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Avant son accession au pouvoir en 2002, le général ATT avait dans ses objectifs, la lutte contre la corruption et la délinquance financière. Mais l’on se rend compte qu’entre vouloir et pouvoir, il y a tout un pas à franchir.
La corruption, selon les enquêtes menées par un anthropologue, au Niger, au Sénégal, au Mali, apparaît comme un phénomène de société. Notre chercheur a situé la corruption comme un phénomène culturel chez nous.

Il a indiqué dans son constat que des formes de corruption existent partout dans toutes les sphères de notre économie et de notre société. Mais il a ajouté que la forme de corruption assimilable à la délinquance financière, au détournement de deniers publics est l’apanage d’une couche sociale. Il s’agit d’intellectuels, de hauts fonctionnaires qui sont de connivence avec de grands opérateurs économiques, de commerçants.

L’on assiste également dans nos Etats par le truchement du système politique, à la naissance de sociétés fictives (ou sociétés écran) ou les plus hauts placés cherchent à se faire une base arrière. Cela permet au régime de se donner une légitimité et une stabilité. Ceux-là qui luttent souvent contre la corruption n’ont pas les armes nécessaires pour démanteler le phénomène.

Ainsi pour véritablement porter des réponses adéquates à la corruption, il faut une volonté et un engagement absolu des autorités. Des pays comme le Rwanda, le Liberia sont en passe de diminuer la corruption. Les hommes, les femmes qui doivent lutter contre la corruption doivent être résolument engagés.

Pour ce faire, jusque-là ATT a-t-il réussi son pari ? La réponse est négative. L’on se rappelle qu’à l’arrivée du général ATT on a cru qu’en tant que candidat indépendant, militaire de surcroît, il arrivera à diminuer considérablement le phénomène. Mais l’on a vite compris qu’au nom du consensus le partage du pouvoir est devenu le partage du gâteau. Au moment où ATT a tenté de mettre la machine anticorruption en marche, il était trop tard.

Ne dit-on pas “qu’on ne peut pas aimer quelque chose et vouloir son contraire ?” Alors être trop sensible aux honneurs et faire justice est difficile. Aujourd’hui, l’on se rend compte que le général président est pris en otage par ses acolytes. “Je n’humilierais personnes…” a dit ATT. A ces mots aimables, les uns et les autres ont mis en tête que ATT est un homme de bien. Alors l’on peut se donner à coeur joie à toutes sortes de gabegie.

L’affaire des exos nous démontre aisément que le président de la République n’est pas étranger à ce qui se passe.
Lors du 8 juin dernier n’a-t-il pas fait cas d’une situation similaire où des opérateurs économiques véreux ne se gênaient pas de se dénoncer auprès de lui-même. Le président a affirmé qu’il leur a demandé de gérer la situation. Nous estimons dès lors qu’il y a eu manque d’autorité.

En tant que président de la République, premier magistrat, chef suprême des armées, celui là même qui nomme et qui peut relever le Premier ministre doit être intransigeant sur certaines choses. Un philosophe disait que “la démocratie trop poussée devient de l’anarchie”. Et, c’est dans l’anarchie que la corruption et la délinquance financière atteignent leur paroxysme. Aujourd’hui, force est de constater que le Mali est parmi les pays les plus corrompus du monde.

Malgré les instruments de lutte anti-corruption mis en place (vérificateur, Casca, contrôle général d’Etat, etc), le phénomène s’aggrave davantage. Le mal-vivre touche la plus grande couche de la population. Pourtant on connaît ceux qui détiennent les richesses du pays. La haute administration de l’Etat est toujours mise à nue par le vérificateur.

En 2005, c’était 15 milliards, en 2006, 102 milliards et le rapport 2007a révélé 20 milliards. Alors on peut dire qu’il y a eu 137 milliards de manque à gagner lors des 6 ans du régime ATT. La crise de trésorerie que le pays traverse actuellement n’est donc pas fortuite.

La Commission instituée par le Président pour faire l’état de la corruption saura-t-elle tirer toutes les leçons ? La vérité est qu’il faut des hommes prêts à s’engager pour annihiler le phénomène.

Pour ce faire le choix des hommes est important. Ces hommes existent mais sont-ils sollicités ? C’est là toute la question.

Fakara Faïnké

08 Aout 2008