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La gestion du foncier est en passe de représenter une grosse épine dans le pied de l’Administration, et même faire désormais partie de nos us et coutumes. A Bamako, les conflits fonciers sont souvent résolus par des solutions amiables ou apaisées. Mais à l’intérieur du pays, force est de reconnaître qu’ils se terminent le plus souvent par des confrontations meurtrières, avec leurs corrollaires de désastres, de morts ou de blessés.

Aussi, si rien n’est entrepris, c’est ce qui pourrait survenir entre Barkabougou et Tamboura Wèrè, deux hameaux situés dans l’arrondissement de Monèpèbougou, dans le cercle de Ké-Macina (Ségou). C’est du moins le pressentiment du chef du hameau de Barkabougou.

Du coup, il a lancé une mise en garde à l’endroit des autorités administrative, politique et judiciaire de Ké-Macina et surtout, un appel pressant au Chef de l’Etat et au ministre de la Justice, pour qu’ils interviennent pour mettre fin à ce litige qui risque de tout embraser.

De quoi s’agit-il ?

Pour des travaux d’exploitation champêtre, l’ancien Chef du hameau de Barkabougou, M. Baréma Coulibaly (décédé depuis) avait offert un lopin de terre à Mamoutou Tamboura (lui aussi décédé).

Depuis des années, ces deux hommes ont entretenu de bonnes relations. Si bien que Mamoutou Tamboura a grandi jusqu’à pouvoir constituer son propre hameau baptisé Tamboura Wèrè.

A la mort des deux hommes, les relations entre les deux hameaux commençèrent à se détériorer. Ainsi, les héritiers de Mamoutou Tamboura exigèrent de eux de Baréma Coulibaly (Barkabougou) la restitution du lopin offert par leur défunt père. Ce qui provoqua la colère des héritiers de Mamoutou Tamboura qui refusèrent de céder.

C’est qu’au moment de l’éclatement du conflit, les héritiers de Mamoutou Tamboura avaient déjà cultivé leurs champs et obtenu deux greniers pleins et hermétiquement fermés : un grenier plein à deux tiers et d’autres biens.

Aussi, pour éviter un affrontement frontal entre les deux communautés, le Chef d’arrondissement intervint pour saisir les biens des héritiers de M. Tamboura et les confier à une association villageoise. Mais là ou le bât blessa, c’est lorsque l’association villageoise vendit tous les biens des héritiers de Mamoutou Tamboura. Du coup, ces derniers réclamèrent la restitution de leurs dûs, soit par ladite association, soit par les héritiers de Baréma Coulibaly.

Mais ces derniers déclarèrent ne pas être responsables de cet état de fait. Ce qui choqua les héritiers de Tamboura, qui refusèrent de quitter le hameau qu’ils occupent. Mais les héritiers de Baréma Coulibaly ne l’entendirent pas de cette oreille.

Le juge de Ké-Macina mis en cause

L’affaire s’étant ainsi corsée, elle fut portée au niveau de la Justice, et le premier jugement fut favorable aux héritiers de Baréma Coulibaly. Alors, les héritiers de Mamoutou Tamboura firent appel de cette décision qu’ils jugèrent injuste. Ainsi, après examen du dossier, la Cour d’Appel de Bamako donna raison aux héritiers de Mamoutou Tamboura, et cela, en l’absence des héritiers de Baréma Coulibaly.

Mais selon le Chef du hameau de Barkabougou, le juge de Ké-Macina, M. Mamadou S. Diakité, est à l’origine de la tension. On lui reproche, en effet, de faire du double-jeu, en prenant… des pots-de-vin dans les deux camps opposés. Ce qui expliquerait son attitude bizarre, dans cette affaire conflictuelle. En tout cas, c’est ce sentiment général qui anime les deux communautés antagonistes où chaque partie pense avoir raison.

Suivant une grosse de la Cour d’Appel de Bamako (datée du 5 Novembre 2007), et suite au commandement de payer fait par le ministère de la Justice (en date du 7 Mars 2008) et qui est resté infructueux, un huissier fut commis pour saisir les biens incriminés, contre un payement de 4 488 130 FCFA.

Ainsi, un delai de payement fut fixé à un mois, dont la moitié vient d’expirer. A défaut dudit payement, les héritiers de Mamoutou Tamboura garderont leurs places. Ce que les héritiers de Baréma Coulibaly ne veulent point entendre, qui tiennent coûte que coûte au départ de “ces hôtes devenus encombrants “.

Eviter la confrontation

Conscient de la capacité de nuisance dont les deux camps protagonistes sont capables, le Chef du hameau de Barkabougou sonna l’alarme. Selon lui, depuis un certain temps, chaque camp est en train de s’armer sérieusement, qui avec des machettes, qui avec des gourdins et des fusils. Et chaque partie s’est mise à s’en approvionner comme elle peut.

Aussi, les plus hautes autorités du pays se doivent de réagir afin d’ éviter un drame humanitaire qui se profile à l’horizon. Et tout cela, par la faute d’un juge aussi partial qu’intéressé. Et le Chef du hameau de Barkabougou, de déclarer : “Nous faisons confiance en ATT. Il doit agir vite et très vite, car chacun est sur le qui-vive, en attendant la fin de l’ultimatum. Nous prions ATT et le ministre de la Justice d’intervenir tôt”.

Ce conflit nous ramène à d’autres cas de litige foncies, tels ceux de Kayes, Mopti, et Ségou où il y avait eu de nombreuses victimes, plusieurs déplacés, des pertes en perte humaine et d’énormes dégâts matériels.

Aussi, avec l’intervention spontanée du ministre de la Justice, une solution rapide sera vite trouvée à cette affaire, pour le plus grand bonheur de deux communautés qui ont véçu et cohabité ensemble pendant des années.


Sadou BOCOUM

30 Avril 2008