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Les spéculateurs fonciers ont-ils jeté une malédiction sur les édiles de la Commune VI ? Cette question mérite aujourd’hui une réflexion particulière compte tenu des démêlés judiciaires qui poursuivent les différentes équipes municipales qui se sont succédé à la tête de cette commune depuis l’avènement de la décentralisation sous nos cieux.

Après l’arrestation et la condamnation de l’ancien maire sortant, Broulaye Konaté pour faux et usage de faux et spéculation foncière, voilà que l’actuel maire de la Commune VI, Souleymane Dagnon se trouve aussi assigné en justice pour une affaire de litige foncier.

Contrairement à son illustre prédécesseur, le maire Souleymane Dagnon n’a ni spéculé, ni détourné une parcelle quelconque depuis son arrivée à la mairie de la Commune VI. Il est tout simplement victime des effets collatéraux de la gestion scandaleuse et catastrophique du dossier foncier de l’ancienne équipe. Ce qui lui vaut sa citation à comparaître à la barre du tribunal de première instance de la Commune VI du District de Bamako.

Il s’agit en effet de son bras de fer avec les occupants illicites des 95 hectares de Yirimadio et des 18 hectares de Missabougou (titres fonciers affectés à la mairie de la Commune VI du District de Bamako). Ces derniers, plus de 400 personnes, ne possédant aucun titre de propriété encore moins une autorisation de construire se sont permis de construire sur cette bande pourtant affectée à d’autres personnes, suite à la réhabilitation de Yirimadio. C’est ainsi que les victimes des inondations de Missabougou survenus en 1995, les occupants des rues et des trottoirs ont hérité de cette bande comme lieu de recasement. Mais contre toute attente, les populations de Yirimadio elles-mêmes se sont mises à vendre les parcelles de recasement de leur village.

Les chefs de familles à très maigres revenus (travailleurs, compressés, retraités, partants volontaires à la retraite, jeunes diplômés sans emploi, enseignants, mécaniciens, maçons, petits commerçants, teinturières, chauffeurs, veufs, handicapés physiques entre autres) à la recherche d’un hypothétique toit ont sauté sur l’occasion en achetant des parcelles et en investissant jusqu’aux derniers sous de leur économie.

C’est le ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales qui attira d’abord l’attention des autorités municipales de la Commune VI sur ce scandale qui est en cours. Il remit d’ailleurs au maire de la Commune VI, Souleymane Dagnon, 400 lettres de significations des ventes illicites déposées à son niveau avec comme instruction ferme de retrouver les fauteurs.

C’est donc après enquête rondement menée sur le terrain que le Conseil municipal de la Commune VI décida à l’unanimité d’adresser une sommation aux occupants illicites.

Cette sommation N°0000008/CVI-DB du maire de la Commune VI du District de Bamako demandait aux occupants illicites des 95 hectares de Yirimadio et des 18 hectares de Missabougou (titres fonciers affectés à la mairie de la Commune VI du District de Bamako) de déguerpir des lieux avant la fin du mois de janvier 2008.

Passé ce délai, les intéressés seront tenus pour responsables de tous les désagréments qui pourraient leur arriver. Cette sommation a jeté une véritable panique dans les rangs des occupants illicites et surtout instauré un climat de haute tension sur la bande des 95 hectares de Yirimadio et des 18 hectares de Missabougou. Ne voulant pas se laisser faire, ils se sont retrouvés spontanément et ont décidé de mettre en place un Comité de crise présidé par Souleymane Thiam.

Ils ont en outre décidé de constituer deux avocats de la place, Me Mamadou Gakou et Me Tiéssolo Konaré chargés de défendre leur cause. Mais vu la complexité de ce dossier et la position inconfortable qu’occupent leurs clients dans cette affaire, les deux avocats commis ont préféré privilégier la voie de la médiation : traiter socialement ce dossier.

Une démarche qui n’a finalement pas eu l’adhésion du maire Souley-mane Dagnon qui reste légaliste jusqu’au bout car pour lui «il n’y a pas de terrain d’entente parce qu’ils sont dans l’illégalité». Selon lui, le travail sera fait car les gens s’attendent à ça.

Le maire Souleymane Dagnon tiendra à faire savoir aux occupants illicites qu’à partir du 31 janvier 2008, la mairie peut casser les maisons à n’importe quel moment. Mais mieux, ajouta-t-il : «les occupants illégaux doivent être amendés et mieux vont payer les frais de démolition avec la mairie».

Selon lui, les gens doivent comprendre que ces actions en cours ne visent pas à leur faire du mal. Il doivent se mettre dans la position de ceux qui sont les véritables détenteurs des lettres, ajouta-t-il.

Est-ce à cause de cette intransigeance que le Comité de crise mis en place par les occupants illicites a changé de stratégie de lutte ? Toujours est-il qu’ils ont finalement décidé de traîner la mairie de la Commune VI devant les tribunaux.

Une situation que le maire Souleymane Dagnon impute à l’ancienne équipe sortante dirigée par Broulaye Konaté. De l’avis de l’actuel maire, au lieu que l’ancienne équipe traite cette affaire de manière plus concrète, plus transparente elle a tenté de traiter le tout à la fois. Selon Souleymane Dagnon, l’ancienne équipe a fait prendre une décision portant sur plus de 6000 personnes alors que les 95 ha ne peuvent contenir que 2 500 parcelles. Les gens allaient donc se heurter là-bas.

D’après cette équipe dirigée par Broulaye Konaté, révéla-t-il, le lotissement de l’ancien tissu fait partie des 6000 notifications. Ce qui veut dire que tout Yirimadio était considéré comme Yirimadio Nord. Or en réalité seuls les 95 ha constituent Yirimadio Nord.

Birama Fall

21 Février 2008.