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Mission de paix de l’UA au Darfour : des soupçons détournement de fonds ?
L’ONU au secours de l’AMIS. L’organisation a pris à sa charge le 1er octobre le coût de l’AMIS, en difficultés financières. D’ici début 2008, 19500 soldats et 6400 policiers vont être déployés dans la province soudanaise.

Les combats y ont provoqué depuis 2002 la mort de 200.000 personnes et le déplacement de 2 millions d’autres. La force sous commandement nigérian sera composée de contingents principalement africains (Rwanda, Sénégal, Egypte). L’opération sera la plus onéreuse de l’histoire du maintien de la paix (2,6 milliards de dollars).

Alors que les 2,6 milliards de dollars nécessaires à sa mission au Darfour (UNAMID) n’ont pas encore été trouvés, l’ONU a déjà mis la main à la poche. L’organisation prend en charge depuis le 1er octobre le coût de la mission de l’UA (AMIS) sur place.

L’AMIS connaissait depuis plusieurs mois d’importantes difficultés financières que la grogne des casques blancs, cet été, avait révélées. La mission accusait des retards de paiements de 4 à 6 mois et, pis, les fonds allaient manquer pour finir l’année et assurer la transition avec l’UNAMID, mission conjointe UA-ONU.

La décision onusienne est bienvenue car les bailleurs étaient réticents à remettre de l’argent sur la table. A Bruxelles, principal soutien financier de l’AMIS avec une contribution de 445 millions d’euros depuis 2004, les caisses sont vides.

«La totalité des fonds sont épuisés, on a même pioché dans les fonds de réserve», indique l’eurodéputé français Thierry Cornillet, qui a effectué une tournée au Darfour au mois de juillet. «Nous avons réaffecté, avec l’accord du Parlement et des Etats membres, des fonds inutilisés attribués à l’aide au développement», précise Amadeu Altafaj i Tardio, le porte-parole du commissaire européen au développement Louis Michel. Et celui-ci de regretter que toutes les promesses faîtes par les acteurs internationaux n’aient pas été honorées.

Si sur place «la situation est en train de se décanter», comme indique le porte-parole de l’AMIS Nouredine Mezni, l’origine des difficultés n’est que partiellement identifiée.

«Pour nous, il n’y a pas de preuve de détournement. Il n’y a jamais eu assez d’argent et les opérations ont coûté plus que prévu. Il y avait aussi un manque d’expertise en termes de gestion et de procédures», analyse M. Altafaj i Tardio.

L’argent passait d’abord par New- York pour certification, à cause des sanctions contre le Soudan, puis transitait par Addis-Abeba siège de l’Union Africaine (UA), et enfin Khartoum où l’argent était remis aux Etats-majors des contingents présents. L’UE, soucieuse de la bonne utilisation des fonds européens, a néanmoins lancé un audit sur les dépenses de 2006 dont les résultats seront connus fin octobre.

Luc ANDRE pour Linternationalmagazine.com, publié le 03/01/2008.


28 Juillet 2008