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Deux grandes épines sont actuellement plantées dans les pieds des élus de la nation. Il s’agit du projet de loi portant abolition de la peine de mort et du projet de loi réprimant le terrorisme. La troisième épine, à savoir le projet de loi portant adoption du code de la famille ayant été renvoyée aux calendes grecques.

Dans les deux cas, pour les députés, c’est une danse difficile à danser. En tout cas, à Bagadadji, l’unanimité est loin d’être faite au sein des députés.

Concernant plus particulièrement la peine de mort, comment voter une loi qui va à l’encontre de l’opinion publique, c’est-à-dire des électeurs et, d’autre part, comment ne pas voter une loi imposée par un gouvernement qu’on soutient ? Le drame est assez cornélien pour que l’Hémicycle échappe à des échauffourées entre abolitionnistes et non abolitionnistes et cela dans les rangs même de la majorité présidentielle.

Au grand dam de ATT, l’initiateur de cette loi satanique. Malheureusement, l’histoire nous enseigne qu’une fois confortablement installés dans leur fauteuil, les honorables oublient qu’ils ne sont pas là par la force du prince.

Aussi, beaucoup d’entre eux passent-ils à la trappe quand ils se représentent devant leurs électeurs. Aussi, les musulmans ont remporté une manche en réussissant in extremis à différer l’adoption de la loi mais ils sont loin d’avoir gagné la guerre.

On avait prévu de larges consultations nationales sur la question, compte tenu de son extrême sensibilité avant que les députés ne passent au vote. Au jour d’aujourd’hui, qui peut dire que ces concertations ont eu lieu et quels en sont les résultats ?

En ce qui concerne l’adoption d’une loi portant répression du terrorisme, elle est très pertinente mais elle tombe à un moment délicat de l’histoire du pays. Tout simplement parce que le gouvernement est en négociation avec les bandits armés de Kidal à Alger. Or, en tant que preneurs d’otages et poseurs de bombes, ceux-ci sont concernés au premier chef par cette définition.

Avant même que ce projet de loi ne soit déposé sur le bureau de l’Assemblée nationale, le gouvernement, par la voix du ministre des affaires Moctar Ouane, avait officiellement déclaré devant les diplomates que Bahanga, Fagaga et consorts sont des terroristes et qu’ils doivent être traités comme tels.

D’ailleurs, le langage diplomatique a évolué avec la progression de la crise et on est passé successivement de rebelles à hors-la-loi en passant par les bandits armés devenus, aujourd’hui, des terroristes notoires. Le hic est que les autorités maliennes n’ont jamais joint le geste à la parole.

Car pendant tout ce temps, elles n’ont jamais pris de mesures disciplinaires contre Bahanga et Fagaga comme leur radiation de l’armée en tant que déserteurs, ni lancer contre eux un mandat d’arrêt international. Ceux-ci vont et retournent dans les casernes selon leur bon vouloir et en toute impunité au grand dam de la troupe qui se demande à quel jeu joue la hiérarchie et s’il n’y avait pas deux poids et deux mesures au sein de l’armée malienne.

Rappelons qu’au temps où il était premier ministre, IBK avait déchu Zahaby Ould Sidi Mohamed de la nationalité malienne et lancé contre lui un mandat d’arrêt international. Aux dernières nouvelles, ce chef rebelle se pavanerait actuellement dans les instances internationales au nom de ce Mali qu’il a tant combattu et vilipendé. Continuité de l’Etat, où es-tu ?

L’adoption d’une loi sur le terrorisme est, certes, conforme à la volonté politique des autorités maliennes qui ont paraphé tous les traités et tous les instruments juridiques internationaux dans ce sens. Contrairement à la peine de mort, elle va même dans le sens d’une opinion publique très remontée contre les bandits armés et qui souhaite qu’on leur inflige un châtiment exemplaire.

Mais une telle loi ne sera pas sans conséquence sur les négociations d’Alger, de façon particulière et sur la crise de Kidal de façon générale.

Même si la loi n’est pas rétroactive, il y a risque que Bahanga et compagnie rompent les négociations pour regagner les montagnes. Ils peuvent aussi demander à bénéficier d’une mesure d’amnistie comme on voit dans la plupart des conflits armés en Afrique. C’est le règlement politique de la crise qui l’impose.

Et si c’était le prix à payer pour aboutir à la paix ? Aucun Malien ne rechignerait. A condition, toutefois, que cette paix soit définitive. Mais les bandits armés, qui sont autant de parjures, nous ont tellement habitués à des retournements de veste spectaculaires qu’avec eux il ne faut jurer de rien.


Oumar Sinanta

07 Juillet 2008