Partager

L’essence de la corruption

La corruption tue le développement en ce qu’elle cause la dissipation de sommes importantes sans contre-partie pour la production. Ainsi, un opérateur économique livre à l’Etat des produits défectueux contre une somme représentant la valeur de la bonne marchandise. La différence sera employée par le corrupteur à une destination futile, puisque non nécessaire à la réalisation de bénéfices. Ainsi s’installe une culture du gain facile et du plaisir qui détruit les forces saines et créatives de la nation en les décourageant. La bourgeoisie des pays-sous-développés est une bourgeoisie parasite, incapable de compétitivité, comme l’a bien montré la théorie marxiste-léniniste.

C’est ce que l’Occident capitaliste a donc fini par admettre. Fini donc le temps où la corruption fut l’expression du dynamisme et de l’efficacité de l’homme d’affaires ! Les ONG et les AGETIPE ont beau être des structures bureaucratiques, elles sont un moindre mal par rapport à la fausse concurrence et à la fraude. Mais recourir à la présidence de la République pour garantir la transparence d’une gestion financière ne manquera pas d’étonner. C’est le cas, par exemple, des 72 milliards (sur cinq ans) accordés au Haut Conseil National de Lutte contre le Sida et dont ATT est chargé de garantir la bonne gestion. C’est dire que toutes les astuces pour détourner l’argent public en toute sécurité sont connues des bailleurs de fonds et que désormais le président de la République doit répondre des gâchis légaux.

Une vieille histoire

ATT, comme les régimes qui l’ont précédé, est confronté à la corruption de l’Etat, à ce que le président Houphouët Boigny appelait « les pesanteurs économiques et sociales » ou encore « la mauvaise gestion. » Le sage de l’Afrique recommandait de ne pas trouver anormal qu’une vieille femme qui grille des arachides remue la mâchoire. L’aveu d’ATT concernant les détournements des DAF est l’expression d’un dépit qui suscite de la commisération pour ces rois dépendant pitoyablement d’obscurs comptables.

Ainsi, Modibo Kéïta a lancé « l’opération taxi » en 1967 contre les fonctionnaires propriétaires de véhicules de transport public. Quelques mois après, son régime était renversé par un coup d’Etat militaire salué par le peuple qui souffrait de la misère et de l’oppression politique. L’opération taxi fut elle-même ressentie comme une injustice et imputée à la nature perverse du socialisme. Mais Moussa Traoré ne fut guère plus heureux avec sa lutte contre l’enrichissement illicite. C’est lui qui introduisit la loi qui frappait de la peine de mort tout détournement atteignant 10 millions de francs maliens (5 millions de francs CFA), et les affaires de cette gravité étaient jugées par un tribunal d’exception : la Cour de Sûreté de l’Etat.

Mais on assista à de spectaculaires acquittements portant sur des centaines de millions de francs et on s’aperçut que la lutte contre la corruption n’était pas une affaire politique (en tout cas dans un Etat de droit et le régime s’en réclamait), mais une affaire aux mains des juges, des procureurs et des avocats. Bientôt on perçut nettement le découragement du régime, illustré entre autres par l’affaire de l’or de la SABENA qui vit l’impuissance et la démission d’un excellent ministre des Finances, Soumana Sacko, qui avait tenté de vaincre l’hydre de la corruption.

Celle-ci comprend en réalité la multitude des fonctionnaires, grands et petits, de tous les services… Alpha n’a pas manqué de tirer la leçon de ces échecs. Il a déclaré l’avant-dernière année de sa décennie à la tête de l’Etat qu’il allait mener une guerre contre la corruption, mais sans tambour ni trompette. On eut droit à des arrestations spectaculaires, comme celles de Drissa kéïta, un monument de la politique malienne pendant et après la 2e République, de Adama Koné, ministre, de Tiémogo Maîga, qui fut PDG de la SOTELMA, de Ngolo Sanogo député et cadre de la CMDT et de bien d’autres personnalités, arrestations suivies (certains diront : malheureusement) de mises en liberté discrètes. Est-ce cela la lutte contre la corruption ?

ATT lui, s’est heurté, dès la Transition, à l’affaire des bons du Trésor, une affaire au cours de laquelle l’argent de l’Etat a été prêté dans des conditions de grande légèreté et n’est plus rentré. Le dernier problème fut celui de la CMDT, dont le PDG, révoqué, est poursuivi devant la justice.

Ibrahima KOITA

5 Avril 2005