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Ban ki-Moon, le Secrétaire général de l’ONU, après les évènements d’Abeïbara, était préoccupé. « Ce dernier incident souligne la nécessité urgente de trouver une solution immédiate et durable à ce conflit récurrent afin que le Mali puisse se concentrer sur ses priorités en matière de développement et sur la consolidation de sa démocratie », soulignait un message transmis par sa porte-parole.

C’est ainsi que « le Secrétaire général espère recevoir bientôt un compte-rendu détaillé de la situation au Mali, suite à la visite que son Représentant spécial pour l’Afrique de l’ouest, M. Said Djinnit effectuera au Mali dans les prochains jours ».

L’intervention de l’ONU dans le dossier du nord est un tournant dans la gestion de la crise.

Cette internationalisation de la médiation n’entrave pas les initiatives antérieures. Car M. Djinnit, est un ancien de l’Union africaine (UA) où il a côtoyé Alpha Oumar Konaré, jadis président de la Commission de l’organisation.

Connaissaient bien des questions de sécurité en Afrique bien avant la mutation de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en Union africaine. A ce titre, il a une bonne connaissance des foyers de tension du continent.
En plus de ce parcours, l’envoyé spécial de l’ONU est un Algérien.

L’intérêt de Ban Ki-Moon pour la crise intervient au moment où Alger donne enfin son accord pour une reprise de sa médiation. Le gouvernement malien lui-même a demandé, officiellement, à l’Algérie d’intervenir afin de mettre un terme à la tension suite à l’échec du dialogue entre les deux parties en Libye.

Le ministre des Affaires étrangères malien, Moctar Ouane, a précisé dans une déclaration récemment à Alger: « le président malien, Amadou Toumani Touré, m’a chargé de transmettre une lettre au président Bouteflika, relative aux relations bilatérales ».

Said Djinnit devra prêter attention aux multiples initiatives en faveur de la paix, même celle d’inspiration libyenne. Il y a par exemple la délégation des notables touaregs des « tribus du grand Sahara » qui a rencontré récemment les protagonistes de la crise. Ces médiateurs, issus de 14 pays d’Afrique, bénéficient du soutien de la Libye.

D’autres médiateurs beaucoup plus discrets existent. Vers la fin d’avril dernier, les rebelles ont fait des propositions de sortie de crise assortie d’un ultimatum de trente jours.

Les rebelles ont ainsi demandé “le retour à l’application des accords d’Alger et l’allègement du dispositif militaire dans la région de Kidal”, avait déclaré un des officiels maliens dépêchés pour tenter de relancer le processus de paix.

Une nouvelle exigence est cependant venue s’ajouter aux revendications des rebelles.

Il s’agit de “la création d’une commission d’enquête sur l’assassinat d’un officier de l’armée et d’un civil” appartenant à la communauté touarègue. Ibrahim Ag Bahanga, à en croire les émissaires, avait sollicité la participation de l’Algérie au sein de la commission d’enquête sur les conditions de l’assassinat sur lequel il souhaite que la lumière soit faite.

Depuis la signature à Tripoli, le 3 avril passé, d’un protocole d’entente rejeté par la suite, c’était la rupture. L’Algérie qui devrait poursuivre sa traditionnelle médiation se plaignait en effet d’avoir été méprisée par une partie de la presse malienne. De surcroît cette presse proche du pouvoir se réjouissait de ce doublon avec la Libye.

Les rebelles ont réitéré aux émissaires leur demande de la réorganisation des postes de sécurité autour de la ville de Kidal, et la prise en compte de toutes leurs revendications dans un délai de trente jours.

Même si ce délai sonnait comme un ultimatum, les émissaires espéraient beaucoup qu’il puisse aboutir à un résultat favorable.”Si l’une des exigences trouvait des échos favorables avant un mois, le processus de décrispation devrait s’accélérer”, avait espéré un des médiateurs
La tâche de l’émissaire de l’ONU sera donc facile.

C’est en fonction des résultats obtenus par les médiateurs qu’il rendra compte à son patron.

Et l’implication de ce dernier pourrait être le gage d’un règlement plus sûr du problème. Seulement l’histoire révèle que l’ONU n’est jamais intervenu que lorsque l’affaire devient inextricable.


Soumaila T. Diarra

29 Mai 2008