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Le Conseil élargi de la Direction générale des douanes, s’est tenu les 10 et 11 avril et a été marqué par l’adoption d’un plan d’action annuel en sept points visant à porter les recettes douanières à 292 milliards de F CFA en 2008. A l’issue de ces assises tenues à l’hôtel El Farouk, nous avons approché le tout nouveau directeur général de la douane, Amadou Togola. Dans l’entretien qu’il a bien voulu nous accorder, Il évoque les enjeux, les atouts qu’il entend mettre en œuvre pour l’atteinte des objectifs, la méthode qu’il compte utiliser. Et invite les agents des douanes à la transparence. En outre, Amadou Togola rassure également le personnel qu’il n’y aura pas maintenant un mouvement massif des cadres et agents de la douane. Et que les uns et les autres seront jugés à la tâche.

L’Indépendant : Vous venez de terminer les travaux du Conseil élargi de la Direction générale des douanes pour le compte de l’exercice 2008. Peut-on savoir l’intérêt d’une telle rencontre ?

Amadou Togola : Ce Conseil de direction est une étape majeure dans le processus de mise en oeuvre de toutes les formalités que nous devons mettre en place pour l’atteinte des objectifs. Ce n’est pas la première fois que les douanes maliennes organisent une telle rencontre. Il est de coutume qu’à la fin de chaque exercice budgétaire, l’ensemble des cadres de l’administration des douanes se retrouve pour évaluer l’activité de l’année antérieure, pour examiner et analyser toutes les questions importantes, identifier toutes les faiblesses du service et, enfin, pour trouver les solutions idoines permettant d’aller de l’avant. Mais, cette année, nous avons introduit deux innovations majeures.

La première, c’est que le Mali est un pays ancré dans l’ensemble des processus au niveau mondial pour le renouveau de l’action publique, pour le développement économique tout court. Donc, à cet égard, il y a énormément des programmes qui sont en cours, avec l’appui de nos partenaires au développement.
Dans cette optique, la position de l’administration des douanes, les missions qui lui sont assignées font que la douane est une actrice majeure de l’atteinte des objectifs de ces différents programmes. Aussi, avons – nous souhaité, cette année, que ces programmes soient mis à la connaissance de l’ensemble des cadres afin d’en connaître les enjeux et, éventuellement, d’influer sur le changement de comportement.

La seconde innovation porte sur le processus de gestion axée sur le résultat pour atteindre les objectifs. Nous étions en retard par rapport à ce volet. C’est pourquoi, nous allons nous y intéresser. Nous avons déjà élaboré un plan d’action que nous avons validé. Il comporte un certain nombre d’orientations, d’accès prioritaires et des activités avec des échéances et des délais d’imputation. C’est un plan qui est extrêmement important avec des indicateurs précis. Ce n’est pas tout, il y aura le suivi et l’évaluation. Tout cela nous permettra de prendre effectivement les mesures idoines à bonne date.

Est-ce à dire que ces deux nouvelles innovations vont permettre à la douane d’atteindre, en termes de recettes, l’objectif 2008, à savoir 292 milliards de nos francs ?

Vous savez, dans un premier, temps la matière douanière est importée. Elle n’est pas secrétée au plan national. Donc, tout dépendra de l’environnement mondial et si, effectivement, les indicateurs économiques et les projections qui sont là sont confirmés, il y a des chances que si l’on s’organise mieux, on utilise mieux nos ressources et qu’on soit davantage regardant sur les procédures. Nous sommes convaincus que nous allons véritablement atteindre cet objectif. Il est à la portée de l’administration douanière, il faut le reconnaître.

L’année dernière, sur les prévisions de recettes de plus de 256 milliards de FCFA, il y a eu un déficit de plus de 48 milliards de nos francs. Comment comprendre alors la hausse des prévisions des recettes en 2008 ?

Je crois que ce qui est stimulant pour nous, administration. Vous savez, nous sommes l’une des rares administrations qui a des objectifs quantifiés. Donc, c’est très excitant pour nous de dessiner des stratégies pour atteindre ces objectifs-là. Il y a d’autres administrations de l’Etat qui ne travaillent pas sur la base d’objectifs quantifiés. C’est donc une chance pour nous. Aussi, suis-je persuadé que si les indicateurs affichés sont respectés, si, au niveau de la conjoncture mondiale, il n’y a pas d’autres développements inattendus, nous pourrions probablement atteindre l’objectif 2008. Il va donc falloir, dès à présent, réorganiser nos services et mieux utiliser toutes nos ressources. S’y ajoute le comportement individuel des agents des douanes. Chacun, à quelque niveau de responsabilité qu’il se trouve, doit s’assumer et travailler tous les jours dans la transparence, dans la mobilisation des fonds et dans une nouvelle politique de communication au plan interne et externe avec nos partenaires pour qu’au moment venu, le bilan puisse être positivement apprécié.

Quelles seront vos premières actions concrètes ?

Nous avons des atouts importants, il faut le dire. Nous sommes l’une des administrations centrales la plus numérisée du pays. Vous savez que toutes les procédures douanières sont informatisées depuis les frontières jusqu’à la quittance du trésor public. Nous allons nous saisir de ce processus afin de mieux contrôler les activités pour pouvoir atteindre les objectifs.

Il semble qu’un mouvement massif de personnel se planifie à votre niveau pour une meilleure utilisation des ressources humaines. Où en êtes-vous sur ce projet que les agents de la douane attendent avec plus ou moins d’inquiétude ?

Ma priorité n’est pas de procéder actuellement à un grand ménage. Il est vrai que les ressources humaines constituent un vecteur important dans tout processus. Mais, aujourd’hui, les dysfonctionnements relevés çà et là méritent d’être corrigés. Nous allons nous atteler d’abord à cela. Je ne peux pas vous dire maintenant que je vais redistribuer les cartes de la responsabilité en douane. Je ne suis pas venu pour faire une politique de chasse à la sorcière.

Donc, les uns et les autres seront jugés à la tâche ?

Exactement ! L’objectif recherché, à travers la méthode mise en place, est d’encourager les travailleurs et, en cas de fautes graves, de faire appliquer la loi. Aujourd’hui, notre ambition est de faire en sorte que tous les jours, on puisse évaluer l’activité de tous les acteurs et intervenants en matière de douane. Il ne faut pas attendre des semaines ou des mois, voire des années, pour pouvoir suivre les activités et prendre, si besoin en était, des mesures correctives. Notre ambition, c’est également, à travers les outils que nous possédons aujourd’hui, d’atteindre le système de suivi – évaluation efficace pour prendre les mesures correctives qui s’imposent.


Avez-vous un message en direction des agents des douanes et de l’administration douanière ?

C’est vrai que nous sommes aujourd’hui à un tournant important. Vous savez que l’ensemble des programmes qui sont pilotés au plus haut niveau de notre pays,que se soient le CSRP, le PAGAM, le PDES ou les actions de renouveau de l’action publique, la Douane est au cœur de tous ces projets et programmes, il ne faut pas qu’on l’ignore. Peut-être que dans tout ce qu’on sera amené à faire, il doit mettre en musique tous les jours et quotidiennement l’ensemble de ces reformes, en tirer la quintessence pour améliorer le service public. J’ai l’habitude de dire que quelle que soit la manière dont nous allons nous y prendre, quelle que soit la façon dont nous allons retourner les questions de développement, la mobilisation des ressources internes est un élément clé, un élément majeur déterminant, c’est pour cela que la douane est sollicitée. Nous en avons conscience. Et, par rapport à cela, nous devons assumer nos responsabilités, assurer une meilleure mobilisation. Je suis sûr qu’au sein de l’administration des douanes, il y a bien des hommes et des femmes qui ont des qualités exceptionnelles. Ils sauront les mobiliser. Nous allons les accompagner et, ensemble, nous allons pouvoir qualitativement changer les choses.

Chahana TAKIOU

takiou@yahoo.fr

17 avril 2008.