Partager

Elaborer un nouveau contrat accepté par l’ensemble des acteurs, une nouvelle relation à la chose publique et à l’éthique.

Un contrat établi à l’issue d’un espace et un moment de réflexion, d’échanges voire d’introspection collective dont l’objectif est de parvenir à un diagnostic et à un projet national partagé de lutte contre la corruption autour duquel le gouvernement articulera un ensemble de mesures et de reformes susceptibles d’instaurer de nouvelles pratiques saines de gouvernance et de gestion des affaires et des deniers publics, une citoyenneté nouvelle pétrie de valeurs et d’éthique.

Ce sont entre autres idées sur lesquelles se fonde désormais la nouvelle stratégie du président ATT dans sa lutte contre la corruption et la délinquance financière.

Des idées qui sonnent le glas de la croisade lancée par son prédécesseur le président Alpha Oumar Konaré en Octobre 1999 lors de la rentrée solennelle des cours et tribunaux du Mali .C’est aussi un constat d’échec collectif face à ce fléau qui ne cesse de prendre de l’ampleur.
Les nombreuses initiatives prises n’ont été qu’un coup d’épée dans l’eau.

Jamais auparavant des sommes astronomiques n’ont été détournées au Mali .Toute les actions engagées par nos gouvernements successifs sont demeurées inefficaces contre ce fléau qu’on compare à un serpent de mer .Le mal persiste jusqu’à présent au grand dam des laborieuses populations maliennes qui en sont les premières victimes.

Et contrairement aux assertions du premier ministre Modibo Sidibé qui pense que «la corruption est un phénomène complexe qui revêt des aspects socio-économiques, culturels et politiques qu’il convient de comprendre pour conduire une lutte efficace contre ce phénomène », seule une volonté politique réellement affirmée peut venir à bout de ce fléau .

Or depuis fort longtemps, malgré un arsenal juridique imparable mis en place, nos hautes autorités n’ont jamais eu la volonté de combattre efficacement ce fléau.

Au contraire, la lutte contre la corruption a souvent servi de prétexte entre les mains du prince du jour pour régler ses comptes avec ses adversaires politiques. Après donc dix ans de règne d’impunité, le président ATT veut-il rectifier le tir ?

En proposant la tenue des Etats Généraux sur la corruption en septembre 2008 et en désignant l’ancien premier ministre Modibo Keita pour présider le comité d’organisation des dits états généraux, on ne peut que lui accorder le bénéfice du doute.

Choisi pour son expérience, ses qualités morales et surtout la crédibilité dont il jouit au Mali, Modibo Keita sera accompagné dans sa tâche par des personnalités diverses, à l’expérience, à la crédibilité et à la stature établies.

Ces personnalités qui ont été nommées le 3 Avril dernier par le premier ministre Modibo Sidibé sont entre autres : Madame Sy Aminata Konaté, Ousmane Ouma-rou Sidibé, Zeini Moulaye, Maître Mama-dou Ismael Konaté, Ibrahim Kanté, Sekou Diarra, Diadié Tegueté et Mamadou Telly.


Les missions du comité

Créé par Décret n° 08-304/PM- RM du 28 Mai 2008, le comité préparatoire des Etats généraux sur la corruption a pour mission d’assurer l’organisation des Etats Généraux sur la corruption qui se tiendront à Bamako en 2008.

A cet effet, il organise les concertations, coordonne et veille à la mise en œuvre de toutes les activités relatives à la préparation et au déroulement des Etats Généraux sur la corruption. Dans ce cadre, il prépare les thèmes à soumettre à la discussion des Etats Généraux : des tâches nécessaires à la réussite de la rencontre.

Composé de 9 membres dont un président nommé par décret du premier ministre, le comité préparatoire des Etats Généraux sur la corruption peut s’adjoindre toute autre personne dont la contribution lui parait utile pour l’accomplissement de sa mission.

La feuille de route du premier ministre

Moins d’un mois seulement après sa création, le président dudit comité a reçu des mains du premier ministre sa lettre de mission.

Dans ladite lettre, le premier ministre Modibo Sidibé fera savoir au président du comité préparatoire Modibo Keita que « les Etats Généraux de la lutte contre la corruption doivent permettre de prendre un nouvel élan et insuffler une nouvelle dynamique associant l’ensemble des acteurs de la vie de notre pays ».

La principale mission du comité, indique le premier ministre , « est de concevoir et mettre en œuvre toutes les activités relatives à la préparation et au bon déroulement des Etats Généraux ».

Pour cela, ajouta t- il, vous veillerez , à travers des concertations régionales et nationales ainsi que des ateliers thématiques, à assurer la participation de l’ensemble des acteurs du processus, cadres et agents de l’administration, représentants de la société civile et du secteur privé, représentants des partenaires au développement et des organisations spécialisées.

En clair, le premier ministre Modibo Sidibé voudrait que les Etats Généraux soient, sous l’impulsion de l’ancien premier ministre Modibo Keita, un espace et un moment de réflexion, d’échanges voire d’introspection collective débouchant sur un nouveau contrat accepté par l’ensemble des acteurs, une nouvelle relation à la chose publique et à l’éthique.

Contrat d’adhésion ou contrat synallagmatique ? C’est là où se situent les limites de cette nouvelle trouvaille du président ATT.

Considéré comme un phénomène complexe qui revêt des aspects socio-économiques, culturels et politiques, le fléau de la corruption a encore de beaux jours devant lui au Mali. En effet, la séance d’introspection collective proposée par le président ATT se révèle purement anachronique dans un pays où le délit d’enrichissement illicite n’est pas prévu.

La seule porte de sortie qui s’offre à nous pour endiguer ce fléau, véritable serpent de mer, c’est d’aller purement et simplement vers « une Commission vérité- Réconciliation » sur la corruption au Mali qui à introduit en Afrique du sud une citoyenneté nouvelle pétrie de valeurs et d’éthique.

Birama Fall

11 Juin 2008