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S’il y a un dossier sur lequel le peuple malien n’a pas reconnu Pinochet, c’est bien dans la gestion de l’épineuse affaire de la redevance eau à l’Office du Niger. A l’origine du bras de fer qui oppose, depuis environ une année, la direction de l’Office du Niger et les paysans, la question de la redevance eau n’a pas évolué jusqu’à présent. La mesure réglementaire que la direction de l’ON avait prise, à savoir l’éviction de tous les paysans qui n’avaient pas payé la redevance eau à la date limite, a été balayée d’un revers de main par le Premier ministre.

Ainsi, il a tordu la main à la direction de l’ON pour qu’elle revienne sur sa décision. Et pourtant, au cours d’une de ses très médiatiques tournées dans la zone de l’Office du Niger en décembre dernier, le Premier ministre, Ousmane Issoufi Maïga, d’un ton martial, avait annoncé à la cantonade que le paiement de la redevance eau était incontournable pour les exploitants agricoles, quels qu’ils soient, étant donné que l’Etat ne peut les subventionner et qu’il y va de la survie même de l’Office.

Cette déclaration de Pinochet n’a pas tardé à fondre comme beurre au soleil et a laissé la place à un report d’échéance. Ainsi, les paysans qui avaient été expulsés de leurs champs pour non paiement de la redevance eau les retrouvent pour la plupart au prix d’une simple promesse de s’acquitter de leurs arriérés au plus tard le 31 mars 2005. La direction de l’ON avait, en son temps, indiqué que c’est du déjà entendu, étant donné que la situation -l’éviction- résultait du refus même des exploitants d’honorer leurs factures à l’échéance du 31 mars 2003, reportée au 30 juin de la même année.

Ainsi, bon nombre d’observateurs se demandaient quelle raison ont-ils de croire que ce troisième report (du 31 mars 2005) sera le bon et que les exploitants se montreront, cette fois-ci, plus raisonnables.

La réponse à cette question est désormais un secret de polichinelle car, il y a bientôt un mois que le délai de ce troisième report a été dépassé sans qu’on crie gare. Tous les égards sont maintenant tournés vers Pinochet. Après sa belle capitulation va-t-il se ressaisir et laisser les mains libres à la direction de l’Office du Niger de gérer la question ?

Aujourd’hui, avec cette question de la redevance eau se joue l’avenir de l’Office du Niger, mais aussi la crédibilité du Premier ministre lui-même. Comme nous l’avions écrit à l’époque, la politique ne peut se résumer à dire une chose aujourd’hui pour faire le contraire demain. L’immense discrédit, qui frappe la chose publique dans notre pays, procède justement de cette approche misérable, crapuleuse, d’un concept noble de sens.

Ousmane Issoufi Maïga a été aisément accepté par l’opinion nationale parce que sa réputation d’homme de rigueur a précédé – ou accompagné selon les cas – sa nomination au poste de premier ministre. Avec la gestion qu’il est en train de faire de l’affaire de la redevance eau, il amène ses compatriotes à se demander si cette réputation n’est pas surfaite ou si, au bout du compte, le sobriquet Pinochet qu’il lui est attribué n’est pas usurpé.

Un mauvais présage pour les aménagements

Le comportement actuel du Premier ministre, Ousmane Issoufi Maïga dans la gestion de ce dossier apparaît aujourd’hui, comme un mauvais présage pour les aménagements dans la zone Office du Niger.

Et pour cause. La redevance eau représente plus de 70% des fonds de l’Office du Niger qui sert à aménager et à entretenir les aménagements, à payer non seulement le personnel de l’Office mais aussi les dettes des partenaires au développement qui aident le géant de la riziculture à faire face à ses ambitions. Donc quand la redevance eau n’est pas payée comme il le faut, c’est la survie même de l’Office du Niger qui se trouve menacée.

Et le Premier ministre l’a dit. Ainsi, comment comprendre son attitude qui consiste à encourager le non paiement de cette redevance eau ?

A cette question, certains analystes répondent que ce sont des considérations politiques, dictées par le Président de la République, qui sont à la base de son attitude.

Vrai ou faux, l’attitude de Pinochet peut constituer une source de conflit qui pourrait bien naître de la réinstallation des bénéficiaires des parcelles d’éviction sur d’autres parcelles aménagées. Car, ces bénéficiaires ne sont pas les seuls à s’installer dans les nouveaux aménagements proposés par la direction de l’Office du Niger.

En plus cette installation peut influencer les investisseurs privés notamment ceux des pays de la CEN-SAD encouragés par le Président de la République qui a mis gracieusement 100 000 ha à la disposition de cette communauté.

Alassane Diarra

29 avril 2005