection présidentielle de 2012 ?

Le PDES a intérêt aujourd’hui à commencer à se construire une image beaucoup plus crédible, à se démarquer des autres partis politiques par sa volonté à ne pas tolérer certains comportements de ses propres cadres, à accompagner sans équivoque le président de la République dans sa lutte contre la corruption et surtout à se prononcer publiquement, en faisant des propositions sur certains grands sujets qui préoccupent les Maliens aujourd’hui.

Le PDES en cause

Le président ATT est un patriote qui a beaucoup travaillé pour doter le Mali de certains dispositifs d’aide sociale et de plusieurs infrastructures qui font la fierté des Maliens. Ces belles réalisations risquent de passer au second plan si tous ceux qui soutiennent le président ATT ne se mobilisent pas pour le soutenir davantage face aux difficultés actuelles que sont : la lutte contre la corruption, le retour du tourisme dans les régions du Nord du Mali où les populations sont sinistrées, l’école et la question du fichier électoral. Ces quatre défis doivent trouver une solution ou un début de solution impérativement avant le début du processus électoral en 2012. Si le président ATT arrive à engranger des succès dans ces domaines, il pourra se retirer en toute confiance. Le PDES doit sans tarder se saisir de ces questions, apporter sa contribution et faire bloc derrière le président de la République.

Alors que des sujets brûlants préoccupent le Mali, il est inacceptable que certains responsables du PDES s’adonnent à des guerres de positionnement à l’intérieur du parti, au lieu de réfléchir à des stratégies pour aider le Mali et le président ATT à relever les défis de l’heure. Il n’est pas trop tard, le PDES doit très vite se prononcer notamment sur la lutte contre la corruption et sur la problématique du retour à la normale dans les régions Nord du Mali.

Si certains membres du parti ont bénéficié des largesses du régime ATT, la moindre des choses pour eux c’est d’être reconnaissants en s’abstenant de poser des actes qui gêneront le président de la République, mais aussi en lui apportant tous les soutiens nécessaires pour qu’il puisse réussir dans sa lutte contre la corruption, le retour de la sécurité au nord, la normalisation de l’école et l’acceptation d’un fichier électoral par tous les partis politiques.

J’invite tous les jeunes et les moins jeunes qui veulent combattre la corruption et l’impunité dans notre pays à se joindre à nous pour qu’ensemble nous puissions aider le président ATT dans son combat contre la corruption et faire échec à ceux qui veulent conquérir le pouvoir pour perpétuer cette pratique. Aujourd’hui, des symboles de la corruption s’organisent pour conserver le pouvoir après ATT, nous devons dire non et nous battre par tous les moyens pour les empêcher de gagner les élections en 2012.

Partout au Mali et à l’intérieur du PDES, tous ceux qui partagent nos idées doivent se donner la main et se mobiliser pour barrer la route à ceux qui ont pillé les caisses de l’Etat malien et se sont précipités à adhérer au PDES, pensant échapper ainsi à la justice de notre pays. Le président doit livrer à la justice tous les corrompus et fossoyeurs de notre économie, qu’ils soient au PDES ou dans un autre parti Politique. Personne ne doit échapper à la justice malienne.

J’invite le juge Sombé Théra et tout le parquet à continuer à faire leur travail sans complaisance et sans pression. Ils doivent résister aux pressions et aux coups de fil venant des personnes haut placées. S’ils sont sanctionnés parce qu’ils ont fait leur travail, nous serons là pour les soutenir. De toutes les façons, nous sommes déterminés à mettre fin à ce système de corruption et d’impunité et nous allons réussir, que personne n’en doute.

Le président ATT veut lutter contre la corruption, nous le soutenons, mais cette lutte doit aller jusqu’au bout. C’est pourquoi il est important de le soutenir, car si nous ne le faisons pas, peut-être pensera-t-il que les Maliens ne sont pas assez déterminés à mettre fin à la corruption dans notre pays. Or, nous savons tous que ce phénomène, qui a pris de l’ampleur, est en train de saper tous nos efforts de développement. La corruption reste un mal que le Mali doit combattre.

Certains disent que la corruption existe partout dans le monde, ce qui est vrai, sauf que dans beaucoup de pays, même le président de la République ou n’importe quel responsable du pays impliqué dans un scandale financier s’expliquera devant la justice ou pire risque la déchéance et la prison. Aujourd’hui un pays comme la Grande-Bretagne dispose d’un arsenal juridique des plus répressifs au monde en matière de lutte contre la corruption. Même un pays comme Israël a contraint à la démission et poursuivi un chef du gouvernement soupçonné de corruption.

Comment peut-on banaliser ce phénomène chez nous, un pays où très peu de familles ont les moyens de s’offrir les trois repas de la journée ?

Me Tidiani Guindo

(docteur en droit, économiste, avocat à la Cour, Paris)

29 Juillet 2011.