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Présentées, il y a de cela quelques mois comme la solution toute indiquée pour résoudre le problème crucial de logement au Mali, les sociétés coopératives immobilières peinent à faire tâche d’huile. Le problème récurent de manque de financement annihile tous les efforts entrepris par les sociétés coopératives. Et l’État en panne de solutions est devenu un spectateur démissionnaire.

Dans le cadre de la semaine thématique de l’Économie solidaire et sociale, du mois de la solidarité, les responsables de l’union des sociétés coopératives de construction immobilière du Mali (Ucoocima Btp) ne voulaient pas rester sur le quai. A cet effet, ils ont organisé le 27 octobre 2007 un point de presse qui a tourné autour des difficultés de financements des travaux de constructions initiés par les sociétés coopératives à travers leur union. Cette conférence a mis a nu la raison fondamentale qui fait que l’État malien patauge dans la mise en œuvre de sa stratégie nationale de logement. Au Mali, la forte poussée démographique, particulièrement dans les centres urbains, se traduit par la détérioration des conditions d’habitat.

Moussa Koné, président du conseil d’administration de l’Ucoocima Btp a indiqué que le manque de logement face à une demande croissante des populations a entraîné un développement anarchique des logements spontanés qui occupent plus de 45% de l’espace bâti du district de Bamako. Selon lui, les besoins annuels de construction de logements étaient en 2005 estimés à 120 000 unités pour Bamako et 115 000 unités pour les 14 principales villes secondaires. Cette situation qui frise la catastrophe avait été pressentie par l’État en 1995. A cette époque, l’État avait inscrit l’habitat dans les secteurs prioritaires du développement économique et social et à cet effet, le ministère de l’urbanisme et de l’habitat avait élaboré un document technique intitulé « stratégie nationale du logement ». L’objectif principal de ce document était de contribuer à l’amélioration sensible des conditions de vie en favorisant l’accès à un logement décent pour les populations à faibles revenus.

Pour participer à cette stratégie nationale du logement, Tamboura Hameye Guelado, analyste comptable, a expliqué que certains citoyens se sont regroupés au sein des sociétés coopératives immobilières pour leur faciliter l’acquisition de logements sociaux à coût réduit. Mais le hic, selon lui, c’est que les ressources financières des sociétés coopératives sont constituées essentiellement des droits d’adhésion et des cotisations des membres. Il a ajouté que si le fonctionnement des sociétés coopératives immobilières et les redevances foncières dues sont assurés par les propres ressources provenant des droits d’adhésion, des cotisations et des apports initiaux, les gros travaux liés à la viabilisation des parcelles allouées par l’État et la construction des maisons sociales connaissent de sérieuses difficultés de financement. «La réalisation des programmes immobiliers des sociétés coopératives immobiliers se trouvent en panne d’exécution à cause du manque de financement des travaux de viabilisation et de construction des logements sociaux qui exigent des capitaux très élevés voir exorbitants», a déclaré M. Tamboura.

Selon lui, pour que la stratégie nationale du logement soit une réalité, l’État doit élargir son soutien aux sociétés coopératives immobilières par la prise en charge des travaux de viabilisation des parcelles allouées. Il a estimé que la viabilisation d’une parcelle offre aux bénéficières d’immenses possibilités de négocier et d’obtenir le financement bancaire ou de tout autre partenaire financier pour réaliser les travaux des logements. «Le titre foncier de la parcelle viabilisée constitue une garantie hypothécaire sûre pour le prêteur», a-t-il déclaré. Le message est clair : les sociétés coopératives veulent dire à l’État que le tout n’est pas de mettre à leur disposition des terrains non viabilisés. Elles attendent que la solidarité nationale s’exprime pour les assister, ne serait-ce que dans la viabilisation des terrains mis à leur disposition.

Par ailleurs, M. Tamboura a indiqué que pour faire face à la demande de crédits à la promotion immobilière, le système financier a développé un mécanisme de financement de l’habitat à travers la mobilisation et l’allocation des ressources nécessaires à la viabilisation des parcelles et à la construction de logements au compte des sociétés de promotion immobilières commerciales. Mais, il a regretté qu’à ce jour aucune société coopérative immobilière n’ait pu bénéficier d’un prêt de ce mécanisme financier. Selon lui, cela est dû aux critères sélectifs défavorables, dont entre autres les apports initiaux variant entre 15 et 25% du montant du projet de viabilisation des parcelles ou de construction de logements. Il a aussi affirmé que les ressources du système financier malien croissent, mais la qualité ne leur permet pas d’assister les sociétés coopératives immobilières.

Selon lui, ces ressources sont essentiellement constituées à 60% de dépôts à vue et non à long terme., d’où les prêts octroyés sont à 72% de court terme. Autre raison : la faiblesse du taux d’intérêt sur le crédit à l’habitat dissuade les banques et établissements financiers qui préfèrent orienter leurs ressources vers les emplois à cycle court, notamment le crédits de campagnes agricoles.

Pour tout cela, M. Tamboura a conclu que la solution au problème de financement est détenue par l’État qui doit d’abord accepter de réaliser les travaux de viabilisation des terrains et ensuite par les banques qui doivent accepter la garantie hypothécaire des parcelles viabilisées avec titre foncier.

Assane Koné

29 octobre 2007.