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Pour contrer toute velléité de vandalisme de la part des populations lors des opérations de réhabilitation hier, les forces de sécurité ont quadrillé Dianéguéla et Sokorodji.

Annoncés depuis plus de 2 ans, les travaux de réhabilitation des quartiers Dianéguéla et Sokorodji en Commune VI du district ont finalement démarré hier. Non pas sans la farouche opposition des résidents qui avaient érigé des barricades de part et d’autre pour manifester leur opposition.

« Nous ne bougerons pas d’ici tant qu’on ne nous montrera pas notre zone de recasement même si c’est au prix de notre sang. Nous avons vu le cas de Niamakoro et si ce scénario doit se rééditer, il le sera ici aujourd’hui », affirmaient des résidents de Sokorodji.

Toutefois, selon certaines informations, des lots de recasement ont été attribués aux familles qui seront touchées par la réhabilitation. Cependant, les mêmes sources indiquent que bon nombre d’entre elles auraient revendu leurs parcelles.

En tout état de cause, qu’il s’agisse de Dianéguéla ou de Sokorodji, l’atmosphère était surchauffée entre résidents qui voulaient tout comprendre sauf à vider les lieux et les forces de sécurité. Partout, c’était des cris et des pleurs de populations désemparées qui tentaient de sauver ou de récupérer ce qui pouvait l’être encore.

« En réalité, nous avons été avertis depuis des années par les autorités. Mais nous n’avons jamais pris la mesure au sérieux. C’est lundi encore que nous avons été informés par les crieurs publics. Toute ma maison est concernée par le lotissement et je ne sais plus à quel saint se vouer. Mon mari n’est pas là et mes enfants sont allés à l’école » se lamentait Mme Doumbia Bintou Traoré.

D’autres se trouvant dans la même situation, n’ont trouvé mieux que d’enlever les tôles, les portes et les fenêtres pour ne pas les voir écraser par le Caterpillar déployé sur le terrain pour les besoins de la cause.

Sans pitié

Sur place, les forces de sécurité, comme des anges sourds, ont procédé au bouclage systématique des dites zones à l’effet de contrer tout acte de vandalisme. A vrai dire, les populations de Dianéguéla et de Sokorodji ont vécu hier une journée cauchemardesque car, elles ont essuyé des coups de grenades lacrymogènes.

Même la presse a eu sa part de réprimande. « Nous n’avons pas besoin de la presse ici. Allez-y vous faire voir ailleurs ! Vous n’avez rien à cirer dans cette affaire. Un conseil : disparaissez de notre vue sinon vous allez voir de quel bois nous allons nous chauffer », nous a lancé à la figure un éléments des forces de sécurité alors même que nous leur montrions notre carte de presse.

En plus de l’usage de gaz lacrymogènes, des agents ont tabassé des jeunes qui ont osé s’approcher des lieux de l’opération. Ils ne devront la vie sauve qu’à l’agilité de leurs jambes. « Je n’ai pas lancé de pierres encore moins tenu de propos injurieux. Seulement, je me suis approché d’eux pour être témoin oculaire de l’évènement. C’est ce qui m’a valu ce traitement inhumain. Ils m’ont copieusement tabassé et je sens des douleurs au niveau de tout mon corps. Et je ne suis pas le seul à être tabassé », a témoigné Drissa Coulibaly.

De plus, des policiers ont saisi des motos qui faisaient la navette sur les lieux des opérations. D’ailleurs, il nous est revenu qu’une moto a pris feu suite à l’explosion d’une grenade lacrymogène.

« Que ferons-nous ? Qu’allons nous devenir ? Ces logements, nous avons mis du temps pour les construire. S’il faut qu’on vienne les démolir aujourd’hui, nous ne comprenons pas l’attitude des autorités. J’avais commencé à faire des briques dans l’espoir que la parcelle me reviendra un jour. Ce rêve vient d’être brisé une fois pour toutes », a expliqué Broulaye Diarra, un déguerpi.

Malgré les jets de grenades de lacrymogènes, certains se précipitaient encore pour prendre les objets utiles (lit, armoire, télé) pendant que le Caterpillar, inexorablement, démolissait une dizaine de maisons sous l’œil triste de leurs occupants.

Mohamed Daou

Boubacar Diakité Sarr

17 mai 2007.