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Les cahiers des charges sont le plus souvent taillés sur mesure et en signant les dossiers de passation de marché, nous nous rendons souvent complices, sans le savoir, de détournement et de pratiques corruptrices».
Cette déclaration du président Amadou Toumani Touré est suffisamment révélatrice de l’ampleur du défi de la lutte contre la corruption dans notre pays.

En clair, cette lutte relève d’une véritable gageure. A la lumière de cet aveu d’impuissance du premier magistrat de la République, faut-il comprendre que les Etats généraux de la lutte contre la corruption ne constituent rien de moins qu’un coup d’épée dans l’eau, où, comme le prétendent les détracteurs de l’initiative, un forum de plus ?

L’on est tenté de répondre par l’affirmative. Telle une pieuvre, le phénomène a plongé, depuis des lustres, ses racines dans le tout le corps social irriguant de son venin ses moindres replis, se déclinant en petite et grande corruption.

En effet, comment ne pas le croire au moment où les pratiques corruptrices sont devenues la règle générale et la bonne gouvernance économique l’exception ?

Au moment où la collusion entre la haute administration et les milieux d’affaires se fait presque au grand jour, où la «chose de la nuit» est devenue «diurne», où les décisions de justice se rendent à la tête du client, où les agents de la force publique passent le clair de leur temps à rançonner les usagers de la route, où le petit fonctionnaire de l’administration monnaient les actes qu’ils rendent au nom de l’Etat, où «les nouveaux milliardaires de la démocratie» friment au volant de leurs 4×4 rutilants au milieu d’un océan de misère ?

Où les édiles se muent, volontiers, en spéculateurs fonciers, distribuant au passage, à tour de bras, des terrains aux membres de l’establishment ?

Comment s’étonner d’une telle situation lorsque les valeurs cardinales, qui ont naguère fondé nos sociétés faites du sens de l’honneur, de l’amour du travail bien fait, de respect du bien public et de l’amour de la patrie, sont allègrement foulées au pied au profit des «coups de piston», de l’arrivisme, de l’enrichissement à tout prix ?

Un système social dans lequel, du Malien lambda aux décideurs de haut niveau, l’on croit que voler l’argent public n’est pas voler et où tout le monde pense que les lois sont faites pour être violées.

Au regard de ce tableau, pour le moins préoccupant, lutter contre la corruption au Mali reviendrait à chercher la quadrature du cercle, malgré l’existence d’une armada de structures de contrôle, avec à leur tête le très indépendant Bureau du Vérificateur Général qui a épinglé, dans son rapport 2007, une bonne brochettes de services publics pour un manque à gagner de 103 milliards de FCFA. A moins d’un formidable sursaut national et d’un réarmement moral sans précédent.

Le Premier ministre Modibo Sidibé et son gouvernement doivent se faire forts de prouver le contraire, car la bonne gouvernance économique conditionne le développement du pays.

Autant leur dire de s’apprêter à accomplir l’un des douze travaux d’Hercule : nettoyer les écuries d’Augias.


Yaya SIDIBE

27 Novembre 2008