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Le recours « éventuel » à des tests ADN, dans le cadre des procédures de regroupement familial, est une idée pas si neuve que cela, sortie en août 2005 du brillant cerveau, tenez vous bien, de l’ex-ambassadeur de France au Mali, Nicolas Normand, actuellement en poste au Congo, toujours selon le « Canard« . L’hebdo nous révèle la chronologie historique du désormais célèbre et polémique « Amendement Mariani« , qui, de fait, porte mal son nom.

Ainsi donc, mû par le constat que ce que l’on appelle « la fraude documentaire« , c’est-à-dire l’utilisation de pièces d’état-civil falsifiées ou mensongères, pouvait atteindre de 30 à 80% dans certains pays d’Afrique subsaharienne, un sénateur UMP du nom d’Adrien Gouteyron proposait, dans un rapport sur l’immigration datant de juillet 2007, d’autoriser en France, à l’instar de l’Allemagne et d’une dizaine d’autres pays européens, les fameux tests ADN.

Las, l’idée n’était pas de lui, à l’origine, et nous ne savons pas si le Sénateur Gouteyron citait ses sources dans le rapport qu’il a signé. Car c’est bien Nicolas Normand qui, le premier, l’a publiquement énoncée, au cours de la Conférence des ambassadeurs de France d’août 2005. Conséquence, selon le Canard Enchaîné, la proposition « depuis deux ans, circulait dans les bureaux du Quai d’Orsay« .

Le volatile imprimé ajoute que, fait pour lui « curieux« , l’ambassadeur Normand a occupé « du 14 septembre 2000 au 6 mai 2002 les fonctions de conseiller diplomatique au cabinet du ministre socialiste de l’Intérieur de l’époque, un certain Daniel Vaillant« , car, pour beaucoup, en termes de politique migratoire, droite et gauche ne se valent pas, dans l’Hexagone tout au moins.

Que chacun balaie devant sa porte!

Ces informations appellent deux commentaires de notre part. Nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes, mais il est troublant que Nicolas Normand ait formulé cette proposition de solution à une fraude documentaire à grande échelle au moment où il était en poste à Bamako.

Avait-il des raisons de douter de la véracité des pièces d’état-civil présentées au Consulat de France à Bamako ou de la conformité des procédures de délivrance des visas par les agents du Consulat de son pays au Mali ? Si oui, quel argumentaire a-t-il développé à l’appui de sa proposition ?

Deuxième commentaire, en forme d’amer constat : dès que l’on parle de maîtrise des flux migratoires en France, le mot Mali apparaît aussitôt. Que ce soit pour servir de prétexte à la mise en œuvre de nouvelles dispositions, plus contraignantes, en termes d’entrée et de séjour dans l’Hexagone ou de dénonciation de pratiques inhumaines et contraires aux droits de l’homme en matière d’expulsion, le Mali serait-il devenu, dans les deux cas de figure, une « mauvaise muse« ?

C’est le genre d’honneur dont nous devons nous méfier au plus haut point, en ne prêtant plus le flanc à ce type de choses. Avis donc aux autorités en charge de ces questions: il sied de rappeler que n’est pas Malien qui veut et que quelques vérifications d’état-civil, de nationalité et, plagions un peu les Français, de maîtrise des langues les plus usitées dans notre pays sont la moindre des choses pour qui veut se faire établir un document de voyage portant la mention République du Mali. Cela ne devrait certainement pas gêner, en tout cas, les personnes de bonne foi.

Quant aux réseaux mafieux qui se sont fait une spécialité de procurer, moyennant finances, des visas Schengen à des gens qui ne sauraient se les voir octroyer par la voie normale, pour diverses raisons, il est clair qu’ils disposent de relais, pour ne pas dire de membres ou de complices, à l’intérieur des chancelleries qui les délivrent. Que chacun balaie devant sa propre porte et tout le monde y verra plus clair!

Ramata DIAOURE

C’est l’hebdomadaire satirique français Le Canard Enchaîné qui en fait la révélation, dans son édition du 10 octobre 2007, sous le titre « Avec les compliments du Quai », Quai d’Orsay (siège du ministère des Affaires Etrangères) bien sûr.

24 octobre 2007.