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Dans la foulée de l’anniversaire de la disparition du célèbre bluesman malien, Ali Farka Touré, Cauris Edition vient de publier un livre de poche. Cet ouvrage de 103 pages est un recueil de témoignages, de regard d’amis, des connaissances et des fans du regretté.

Même si Ali Farka n’est plus à présenter, le livre a pourtant le mérite d’expo­ser sa personnalité « inté­rieure« .

« C’est grâce à lui que j’ai été à l’école. Enfant, j’étais très attaché à ma mère. Je n’ai donc pas été scolarisé. Un jour, Ali m’a trouvé avec ma maman à l’heure des classes. Il lui a demandé ce que je faisais là alors que les autres étaient en classe. Sa cousine lui a répondu que je n’étais pas scolarisé. Scandalisé, il lui a dit : « je n’ai pas eu la chance d’aller à l’école, j’en souffre aujourd’hui. Je ne peux donc pas accepter qu’un de mes enfants n’aille pas à l’école ». Sur le champ, il a pris ma main et m’a confié à Ibrahima Cissé dit Brin, directeur de l’éco­le « C » de Niafunké, qui était son ami et qui se trou­ve maintenant à Sikasso. J’avais huit ans. Par la suite, il a scrupuleusement veillé à ce que je poursuive mes études. Aujourd’hui, je suis ingénieur agronome grâce à lui« . Ce témoignage vient de Aly Guindo, coor­dinateur et membre fonda­teur de la Fondation Ali Farka Touré.

C’est cette bonté de cœur qui a fait d’Ali Farka Touré un seigneur, sans fief, toujours courtisé. « J‘ai connu Ali lors de l’ouvertu­re de la semaine nationale de la jeunesse en 1965 au stade Mamadou Konaté« , commente Oumar Touré, le bassiste du regretté. « Un orage a éclaté et les gens courraient dans tous les sens pour se mettre à l’abri. C’est ainsi je me suis retrouvé dans le car de la région de Mopti alors que j’étais de Gao. Quand les autres se sont rendus compte que je n’étais pas un des leurs, ils m’ont prié de descendre. Cela a coïn­cidé avec l’arrivée d’Ali. Il leur a dit de me foutre la paix parce que j’étais son frère. Je ne le connaissais pas. Il s’est trouvé que Mopti et Gao étaient logés au lycée technique. La nuit en me rendant à un spec­tacle, c’est mon sauveur que je découvre sur scène. J’ai tout de suite compris que ce jeune homme avait quelque chose de plus que les autres. Sa musique me donnait la chair de poule…« .

La lecture de l’ouvrage donne la certitude qu’Ali Farka Touré, artiste du Mali, était aussi un artiste du monde. Et la même générosité qui a séduit les proches de l’artiste n’est pas étrangère à son aura internationale. « Quand un artiste part, il laisse tou­jours un vide énorme et Ali Farka Touré avait un talent énorme« , relate’ Manu Dibango qui poursuit : « il avait une sonorité unique, un peu comme BB King. Je le connaissais en tant qu’homme, c’était un artis­te responsable, ce qui fait d’autant plus mal, parce que ça ne court pas les rues. Il avait la passion de ce qu’il faisait et a su porter loin sa musique et son ins­piration. Il a fait des concerts dans le monde entier et a joué avec les plus grands. Il avait sa place parmi eux, mais il avait fait le choix de ne pas être très people« .

Soumaïla T. Diarra

13 mars 2007.