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Un ouvrage collectif bien à propos, une vingtaine de contributeurs reconnus dans leur domaine d’expertise : c’est que nous propose depuis une semaine le Centre Français de recherche sur le Renseignement.

Sous la direction d’Eric Dénécé, analyste du renseignement et directeur dudit Centre, l’ouvrage intitulé « la Face cachée des printemps arabes » tente méritoirement de lever le rideau sur un mouvement dont la presse a excellé dans la relation de ses péripéties et bien moins -ce n’est pas son rôle, c’est vrai- dans son analyse fine.

Et l’analyse fine induit justement que les feuilles de jasmin couvrent l’embuscade des barbus contre une révolution qui avait surtout mis en avant la quête de liberté de la génération facebook, le désir de bien-être des masses et sans doute un penchant pour l’islam identitaire en réponse au passif néolibéral. Pour un des contributeurs à ce riche ouvrage, à savoir Soumeylou Boubèye Maïga, le pont entre Tripoli et Zakak est évident. En d’autres termes, il existe bien un lien entre la rébellion du Nord édition 2012 et la crise libyenne qui a balayé Kadhafi et son système. Ceux qui ont ouvert le feu contre l’Etat malien pour créer l’Etat de l’Azawad ont été dopés par les moyens qu’ils ont ramenés de Libye selon ce sécuritaire qui était le chef de notre diplomatie au moment des faits.

Bamako inquiet, rappelle t-il, avait tout fait mais en vain pour que l’Occident prenne conscience des risques sécuritaires de l’expédition contre Kadhafi sur la région sahélienne. L’ancien Guide est tombé mais le Sahel aussi sous les coups de boutoir d’une nébuleuse qui avait mis en avant les mouvements indépendantiste du Mnla et confessionnel Ansardine et qui sont entrés en joint venture avec Aqmi. Moralité ? La vraie force dès au départ était Aqmi, l’agenda était également le sien et son exécution réglée comme du papier à musique. Aujourd’hui, le péril est plus grand pour tout le monde, les Etats sahéliens, l’Afrique du Nord, l’Occident.

L’article de Soumeylou Boubèye Maiga a été écrit en mai dernier. Depuis, les termes comme Aqmistan, Sahelistan, Saharastan illustrent nos peurs et l’étendue de l’empire en gestation du narcoterrorisme avec le jihad comme cri de ralliement et la chute des Etats comme finalité. Un laboratoire de la réislamisation, pour reprendre le titre d’un article de cet ouvrage dans lequel Samir Amin consacre un article d’une lucidité prophétique sur l’Egypte, celle de Tahrir au moment où le livre s’écrivait mais celle de Morsi plus tard. Avant le chaos ?

Adam Thiam

Le Républicain du 13 Décembre 2012