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Lors de sa dernière intervention télévisée, le Premier ministre Modibo Sidibé avait indiqué que l’Etat ne pouvait caporaliser le secteur privé. Cette maladroite introduction voulait tout dire, d’autant plus qu’il a ajouté que le plus important «c’est que le secteur privé et l’administration ne se regardent en face», pour ne pas dire en chiens de faïence.

Il a ensuite affirmé qu’il y avait des préjugés à éliminer et de ce fait, l’Etat assurait une gouvernance focale du secteur privé. Ce ne sont peut-être pas des menaces directes mais les promoteurs doivent savoir que l’Etat n’est pas prêt de financer des entreprises privées qui ne partagent pas les orientations stratégiques de l’Etat. Il est nécessaire, a indiqué le Premier ministre, que le secteur privé partage les orientations de l’Etat, qu’il puisse discuter avec le gouvernement sur les orientations stratégiques pour aller dans la même direction.

En fait, Modibo Sidibé a été plus explicite en précisant que ce n’est que dans ces conditions que l’Etat acceptera de financer et d’appuyer les investissements du secteur privé. Ce dialogue, a-t-il ajouté, se tient actuellement dans le cadre de la loi d’orientation du secteur privé. Modibo Sidibé a soutenu que la loi d’orientation du secteur privé se fera dans le même esprit que la loi d’orientation agricole puisque ses objectifs sont fixés dans le cadre des objectifs de développement du pays.

Si ce discours ne signifie pas que le secteur privé risque d’être complètement caporalisé par l’Etat, en tout cas, il ne dit pas autre chose. Ce qui est sûr, c’est que les bailleurs de fonds européens ont pris une sérieuse option de financer le secteur privé africain, dans le cadre de l’aide au développement.

Le directeur du Centre du secteur privé, Baïdy Diakité confirme cette option, car, a-t-il reconnu, les partenaires n’ont pas toujours été satisfaits de la manière dont l’aide a été gérée par l’Etat. Les bailleurs de fonds ont donc décidé d’appuyer le secteur privé pour amorcer une vraie impulsion de la croissance économique. Il convient de signaler que le secteur privé, à 80 %, est le moteur de notre économie en terme de création de richesses et d’emplois.

Pourquoi Modibo Sidibé veut-il que le secteur privé adopte la même vision que l’Etat, alors que les deux secteurs sont différents, au moment où les partenaires tiennent à faire confiance aux stratégies du secteur privé ? Le piège est d’autant plus grotesque qu’on ne peut confondre les méthodes et organisations du secteur privé à celles, figées du secteur public, donc, forcément, les stratégies doivent diverger.

En tout cas, pour Baïdy Diakité, il n’y a pas de lutte entre secteur privé et secteur public. Les réunions en cours pour l’élaboration de la loi d’orientation du secteur privé ne laissent, a-t-il dit, transparaître aucune animosité entre les deux acteurs.

Le secteur privé, nous a-t-il dit, est en train de faire librement son expertise de la loi d’orientation et proposera son dossier au gouvernement. Les priorités de l’Etat, a-t-il assuré, sont connues, de ce fait, les promoteurs du secteur privé ont la latitude de choisir, de manière souveraine leurs projets. Il a malgré tout reconnu que ceux qui prennent l’option de s’écarter des priorités de l’Etat risquent effectivement de ne pas bénéficier de ses financements. Pourtant, l’Etat a aussi des obligations.

Parmi celles-ci figurent la nécessité de doter les entreprises d’un environnement sain où les affaires se font rapidement, sans entraves administratives et juridiques. En fait, pour le directeur du Centre du secteur privé, les entreprises privées et l’Etat doivent travailler en synergie pour l’intérêt général.

En réalité, l’Etat, par la voix de Modibo Sidibé est en train de mener une politique de récupération de la crédibilité du secteur privé pour sûrement bénéficier d’une partie de leurs financements puisque, à la faveur de ses nouvelles orientations économiques, l’Union européenne a pris une nette option pour appuyer le secteur privé africain.

Cela ne peut, évidemment se faire qu’au détriment d’une partie du crédit qui était jadis accordé au secteur public mais ne peut se faire sans son concours puisque l’Etat est le principal interlocuteur des partenaires. A cet effet, le Premier ministre tient absolument à ce que l’Etat joue le rôle d’interface, notamment, en ce qui concerne le financement et les aides accordées au secteur privé.

Ce qui est surprenant, c’est que les entreprises privées puissent dire aujourd’hui «Oui ! Nous allons dans la même direction que l’Etat» au moment où les bailleurs de fonds sont désillusionnés sur les capacités des gouvernements africains à mener à bien les projets et programmes. Nos entreprises privées sont-elles bâillonnées par le gouvernement Modibo Sidibé ?

Baba Dembélé

04 Novembre 2008