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« L’Etat n’a pas honoré son engagement au départ de la création de l’ONP. Car après l’éclatement de l’Office malien des postes et télécommunications (OPT) en 1990, l’Etat avait pris l’engagement de combler pendant cinq ans tous les déficits d’exploitation de l’ONP.
Il devait verser chaque année à l’Office 750 millions F CFA comme fonds de roulement. Dans le même contrat plan, il est écrit que l’Etat doit soutenir les politiques de redressement.Mais jusqu’à présent, l’Etat ne s’est jamais manifesté. Le comble dans cette affaire est que l’actuel PDG Yoro Coulibaly a élaboré un plan de redressement qui est passé en Conseil des ministres. Ce plan aussi jusque là n’est pas appliqué. Ce qui est sûr, si l’Etat n’appuie pas la poste, elle va disparaître
 » a déclaré un syndicaliste de la poste.

Un autre agent a affirmé : « il faut un appui extérieur pour donner de nouvelles pulsions. Le PDG a fait tout ce qui est en son pouvoir pour redynamiser l’entreprise. Mais la trésorerie fait défaut. Sinon il est rigoureux, c’est un homme de principe. Aujourd’hui, même le meilleur gestionnaire du monde ne peut sauver la poste si les choses restent comme telles« . C’est en ces termes que les travailleurs de la poste analysent la situation qui prévaut dans leur boîte en essayant de situer les responsabilités des uns et des autres.

Nul doute que le redressement de l’ONP passe obligatoirement par la subvention de l’Etat. Car depuis l’éclatement de l’OPT en 1990 la poste a été dépouillée de toutes ses rentrées d’argent. Elle n’avait plus la gestion des chèques postaux encore moins celle des caisses d’épargne. Elle n’avait que la gestion des courriers. Les recettes de l’entreprise ne couvrent pas ses dépenses. Un bureau qui fait une dépense de 9 millions par an ne peut faire qu’une recette de 3 millions. L’entreprise n’a pas les moyens de sa politique.

Aujourd’hui, une entreprise comme la poste ne peut pas être dynamique si elle n’est pas en contact avec d’autres partenaires. A cause des difficultés d’argent l’ONP rate tous les grands colloques statutaires. Même s’il est présent, c’est en nombre très limité. Pendant que les autres pays enregistrent une très forte participation de leurs délégués.

A en croire un agent de l’ONP qui a participé à certains colloques régionaux, les bailleurs de fonds ne cessent d’affirmer devant des pays comme le Niger, le Sénégal, le Bénin que « la poste du Mali est le plus mauvais exemple à ne pas prendre ».

Cependant force est de constater que ces pays ne sont pas plus développés que le Mali ni ne disposent de cadres plus compétents mais c’est notre politique des communication qu’il faut changer.

L’Etat doit investir dans la poste. Selon une source, au Niger, l’Etat a pris en compte tous les passifs de la poste.
Au Sénégal, l’Etat s’est porté garant et la Banque Mondiale a donné 6 milliards pour redresser la poste. Au Mali, pour le moment l’Etat n’a pas accepté de se porter garant pour que la poste puisse bénéficier d’un financement des partenaires internationaux.

Pour preuve, lesNéer landais s’étaient manifestés pour appuyer la poste. Mais malheureusement les choses sont restées au point mort sans explication. « Pour que la poste soit la poste d’antan, on doit l’aider. Car c’est un point de souveraineté nationale » a laissé entendre un facteur.

L’un des problèmes qui paralysent la poste aujourd’hui, est que le personnel est vieillissant. Il est déphasé et doit être recyclé. C’est à dire apprendre les bonnes manières, la communication, le marketing.

Sur les 475 agents que compte l’ONP, 55 % sont des vieux. Paradoxe, nombreux sont les jeunes qui attendent d’être pris. Chaque année, l’ONP organise des concours mais elle ne prend que deux ou trois agents.

Guéguerre entre les travailleurs de l’ONP

A rappeler que les préposés recrutés en 2003 viennent d’avoir 3 ans de service. Mais l’avancement est très difficile. Pour passer au D2 les préposés doivent faire un concours après 3 ans d’exercice plein.

Le concours se fait régulièrement mais le nombre d’admis est infime. Pour preuve, le dernier concours a eu lieu au mois de mars. Il n’y a eu que deux admis. Selon notre source, des problèmes de sentiment sont évoqués dans les coulisses. A l’en croire, nombreux sont ceux qui disent que le concours est une formalité et que les admis sont connus d’avance.

Il faut ajouter à cela que les préposés sont les parents pauvres de la poste alors qu’ils constituent l’ossature du service. Ce sont majoritairement des facteurs. Ils travaillent dans des conditions très précaires. Ils disposent chacun d’une Yamaha 100. L’entretien de ces motos pose un grand problème à l’ONP qui s’est engagé seulement à changer les pneus et les chambres à air deux fois par an.

Ils n’ont qu’un petit ticket d’essence de 5000 F CFA par semaine. Comparativement aux inspecteurs qui ont environ une centaine de litres d’essence. Nombreux sont les agents et les préposés qui dénoncent cette inégalité.

Selon notre source, la plupart des inspecteurs monnayent les bons d’essence dans les stations. Malgré le travail très pénible, les préposés ne sont rémunérés qu’à 28 000 FCFA comme salaire brut. Ajoutées à cela les primes d’ancienneté et de distribution, cela les amène à toucher environ 43 000 F CFA par mois.

A souligner que la précarité de la situation de la poste a mis le syndicat de la boîte sur le qui-vive. Il s’est donc donné comme objectif en cette période de crise de sensibiliser les travailleurs afin d’animer chez eux l’esprit de sauvetage de l’entreprise.

Selon un responsable du syndicat des travailleurs de la poste, la situation se trouve entre les mains des autorités de la République qui ont intérêt à mettre en pratique le plan de redressement avant la fin de l’année 2006.

Pour ce qui est des revendications des travailleurs, le syndicat reste vigilant tout en sachant que la satisfaction de ces revendications sera fonction des réalités de l’entreprise.

A suivre
Abdoul Karim KONE

09 août 2006.