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La crise que traverse l’Office National des Postes (ONP) du Mali n’a que trop duré. Elle persiste, la poste est à l’article de la mort. Elle n’arrive plus à s’adapter aux changements que subit le monde des télécommunications. Plusieurs tentatives de redressement interne se sont soldées par le fiasco. L’Etat avait élaboré un plan de sauvetage, malheureusement, il tarde à se à matérialiser. L’office coule à pic. Les travailleurs en ont ras-le-bol de l’indifférence de Gaoussou Drabo, ministre en charge de la Communication. A cet effet, nombreux sont ceux qui veulent que le ministre soit interpellé par les députés afin qu’il s’explique sur la situation de l’ONP.

« Gaoussou néglige l’Office national des postes. Il est indifférent à tous ce qui se passe dans la boîte. Il ne s’intéresse seulement qu’à l’ORTM, l’AMAP et la SOTELMA. Il oublie que la poste fait partie de la grande famille de la communication. Depuis qu’il a été nommé ministre en charge de la Communication, il n’est jamais venu spécifiquement visiter la poste. S’il est au courant de quoi que ce soit concernant la poste, c’est sûr qu’il est informé par ses subalternes. Nous sommes vraiment désolés de son comportement. Pourtant quand il a été nommé ministre de la Communication, on était fier, car on pensait qu’il allait être l’homme de la situation. Mais, c’est tout le contraire qu’il nous a prouvé » a déclaré un agent de l’ONP.

Un autre agent de la même structure d’enfoncer le clou: »Gaoussou doit être interpellé par les députés sur la question de l’ONP. Car il n’est pas en train de faire quelque chose pour sortir l’ONP de ses difficultés. C’est le sort des chefs de famille qui est en jeu dans cette histoire. Même le PDG de l’Office Yoro Coulibaly doit faire preuve de vigilance dans la gestion de la poste. Car il est entouré par des cadres qui ne disent jamais la vérité sur le fonctionnement de la boîte. Ce sont tous des suivistes qui se contentent de ce qu’on leur dicte. Ils sont tous incapables de proposer des points de vue constructifs allant dans le sens de l’amélioration des conditions de la boîte. Ils ne sauvegardent que leur poste« .

En effet, la crise que l’ONP traverse depuis des années n’est un secret pour personne. Mais on s’interroge sur la nature de cette crise. Est-ce une crise de croissance ou la croissance d’une crise?
En tout cas, l’ONP est dans le coma et si rien n’est fait il risque de trépasser. Dans l’Indépendant N° 1326 du jeudi 13 Octobre 2005, nous écrivions dans notre article intitulé « L’ONP à l’article de la mort : s’adapter dès maintenant ou péril« ?

Nous avions attiré l’attention des autorités de la République, des responsables de la poste sur les difficultés que vit l’ONP. Après environ une année nous sommes repartis voir ce qui a changé dans cette structure. Malheureusement, à en croire nos sources, les choses n’ont pas bougé d’un pouce et au contraire c’est la descente aux enfers qui continue. Le rendement de l’entreprise va de mal en pis. Car la quasi totalité des bureaux sont toujours déficitaires. Les opérations se font de plus en plus rares. Certaines agences de l’intérieur du pays peuvent faire un mois sans réaliser une recette de 20 000 FCFA. Les bureaux de Ouéléssébougou et Baguinéda en sont des exemples.

Dans ces deux localités, les receveurs peuvent faire 6 mois sans vendre deux timbres. Le nœud gordien du problème est relatif à l’indifférence de l’Etat vis-à-vis de la poste. L’Etat a arrêté les subventions qu’il accordait à la poste chaque année. Elles tournaient autour de 250 à 400 millions de nos francs. Ce qui permettait à l’Office de faire face à ses obligations de service public.

Le plus souvent ces subventions sont bloquées par le trésor public pour payer les arriérés d’impôt. La poste est poursuivie par de nombreux fournisseurs. Il s’agit, entre autres, de l’Institut National de Prévoyance Sociale, l’Energie du Mali. Pour preuve, la direction nationale de la poste a été le plus souvent privée d’électricité. S’y ajoute le fait que les avancements des travailleurs ne sont plus payés. Les salaires tombent difficilement. Les matériels de travail sont vétustes on ne pense même pas à les remplacer. Pour redynamiser la poste, les autorités ont tenté plusieurs solutions. La fermeture des boîtes qui n’étaient pas à jour est un exemple.

En procédant à la fermeture de 3 000 boîtes postales le 4 juillet 2005 pour non paiement et non enlèvement des colis, l’ONP pensait renflouer ses caisses et amener ses clients à s’intéresser d’avantage à la poste. Malheureusement, cette politique n’a pas comblé les attentes. Au contraire, elle a occasionné le départ d’un nombre important de clients.

La fermeture des boîtes postales, un fiasco

« La fermeture des boîtes a été un fiasco total. Si nous l’avons mis en application, c’est parce qu’on pensait qu’elle allait avoir beaucoup plus d’effet sur nos clients qui ne venaient plus enlever leurs courriers mais aussi régulariser la situation de paiement des boîtes. Cependant, cette opération a poussé beaucoup de clients à partir pour de bon. Sur les 3000 boîtes fermées en juillet 2005, ce sont seulement 900 qui ont été rouvertes » a révélé un cadre. L’orateur affirme que cette opération a été suivie d’une très mauvaise opération de recouvrement.

En effet, pour gagner cette bataille, la direction de la poste avait confié la mission aux huissiers. Nombreuses sont les adresses des clients qui se sont révélées erronées. En plus, les huissiers et l’administration ont travaillé dans une anarchie totale. Car nombreux sont les clients qui se sont présentés avec des reçus de paiement de boîte mais qui n’étaient pas enregistrés au niveau de l’ONP.

Un autre cadre de la boîte nous a révélé que la Poste est à la recherche des voies et moyens pour sensibiliser les clients afin qu’ils reviennent. Et pour cela, les fidèles téléspectateurs ont vu des sketchs à la télé. « Malheureusement jusqu’à présent les clients ne se manifestent pas. Moi personnellement je ne sais pas quelle stratégie il faudra employer pour mobiliser les clients. Il faut reconnaître que la culture du courrier n’est pas développée chez le Malien. Les mesures d’intimidation ne mènent à rien. S’il y a eu un avantage dans la fermeture des boîtes, c’est le fait qu’elle a mis à jour la volonté des autorités de la poste de bien faire » selon un responsable.

Le plan de sauvetage proposé par l’Etat tarde à se matérialiser et l’entreprise coule à pic avec à son bord un effectif de 475 travailleurs.

A suivre

Abdoul Karim KONE
04 août 2006.