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L’histoire est en train de donner raison à ceux qui craignaient un net recul de l’Union africaine (UA) après le départ d’Alpha Oumar Konaré de la présidence de la Commission. Ils ne sont donc pas surpris que le sommet des chefs d’Etat ait cautionné la parodie d’élection, la barbarie et le chaos que Robert Mugabe est en train d’imposer à son peuple. Loin de le condamner, les dinosaures africains ont béni sa mégalomanie en lui déroulant le tapis rouge.

Il faut vraiment être démagogue, voire un démon pour détruire tout ce qu’on a réalisé pour un pays ! C’est pourtant à cela qu’on assiste au Zimbabwe où Robert Mugabe, en s’accrochant au pouvoir contre vents et marées, a mis son pays à genou politiquement, économiquement et socialement.

Pour conserver ce pouvoir, il ne recule devant rien, y compris la confiscation des résultats d’un scrutin, à museler ses opposants et à massacrer leurs militants. Le second tour « imposé » de l’élection présidentielle en est la parfaite illustration. Décrié par les puissances occidentales et la société civile africaine, le chien aboie la caravane passe pour ce tyran manipulé par une épouse atteinte de la folie du luxe.

Mugabe n’a peur de rien parce qu’il sait qu’il peut compter sur le soutien de la grande majorité de ses pairs africains. A commencer par Thabo Mbeki (Afrique du Sud) et Omar Bongo Odimba (Gabon). Et il est conscient que l’Union africaine ne peut rien contre lui parce que les temps ont changé au profit de dinosaures africains. Il est déjà révolu le temps où Alpha Oumar Konaré, un farouche opposant aux coups d’Etat militaires ou électoraux, empêchait des démagogues comme lui de dormir sur leurs deux oreilles.

Il était donc utopique de penser que l’UA allait condamner Mugabe et le mettre en demeure de restituer le pouvoir confisqué. A Charm el-Cheikh (Egypte), les chefs d’Etat se sont contentés d’un décevant texte appelant à la formation d’un gouvernement d’union nationale. Ils encouragent Robert Mugabe et Morgan Tsvangirai à entamer le plus rapidement possible un dialogue politique.

Et pour se ridiculiser davantage aux yeux de l’opinion africaine et internationale, leur résolution a recommandé aux Etats concernés par le problème zimbabwéen de « s’abstenir de toute action pouvant avoir un impact négatif sur le processus en cours ». Une allusion à peine voilée aux pressions américaines et européennes exigeant le départ de Robert Mugabe.

Le vice-président botswanais a été l’un des rares dirigeants à avoir eu le courage et le réalisme politique de réclamer « l’exclusion pure et simple » de Robert Mugabe de l’Union africaine. Le représentant du Nigeria a, lui aussi, critiqué la politique du président zimbabwéen.

Une politique qui, selon lui, pourrait déboucher, toujours selon le responsable nigérian, sur une guerre civile. Quant à Abdoulaye Wade du Sénégal, il a pour sa part dénoncé la stratégie politique de son homologue, en insistant sur la nécessité de « mettre en place un gouvernement d’union nationale ».

Impuissance

Robert Mugabe a alors pris la parole, en déclarant que le Zimbabwe n’avait pas de leçon à recevoir et qu’il y avait dans la salle des pays où les élections présidentielles s’étaient beaucoup plus mal passées que chez lui. Ce qui est en partie vrai.

En effet, rares sont les dirigeants présents qui n’ont pas tripatouillé la Constitution de leurs pays et organiser des parodies d’élections pour rester au pouvoir. D’où l’acharnement des présidents comme Bongo à défendre vaille que vaille Mugabe. On comprend alors aisément que ce dernier ait été « adoubé par ses pairs » au sommet de Charm el-Cheikh.

Mais, à la différence des pays dont le prédateur des libertés fondamentales fait référence, on ne peut même pas dire qu’il eu des élections au Zimbabwe. Si les autres tyrans se contentent de tronquer les résultats pour s’accorder la victoire, Mugabe a confisqué le scrutin. Le résultat est le même ? Pas forcément parce que l’opposition a été décimée et ses militants massacrés pour les dissuader de voter dans l’ancienne Rhodésie.

Son astuce a été de tronquer les résultats du 1er tour et d’utiliser une répression sanglante pour que l’opposition désiste au second tour.
Pour maquiller son impuissance, l’UA s’est abritée derrière un scénario à la kenyane : le partage du pouvoir avec l’opposition à travers la formation d’un gouvernement d’union nationale.

Ce qui, comme l’ont écrit de nombreux confrères africains, est une « solution tordue », une « prime au brigandage électoral ». Mais, les observateurs avertis ne s’attendaient pas réellement à une condamnation du vieux président par l’UA parce que convaincus qu’il y a une « forme de solidarité entre les têtes couronnées d’Afrique ».

Et nous sommes d’accord avec nos confrères de L’Inter (Côte d’Ivoire), pour qui « le cas Mugabe risque de créer un précédent. En cautionnant ces réélections controversées, l’UA donne le sentiment de laisser prospérer une certaine façon de se maintenir au pouvoir, qui fait le lit des coups d’Etat et autres rébellions ».

Malheureusement, les dinosaures ont tout fait pour faire partir le seul arbitre qui avait le courage et la témérité de se battre pour qu’on donne « un carton rouge à tous les Mugabe d’Afrique qui entravent l’alternance démocratique par des élections tripatouillées » : Alpha Oumar Konaré.

Ses acquis en matière de promotion de droits de l’Homme et d’avancées démocratiques sont plus que jamais menacés parce que son successeur n’a pas sa carrure pour éviter d’être une simple marionnette des tyrans d’Afrique qui ne se préoccupent réellement que de mourir au pouvoir ! Pauvre de l’Afrique !


Alphaly

04 Juillet 2008