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sokonafi.jpgLa méfiance qui accompagne toute opération foncière par ici, s’ajoute à l’absence de données sur la limite des terres coutumières, aux dissensions entre communautés et aux appétits des spéculateurs.

Au pied de la colline de Koulouba, à quelques encablures de Koulouba village, le quartier de Sokonafing est relativement peu connu. Pourtant, il s’agit d’un des sites les plus anciens de la ville de Bamako.

Aujourd’hui, quartier périphérique de la Commune III, Sokonafing se réveille de sa quiétude. Malheureusement pour lui, le petit quartier et ses terres coutumières intéressent de plus en plus les spéculateurs fonciers
De temps à autres, des personnes surgissent avec des titres fonciers créés sur les champs et obtenus -au nom de Sananfara, un quartier périphérique de Kati- auprès des autorités de la préfecture de Kati, pour revendiquer des droits sur les terres jusque là exploitées par les populations de Sokonafing, propriétaires depuis des lustres.

La rencontre entre ressortissants de Sokonafing et spéculateurs fonciers ne se fait pas toujours sans heurts. La convoitise des spéculateurs et l’opposition des propriétaires coutumiers à toute forme d’expropriation provoquent souvent des altercations sur les lieux.
C’est pour sortir de cet engrenage dommageable que les habitants de Sokonafing ont entrepris d’obtenir le lotissement de leur quartier.

Une des premières étapes de cette démarche a été la tenue d’une assemblée générale le 8 juillet dernier dans le but de « trouver une solution définitive pour le lotissement des terres de Sokonafing« . A l’issue de cette rencontre, il a été décidé d’installer une commission de suivi et de donner mandat à l’Agence immobilière du Mali (AGIM-Mali) de réaliser le programme de lotissement du quartier, en collaboration avec les autorités compétentes.

Le chef de quartier de Sokonafing, Soungalo Konaté, et ses conseillers ont expliqué qu’ils plaçaient leur espoir dans la société AGIM-Mali. En août 2007, le comité de suivi du lotissement de Sokonafing signait un acte notarié auprès de l’étude de Me Mamadou Kanda Keïta avec l’AGIM-Mali, pour confier à l’agence les prestations du programme de lotissement du quartier.

L’acte prévoit également « un travail d’identification préalable et un bornage individuel et contradictoire » avant l’exécution des travaux de lotissement proprement dits de chaque terrain qui sera pris en compte par le programme à la demande des populations de Sokonafing.

Il est aussi attendu la conception d’un plan de masse global de la superficie totale mise à la disposition et matérialisé par un expert géomètre. La conception d’un plan de morcellement par un cabinet urbaniste, une application du plan parcellaire, une demande d’autorisation de morcellement (provisoire ou définitive) au niveau des services compétents et le cahier de charge doivent aussi être réalisés.

Depuis les efforts se poursuivent pour aboutir à un lotissement du quartier, explique Mamadou Kanté, le directeur général de AGIM-Mali. On vient ainsi de procéder à l’identification des familles et à la délimitation des terres. Selon une première enquête datant de 1997, ce sont quelques 700 familles qui sont concernées par les terres coutumières de Sokonafing dont la superficie est estimée à quelque 800 ha.

A la mairie de la Commune III du District, on est aussi préoccupé par la question du lotissement de Sokonafing. Le maire Abdel Kader Sidibé a ainsi créé dès novembre 2006 « une commission communale sur les problèmes fonciers de Sokonafing« . Présidée par Mme Nènè Soukouna, conseillère municipale, la commission est chargée d’identifier la limite des terres coutumières, d’établir la situation de l’occupation coutumière et de proposer sur la base des mises en valeur un programme de purge pour les titres fonciers créés. Elle doit également cerner la situation des endroits non occupés pour une identification précise et graphique.

Après quelques hésitations, explique Mme Nènè Soukouna, un accord a été obtenu pour une enquête ménage sur le plateau de Sokonafing sur les champs coutumiers en collaboration avec la garde nationale qui, à la recherche d’un espace pour l’extension de ses infrastructures, est intéressée par la réhabilitation de Sokonafing.

Mais la commission communale s’est trouvée confrontée à des obstacles objectifs comme l’absence de données sur la limite des terres coutumières de Sokonafing, le peu de collaboration des habitants du quartier et la méfiance que se vouent entre elles les différentes communautés de Sokonafing.

La commission communale a décidé d’adresser une lettre à l’Institut géographique du Mali (IGM) pour obtenir des données sur la limite des terres coutumières de Sokonafing, surtout par rapport au cercle de Kati. En attendant, elle se trouve dans une impasse et en appelle à la compréhension des responsables de Sokonafing pour que le lotissement puisse se faire dans un délai raisonnable Mais, à la mairie, on rappelle qu’une société privée n’est pas la plus habilitée à réaliser un tel travail qui ne peut être accompli que par les services compétents de l’État.

La crise de confiance entre les différentes communautés ne facilite évidemment pas le travail. Selon certaines sources, le dossier vient d’être transmis au gouvernorat du district. Il ne reste plus qu’à espérer une diligence de cette instance afin que la réhabilitation sans heurts de Sokonafing devienne enfin une réalité.

A. LAM – L’Essor

07 Février 2008.